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La dimension du fantastique dans l’œuvre "Gaspard de la Nuit: fantaisies à la manière de Rembrandt et de Callot" d’Aloysius Bertrand

Dossier / Travail 2007 21 Pages

Etudes des langues romanes - Français - Littérature

Extrait

Table des matières

1. Introduction

2.1 Les livres de l’œuvre
2.2 Le texte liminaire
2.3 La préface

3. L’univers du fantastique dans l’œuvre
3.1 Le genre fantastique
3.2 Les figures fantastiques et diaboliques
3.3 Les effets du fantastique

4. Conclusion

Bibliographie

Appendices

La dimension du fantastique dans l’œuvre Gaspard de la Nuit : fantaisies à la manière de Rembrandt et de Callot d’Aloysius Bertrand

1. Introduction

L’œuvre Gaspard de la Nuit : fantaisies à la manière de Rembrandt et de Callot de Jacques Louis Napoléon Bertrand (1807-1841), nommé Aloysius Bertrand[1], a laissé une empreinte durable sur la poésie française. Le travail de Bertrand sur le discours poétique permet de voir la puissance et l’unité de ses poèmes en prose. Ses poèmes en prose traitent de thèmes différents : Bertrand décrit un spectacle pittoresque, crée un dialogue malicieux avec les personnages fantastiques et diaboliques, dessine les fantaisies d’un rêve ou les horreurs d’un cauchemar[2] dans le cadre du Moyen Âge. Comme beaucoup de ses contemporains, Bertrand n’échappe pas à l’influence de Walter Scott et d’Hoffmann.[3] Le fantastique le fascine et lui donne le souffle pour son œuvre.

Beaucoup de poètes témoignent de l’originalité de Bertrand, par exemple Charles Baudelaire en écrivant à Arsène Houssaye:

J’ai une petite confession à vous faire. C’est en feuilletant, pour la vingtième fois au moins, le fameux Gaspard de la Nuit, d’Aloysius Bertrand […], que l’idée m’est venue de tenter quelque chose d’analogue, et d’appliquer à la description de la vie moderne, ou plutôt d’une vie moderne et plus abstraite, le procédé qu’il avait appliqué à la peinture de la vie ancienne, si étrangement pittoresque. Quel est celui de nous qui n’a pas, dans ses jours d’ambition, rêve le miracle d’une prose poétique, musicale sans rythme et sans rime, assez souple et assez heurtée pour s’adapter aux mouvements lyriques de l’âme, aux ondulations de la rêverie, aux soubresauts de la conscience ?[4]

Baudelaire s’inspire du travail de Bertrand pour écrire ses propres poèmes en prose. Mallarmé, lui aussi, voit dans Bertrand une source d’inspiration fertile comme l’indique la phrase célèbre du poète à sa fille : « Prends Bertrand, on y trouve tout ! »[5].

Gaspard de la Nuit : fantaisies à la manière de Rembrandt et de Callot présente les efforts de Bertrand pour faire entrer dans la poésie la manière et les procédés. Sa transposition d’art se montre profondément sous ses évocations fantastiques, le goût et le sens du mystère.[6]

Pour explorer la dimension du fantastique dans Gaspard de la Nuit, nous analyserons la composition de l’œuvre dans un premier temps. Le texte liminaire et la préface nous semblent intéressants à observer précisément car ces deux textes contiennent déjà beaucoup d’indications fantastiques. Puis, dans une seconde partie, nous analyserons l’univers du fantastique dans l’œuvre elle-même. En particulier, nous interpréterons les poèmes du livre trois, La nuit et ses prestiges, de Gaspard de la Nuit qui est l’exemple par excellence des occurrences fantastiques. Bertrand lui-même jugeait ce livre le plus important.[7] Le poète est le protagoniste de ses poèmes du troisième livre ce qui prouve que son œuvre l’a hanté toute sa vie. Finalement, nous montrerons dans quelle mesure Bertrand se sert de la dimension du fantastique pour trouver la réponse à ses questions sur l’art.

La composition de l’œuvre Gaspard de la Nuit : fantaisies à la manière de Rembrandt et de Callot

L'impression de Gaspard de la Nuit : fantaisies à la manière de Rembrandt et de Callot est achevée en novembre 1842, dix-huit mois après la mort d’Aloysius Bertrand. Le volume reproduit le manuscrit de 1836, avec en plus treize autres pièces que le poète avait composées dans son lit d'hôpital. Pierre Moreau observe que « l’œuvre est bien, en effet, une galerie de fantaisies, pures œuvres d’art qui relèvent du pittoresque imaginatif »[8]. Bertrand met en valeur la dimension du fantastique dès le texte liminaire de son œuvre.

2.1 Les livres de l’œuvre

Gaspard de la Nuit : fantaisies à la manière de Rembrandt et de Callot est un recueil de 52 poèmes en prose composé de six livres. Les fantaisies de Gaspard de la Nuit sont divisées de la façon suivante : le premier livre se compose de neufs pièces et s'intitule L’École flamande. Bertrand met l’accent sur la peinture flamande et prend le rôle d’un spectateur dans ces poèmes. Le second livre a pour titre Le vieux Paris et se compose de dix pièces qui ont lieu à Paris. Les poèmes contiennent beaucoup de liens avec Paris décrivant ses lieux et monuments importants comme par exemple le Louvre. Dans le troisième livre, La nuit et ses prestiges, Bertrand nous confronte plus intensément avec le monde du fantastique pendant les onze pièces de ce livre. Il n’est plus un acteur implicite de ses pièces, mais il devient le héros. Ensuite il y a le quatrième livre, Les Chroniques, se composant de huit poèmes qui traitent de certains éléments historiques. L’ambiance fantastique se retrouve seulement dans les derniers poèmes de ce livre. Puis, le livre Espagne et Italie avec sept pièces constitue le cinquième livre. Les pièces de ce livre contiennent quelques traits caractéristiques de l’Espagne et de l’Italie comme les lieux ou les noms. Le sixième livre et le dernier, Silves, comporte six pièces décrivant les sentiments évoqués par la nature. Le nombre de poèmes par livre croît donc jusqu’au troisième livre, puis décroît jusqu’au sixième livre décrivant ainsi un arc imaginaire. De même l’apparition progressive du je narratif[9] s’intensifie dans le troisième livre. Cela met l’accent sur le troisième livre qu’on explorera plus précisément dans la deuxième part de notre travail. La dernière pièce de l’œuvre, À M. Charles Nodier, est dédiée à celui-ci. Bertrand y exprime son espoir fragile pour un succès de son œuvre. Ainsi se termine Gaspard de la Nuit: « Mais ce ne sont point ces pages souffreteuses, humble labeur ignoré des jours présents, qui ajouteront quelque lustre à la renommée poétique des jours passés. »[10] Après ces six livres, s’en suit une section intitulée Pièces détachées extraites du portefeuille de l’auteur. Ces pièces, recueillies par David d’Angers après la mort de Bertrand, ont presque toujours accompagné les éditions de Gaspard de la Nuit. On peut seulement spéculer sur les raisons qui ont poussé Bertrand à les écarter de son recueil. Victor Pavie les a choisies et a constitué leur ordre.[11]

2.2 Le texte liminaire

Une sorte de texte introductif intitulé « Gaspard de la Nuit » vise à expliciter le titre et l’intention de l’œuvre. Il s’agit d’un premier poème en prose qui annonce, résume, et élucide les fantaisies de Gaspard de la Nuit, tout en montrant ses paradoxes. Déjà en 1861, Fortuné Calmels résumait ce texte avec une grande clairvoyance de la façon suivante : c’est une « sorte d’autobiographie liminaire, préface étourdissante de caprice et de verve [où] Louis Bertrand entre en conversation avec un halluciné, rêvant tout debout, un fou de génie qui passe pour être le diable en personne ».[12] On peut prouver la déclaration de Calmels à l’aide d’une courte analyse du texte. Pour commencer, le poète fait une déclaration d'amour pour Dijon. Puis, il décrit la rencontre d'un promeneur étrange dont le portrait ressemble à celui de Bertrand :

[...] sa physionomie narquoise, chafouine et maladive qu'effilait une barbe nazaréenne ; et mes conjectures l’avaient charitablement rangé parmi ces artistes au petit pied, joueurs de violon et peintres de portraits, qu’une faim irrassasiable et une soif inextinguible condamnent à courir le monde sur la trace du juif-errant.[13]

Tout au long du texte liminaire de Gaspard de la Nuit une conversation s'engage sur l'art et sa définition entre Bertrand et le promeneur. Le promeneur compare la recherche de l’art à la recherche de « la pierre philosophale »[14] au Moyen-Âge. En plus, ils discutent du Dijon d'autrefois et aussi du diable. Le promeneur remet à Bertrand un manuscrit avant de disparaître: c'est, bien entendu, Gaspard de la Nuit, et il apparaît finalement que le promeneur, nommé « M. Gaspard de la Nuit », est Satan. Après avoir parlé à un vigneron, le poète réussit à déchiffrer la figure du promeneur et l’exprime de la façon suivante : « Ah! je m’avise enfin de comprendre! Quoi! Gaspard de la Nuit serait... ? - / - Eh! oui... le diable! »[15] L'oeuvre doit son titre à un personnage qui n'est autre que le diable. En outre, Bertrand décrit au cours de ce texte introductif ses recherches d’un nouvel art poétique. Le titre justifie la vision de Bertrand des deux faces antithétiques de l’art : « Je réfléchis que puisque Dieu et l’amour étaient les premières conditions de l’art, ce qui dans l’art est sentiment, Satan pourrait bien être la seconde de ces conditions, ce qui dans l’art est idée. »[16] Bertrand est prêt à rendre service à Satan ce qui souligne la fin du texte liminaire : « Si Gaspard de la Nuit est en enfer, qu’il rôtisse. J’imprime son livre. »[17] Bertrand désigne le manuscrit du promeneur comme « grimoire » pendant la conversation avec le vigneron. Le mot « grimoire » définit un livre dont se servent les magiciens et les sorciers. Cette définition révèle que l’œuvre Gaspard de la Nuit répond aux critères d’un grimoire.[18]

2.3 La préface

Une courte préface signée Gaspard de la Nuit[19] suit le texte introductif. « Signé par le Doppelgänger [de Bertrand], Gaspard de la Nuit, cette Préface constitue un cadre à l’intérieur d’un cadre. Elle résume l’énigme de l’art et de l’auteur. »[20] Ainsi elle décrit les deux « faces antithétiques » de l'art que personnifient Rembrandt et Callot. Ces peintres de l'hallucination et du rêve des écoles flamandes et les hollandaises ont la préférence du poète.

[...]


[1] Cf. P. Malandain, « Bertrand, Aloysius, » dans J.-P. de Beaumarchais et al., eds., Dictionnaire des Littératures

de langue française A-F, (Paris : Bordas, 1984), 253-255.

[2] Cf. Ibid., 254.

[3] Cf. Pierre Moreau, La tradition française du poème en prose avant Baudelaire, dans M. J. Minard, ed., Archives des lettres modernes III n° 19-20 (Janv.-Fév. 1959), 33-34.

[4] Charles Baudelaire, Le spleen de Paris : petits poèmes en prose, (imprimé en Suisse), 14.

[5] Cf. P. Malandain, 255.

[6] Cf. Pierre Moreau, 33.

[7] Cf. Réjane Blanc, La quête alchimique dans l’œuvre d’Aloysius Bertrand, (Paris : A.G. Nizet, 1986), 51.

[8] Pierre Moreau, 32.

[9] Cf. http://lalanguependue.ifrance.com/

[10] Aloysius Bertrand, Gaspard de la Nuit, dans Helen Hart Poggenburg, ed., Œuvres complètes (Paris : Champion, 2000), 251.

[11] Cf. Ibid., 360.

[12] Qtd. dans Ibid., 287.

[13] Ibid., 92.

[14] Aloysius Bertrand, Gaspard de la Nuit, dans Helen Hart Poggenburg, ed., Œuvres complètes, 93.

[15] Ibid., 104.

[16] Ibid., 100-101.

[17] Ibid., 104.

[18] Cf. Ibid., 292-293.

[19] Cf. Ibid., 105.

[20] Ibid., 293.

Résumé des informations

Pages
21
Année
2007
ISBN (ebook)
9783638023009
ISBN (Livre)
9783638925884
Taille d'un fichier
553 KB
Langue
Français
N° de catalogue
v87770
Note
A (80%)
mots-clé
Gaspard Nuit Rembrandt Callot Bertrand

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