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Les nouveaux migrants au Liban : vers une ethnicisation du marché de l’emploi

Thèse de Doctorat 2012 428 Pages

Sociologie - Individu, Groupe, Société

Extrait

SOMMAIRE

INTRODUCTION GÉNÉRALE

PREMIERE PARTIE : ÉMIGRATION ET IMMIGRATION AU LIBAN

CHAPITRE I : BILAN CRITIQUE DES TRAVAUX SUR LA LITTÉRATURE CONSACRÉS AUX MIGRANTS ET OPTIONS MÉTHODOLOGIQUES

1-Que savons-nous des migrants étrangers au Liban : Une revue sur la Littérature

2- Problématiques et Hypothèses
2.1-Problématique
2.2- Hypothèses

3- Options Méthodologiques

4- Cadre théorique et concepts clés

CHAPITRE II : L’ÉMIGRATION LIBANAISE.

1- Origine et causes de l’émigration libanaise

2- Les phases migratoires

3- La diaspora libanaise

4- L’émigration des cerveaux ou l’exode des compétences

CHAPITRE III : L’IMMIGRATION AU LIBAN...

1- La place du Liban dans le système migratoire moyen oriental

2- L’évolution des vagues migratoires au Moyen Orient
2.1- Les raisons de l’immigration concernent l’immigrant lui-même et les États de l’immigration
2.2-Les départs vers le pays du Golfe sont motivés par diverses raisons
2.3- La durée d’installation
2.4- Les caractéristiques de la main-d’œuvre dans les pays du Golfe

3- Historique de l’immigration au Liban
3.1- L’immigration au Liban
3.2- Les travailleurs étrangers et les secteurs d’emplois occupés
3.3- L’immigration au Liban, la reconstitution des flux migratoires, l’origine géographique, la région d’arrivée et le métier exercé

CHAPITRE IV : LE SYSTÈME MIGRATOIRE ET LA CONJONCTURE DE GUERRE

4.1- Le cas particulier des travailleurs Syriens
4.1.1- La main- d’œuvre syrienne
4.1.2- La mainmise de l’armée syrienne et la situation des travailleurs
4.1.3- Après le retrait syrien
4.2- L’impact de la guerre de Juillet
4.2.1- La situation des travailleurs étrangers au Liban
4.2.2 - Evacuation des travailleurs étrangers du Liban
4.3- Le rôle des ambassades
4.4- Le rôle des Organisations non Gouvernementales
4.5- Les migrants qui ont fui la maison de leurs patrons
4.6- Résultat de l’enquête sur les évacués étrangers au Liban en
4.7- La préférence de rester au Liban
4.8- Migrants évacués durant la guerre de Juillet et de retour au Liban après le cessez du feu
4.9- Evolution des chiffres statistiques du nombre des migrants

DEUXIÈME PARTIE : LE MARCHE DE L’EMPLOI ET LA MAIN D’ŒUVRE ÉTRANGÈRE

CHAPITRE V : LES CARACTERISTIQUES DU MARCHE DE L’EMPLOI AU LIBAN...

1- Structure de la population libanaise

2- La segmentation du marché de l’emploi

3- Le marché du travail libanais

4- Le chômage
4.1- Le chômage cyclique et structurel
4.2- Les problèmes importants de l'emploi au Liban

5 – Les migrants et le marché de l’emploi
5.1- Définitions
5.2- Les travailleurs étrangers au Liban
5.3- Les migrantes employées domestiques

6 - La réglementation du séjour des travailleurs étrangers
6.1- Les caractéristiques et les formalités de l’entrée de l’étranger
6.2- Le système de la Kafala au Liban
6.3- Les procédures d'obtention des permis de séjour et de travail au Liban
6.4- Les procédures d’obtention du permis de travail

7- Les bureaux de recrutement

8- Les facteurs favorables à l’emploi des étrangers au Liban

9- Les conséquences du travail de la main-d’œuvre étrangère sur la main-d’œuvre nationale

10- Les remises des migrants
10.1- Migration et transferts de fond

CHAPITRE VI: LE ROLE DES AMBASSADES ET DES ASSOCIATIONS CARITATIVES DANS LA PROTECTION DE LA MAIN-D’ŒUVRE ETRANGÈRE.

1- Les ambassades
1.1-L’ambassade d’Éthiopie
1.2 - L’ambassade du Sri Lanka
1.3 - L’ambassade des Philippines
1.4 - L’ambassade de l’Inde

2- Les Associations
2.1 - Le centre Caritas migrant
2.1.1 -Les objectifs du centre Caritas migrant sont répartis sur plusieurs facteurs
2.1.2- Les activités du centre Caritas migrants sont multiples
2.2 - Le centre des migrants afro-asiatique
2.3 - Centre Lakesta
2.4 -Centre Pastoral des migrants afro-asiatiques

3- Le point de vue des employeurs libanais vis-à-vis des travailleurs étrangers

4- Le point de vue des travailleurs étrangers vis-à-vis de leurs employeurs

TROISIEME PARTIE : LES MIGRANTS: CONDITIONS DE VIE ET PRATIQUES CULTURELLES.

CHAPITRE VII : L’ENQUETE DE TERRAIN.

1- Une étude comparative sur les 4 groupes de migrant (indien, sri lankais, éthiopien, et philippin)
1.1- Le cas de Margherita une histoire banale parmi tant d’autres
1.2- Besoins d’argent et conditions de travail difficiles

2- Les résultats de l’enquête
2.1. Trajectoires migratoires et choix du pays
2.2- Raison du départ
2.3- Profession et emploi
2.4. Conditions de vie
2.5- Relation avec le pays d’origine
2.6- Satisfaction et soucis des migrants
2.7- Les marchés comme lieu de sociabilisations et le commerce ethnique

CHAPITRE VIII : LES PRATIQUES CULTURELLES ET CULTUELLES DES MIGRANTS

1- La présentation des différentes occasions de rencontre et de festivités : le dimanche, les cérémonies religieuses, la journée nationale
1.1- La journée des travailleuses et travailleurs migrants au Liban : le dimanche
1.2- Les cérémonies religieuses
1.3- Les pratiques festives
1.4- La journée nationale annuelle du travailleur étranger

2- Autres différentes activités faites pour les migrants de différents groupes

3- Pratiques culturelles et identitaires

4- Relation amicales et amoureuses

CONCLUSION

BIBLIOGRAPHIE

ANNEXES

TABLES DES TABLEAUX ET DES GRAPHES

REMERCIEMENTS

Mes sincères remerciements s’adressent tout particulièrement à mes deux directeurs de thèse M. Stéphane de TAPIA et Monsieur le Doyen de l’Institut des Sciences Sociales M. Frédéric MAATOUK pour leur clairvoyance, leurs précieuses directives qui m’ont aidés à concrétiser ce travail.

Un Merci tout particulier à Mme Elisabeth Longuenesse pour son encouragement, l’aide compétente qu’elle m’a apporté, ses conseils, ses critiques constructives et ses corrections efficaces.

J’exprime toute ma gratitude aux membres du Jury.

Je remercie le laboratoire Migrinter de m’avoir offert la possibilité de mener à bien cette thèse, et en particulier Marie-Antoinette HILY, Véronique LASSAILLY-JACOB, Kamel DORAİ, William BERTHOMIÈRE, Gilles DUBUS et Maurad HAMAİDI qui ont toujours été prêts à me conseiller.

Je tiens à remercier le centre de recherche LERC dont je suis chercheuse associée et particulièrement sa directrice Guita HOURANI.

J’aimerais également remercier tous ceux qui ont apporté leur aide à cette recherche, notamment les organismes publics (Ministère du Travail, Ministère de l’Intérieur, la Sûreté Générale et les ambassades Indienne, Sri Lankaise, Philippine, Éthiopienne à Beyrouth) et les organisations non gouvernementales (Caritas migrants, Centre Afro-asiatiques, Justice et Miséricorde…). Ma gratitude va enfin aux travailleurs étrangers qui se sont prêtés au jeu de l’entretien et aux questionnaires, et qui m’ont fait confiance compte tenu de leurs conditions de vie au Liban.

Ce travail de thèse n’aurait pas pu voir le jour sans la compréhension, la bienveillance, le soutien, et l’encouragement de tous les jours de ma famille. Je remercie mon père, ma mère et mes sœurs pour leur générosité, leur patience pour les mots toujours réconfortants, leur affection.

Résumé /Abstract

Titre : « Les nouveaux migrants au Liban : vers une ethnicisation du marché de l’emploi »

Résumé de la thèse :

Cette thèse se propose d’étudier les nouveaux migrants au Liban (à partir de 4 groupes de nationalités différentes, les Sri Lankais(es), les Éthiopien(ne)s, les Philippin(e)s et les Indien(ne)s). Elle vise à mettre en lumière les formes et les implications de la place croissante de ces nouveaux migrants sur le marché de l’emploi libanais, que l’on peut caractériser par un phénomène d’ethnicisation de certains secteurs d’activité.

Il s’agit également d’évaluer l’impact de la présence de cette main-d’œuvre sur la société libanaise qui se traduit par la coexistence de populations d’origines ethniques diverses, et de reconstituer les conditions de vie et les pratiques culturelles et cultuelles de ces nouveaux migrants.

Mots clés : Immigration, main-d’œuvre étrangère, ethnicisation, marché de l’emploi, pratiques culturelles.

Abstract

Title: « The new migrants in Lebanon: Toward an ethnicization of the labor market »

This thesis proposes to study the new migrants to the Lebanon (namely four groups of different nationalities, Sri Lankans, Ethiopians, Philippians and Indians). It aims at highlighting the forms and the implications of the growing status of these new migrants in the Lebanese labour market which can be characterized as a phenomenon of ethnicization of certain sectors.

The thesis also seeks to evaluate the impact of the presence of this labor force on Lebanese society which is manifested by the coexistence of populations of different ethnic origins and reconstitute the living conditions and cultural and religious practices of these new migrants.

Keywords: Immigration, Foreign labor workers, ethnicisation, the labor market, cultural practices.

LISTE DES ABRÉVIATIONS

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INTRODUCTION GÉNÉRALE

La main-d’œuvre étrangère objet de cette thèse peut se définir comme composée de migrants temporaires. Poussés par l'extrême pauvreté qui règne dans leur pays, des travailleurs immigrent chaque année dans les pays arabes afin de gagner suffisamment d'argent pour entretenir leur famille restée au pays.

Depuis la fin de la guerre (1990), l’arrivée de la main-d’œuvre étrangère afro-asiatique est devenue importante au Liban, que ces travailleurs soient ou pas en situation régulière.

Le Liban occupe aujourd’hui une place singulière en Méditerranée, région caractérisée par des circulations migratoires et des brassages humains dont les effets du point de vue sociologique restent encore à explorer. Longtemps terre d’émigration, le Liban est, à son tour, devenu terre d’immigration[1].

En effet, si ce pays a donné naissance à l'une des « diasporas » les plus importantes de la région, alors que les départs de ressortissants libanais se poursuivent à un rythme soutenu, il accueille aujourd'hui une population étrangère de plus en plus nombreuse. Le Liban compte de nos jours plusieurs centaines de milliers d’étrangers et les dimensions historiques et sociologiques de ce phénomène sont telles qu’il convient de les comprendre et d’en prendre la mesure.

Si la question de l'émigration libanaise a été largement traitée dans des travaux récents, celle de l'immigration vers le Liban est encore très peu étudiée[2]. Cette dernière est rarement pensée sous l’angle social, politique, économique et culturel. La Guerre civile a fortement augmenté les besoins en main-d’œuvre, et cela pour plusieurs raisons : les destructions suite au conflit, l’émigration massive des Libanais durant cette période, la dégradation des salaires, la faillite des affaires et la démobilisation politique.

Le Liban a connu la présence d’une main-d’œuvre étrangère abondante en provenance de la Syrie, de la Palestine, de l’Egypte, du Soudan.

L’immigration plus récente provient du Sri Lanka, de l’Inde, des Philippines, de l’Éthiopie, et de l’Irak. Selon le gouvernement, près de 800 000 étrangers sont employés dans le secteur tertiaire, en particulier des femmes venues du Sri Lanka, des Philippines, d’Ethiopie et de l’Inde. En même temps, le nombre de migrants d’autres États arabes a été réduit pour des raisons autant politiques qu’économiques. Nous établissons une distinction entre les migrants réguliers, entrés officiellement et autorisés à vivre sur le territoire, et les « irréguliers » qui se sont introduits de façon illégale au Liban. Selon le gouvernement Libanais, on comptait en 2003 « 80 000 Sri Lankais, 30 000 Philippins, 29 000 Éthiopiens et 10 000 ressortissants d'autres pays » selon les statistiques officielles du Ministère du Travail. Les chiffres statistiques évoluent en 2011. De nos jours, nous comptons « 34 653 Éthiopiens, 29 049 Philippins, 24 000 Bangladais, 12 527 Sri Lankais, 11 579 Népalais, 3 470 Malgaches et 5 283 ressortissants d'autres pays » selon les statistiques officielles du Ministère du Travail en 2011. Ces migrants non qualifiés constituent une main-d’œuvre bon marché souvent illégale et confrontée à des conditions de vie et de travail difficiles, pour un salaire généralement inférieur au revenu minimum.

Ils travaillent, en tant qu’ouvriers dans le bâtiment, dans l’entretien et le nettoyage dans les stations-service, les hôpitaux. Les femmes sont généralement employées comme domestiques. Même si le nombre des travailleurs migrants est non négligeable, la proportion des femmes est de loin la plus importante, car elle est estimée à 70% environ des migrants non arabes.

Comment expliquer qu’un pays d’émigration - comme le Liban - connaisse un taux aussi élevé d’immigration ? Comment se fait-il que le Liban, dépourvu de ressources naturelles, soit attractif, alors que la rente pétrolière a longtemps été le moteur de l’immigration au Moyen Orient ?

Notre intérêt pour ces questions sur les nouveaux migrants au Liban a commencé en 2004 l’année où nous avons entamé notre année de Master (Les travailleurs étrangers au Liban: le cas de la communauté indienne).

Les observations menées dans le cadre de notre année de Master alimentent le constat qu’au Liban, comme dans d’autres pays d’immigration, des secteurs entiers de l’économie (agriculture, BTP, restauration, nettoyage etc.) sont délaissés par les nationaux et que les employeurs ont de plus en plus recours aux travailleurs étrangers: main-d’œuvre pour des tâches manuelles ou des emplois de services déconsidérés; c’est le cas des services de nettoyage, de domesticité, de garde d’enfants ou de personnes âgées, du travail agricole, des travaux dans le secteur du bâtiment et des travaux publics, de même que dans la filière de l’hôtellerie et de la restauration, de conciergerie. La liste est loin d’être exhaustive. Cette main-d’œuvre flexible travaille dans des conditions difficiles. Elle est embauchée à faible coût salarial sur des contrats précaires et sans garantie sociale. Ce sont des hommes et des femmes qui ont quitté leur pays pour trouver du travail ailleurs, ils ont cru trouver leur bonheur mais se trouvent confrontés à leur arrivée aux pires difficultés. La motivation du migrant est claire ; c’est une question de survie, pour lui et sa famille, il veut oublier le chômage et les conditions de vie difficiles dans son pays d’origine pour accéder à un nouvel Eldorado où les salaires se trouvent 10 à 20 fois supérieurs à ceux du milieu qu’ils quittent (environ 150 dollars par mois = 110 Euros). Ils sont le plus souvent exploités mais ils ne comparent pas leur condition à celle des nationaux du pays où ils s’installent, mais à ceux de leur propre pays, à la trajectoire qu’ils auraient pu connaître en restant sur place. C’est aussi pour eux un choix personnel, qui les valorise aux yeux de leur communauté, qui leur donne une expérience et des compétences.

L’émigration s’inscrit dans un projet de vie collective (ascension sociale, envoi de fonds à des proches vivant dans la misère, la volonté d’accumuler un capital pour bâtir une maison ou créer une entreprise familiale, etc.).

La question se pose alors de savoir qui sont les migrants non arabes au Liban ? D’où viennent-ils ? Ces migrants sont-ils entrés sur le territoire uniquement pour des raisons économiques ? Envoient-ils de l’argent à leur famille ? Quels sont leurs projets dans leur pays d’origine ? Pourquoi embauchent-ils la main-d'œuvre étrangère? Quelles sont les relations qui existent entre employeurs et travailleurs étrangers ? Est-ce que ces derniers peuvent accéder à d'autres types de travail ? Quelles sont les conséquences de cette immigration sur le Liban et sur leurs pays d’origine ? Est-ce que le Liban dispose de moyens suffisants pour appréhender les entrées illégales ? Ne faut-il pas régulariser la situation des travailleurs sans permis de travail et de résidence ? Le Liban a-t-il une politique en matière d’immigration, non seulement pour la sélection à l’entrée mais aussi pour le suivi et le devenir de cette population immigrée? Quel avenir pour ces travailleurs étrangers au Liban ?

Plusieurs aspects nous ont conduit à traiter de ce sujet:

En premier lieu, notre appartenance libanaise et notre curiosité personnelle à nous informer plus sur cette immigration. Car ce sujet a pour intérêt d’aborder une question liée aux différentes formes de la recomposition de la société libanaise.

En second lieu, l’originalité du sujet puisque nous avons constaté que peu d’études ont été menées jusqu’à une période récente.

Cette thèse relève à la fois de la sociologie et de l’ethnographie. Elle illustre le mouvement migratoire que cela induit du pays d’origine vers le pays d’installation et les changements culturels. Elle a pour objectif d’observer un aspect particulier des processus migratoires au Liban, celle de l’arrivée des « nouveaux » migrants sur le marché de l’emploi.

Il s’agit de saisir les modifications qui sont en cours au Liban avec l’entrée massive des travailleurs étrangers afro-asiatiques, et notamment la transformation et la recomposition de la société libanaise après le retrait syrien, de même que le marché de l’emploi libanais.

Quand nous avons entrepris nos recherches nous avons rencontré plusieurs difficultés, l’absence de données tout d’abord alors que le dernier recensement national date de 1932. Nous ne disposions que de l’enquête par sondage sur la population active exécutée par la Direction Centrale de la Statistique. Ensuite la prise de rendez-vous dans les organismes publics s’est avérée très difficiles.

Il ne faut pas oublier non plus la situation politique au Liban et surtout la guerre de Juillet 2006. Les conditions n’étaient pas réunies pour réaliser ce travail.

Mais malgré l’instabilité du pays, nous avons entrepris une recherche avec les travailleurs étrangers témoins de la guerre de Juillet 2006 qui se préparaient pour l’évacuation ou bien qui restaient au Liban.

Malgré les difficultés liées à la situation précaire dans le pays surtout en 2007 et en 2008 nous avons pu terminer notre thèse.

Une autre difficulté est apparue. Lors de la passation du questionnaire, de nombreux enquêtés méfiants n’ont pas répondu aux questions. Enfin, il nous a fallu traduire nos questionnaires soit en Arabe soit en Anglais.

Cette thèse sera subdivisée en trois grandes parties suivies d’une conclusion. Dans la première partie, il est proposé une approche du processus migratoire au Liban. Nous présentons dans un premier chapitre le bilan critique des travaux sur la littérature consacrés aux migrants et aux options méthodologiques.

Dans un deuxième chapitre, nous abordons l’émigration libanaise, nous étudions l’historique et l’évolution du phénomène migratoire au Liban, l’importance de la tradition migratoire au Liban, l’émigration des cerveaux, l’exode des compétences et la constitution d’une diaspora libanaise.

Dans un troisième chapitre nous étudions l’immigration au Liban : Les migrants Arabes et non Arabes, les flux et les stocks des migrants au Liban. Seront aussi abordées les politiques migratoires au Liban.

Dans le quatrième chapitre, nous verrons d’une façon plus détaillée, le système migratoire et la conjoncture de guerre. Nous présentons l’évolution du système migratoire au Liban, avec le retrait de la main-d’œuvre syrienne du Liban en 2005 et ses conséquences sur le cadre Libanais, le marché du travail et les autres migrants. Enfin nous traiterons de l’impact de la guerre de Juillet 2006 et de l’évolution du nombre des migrants.

Dans la deuxième partie, nous nous penchons sur le marché de l’emploi libanais et la main d’œuvre étrangère. Dans le chapitre cinq nous abordons les caractéristiques du marché de l’emploi, les migrants et le marché de l’emploi, les formalités d’entrée, aux procédures d’obtention du permis de travail, au statut des migrants, au droit des migrants, au système de la Kafala et enfin aux bureaux de placement.

Le chapitre six sera consacré au rôle des ambassades et des associations caritatives dans la protection de la main-d’œuvre étrangère. On s’intéressera aussi au point de vue des employeurs libanais vis-à-vis des travailleurs étrangers, au point de vue des travailleurs étrangers vis-à-vis de leurs employeurs. Nous nous intéressons enfin à la place de ces « nouveaux » migrants sur le marché du travail en nous interrogeant plus particulièrement sur les changements sociaux à l’œuvre dans la société.

La troisième partie traitera des conditions de vie et des pratiques culturelles des travailleurs étrangers. Le chapitre sept sera consacré à l’enquête de terrain, nous présentons les résultats de l’enquête par questionnaire.

Et enfin le chapitre huit aura pour objet les pratiques culturelles et cultuelles des migrants et le rapport qu’ils entretiennent avec leur pays d’origine et leur famille.

PREMIERE PARTIE

ÉMIGRATION ET IMMIGRATION AU LIBAN

Dans cette première partie, nous présentons dans un premier chapitre le bilan critique des travaux sur la littérature consacrés aux migrants et aux options méthodologiques.

Nous essayions, de comprendre et d’analyser dans les chapitres II et III le passage du Liban d’un pays d’émigration à un pays d’immigration. Ce n’est qu’après la guerre civile au Liban (1990) que le Liban accueille des étrangers non arabes, il s’agit là d’un phénomène nouveau alors qu’il ne recevait qu’une population immigrée venue essentiellement de la Syrie et dans une moindre mesure de l’Egypte. Le phénomène migratoire va prendre de l’ampleur avec l’arrivée massive de travailleurs asiatiques qu’on appellera « les migrants du travail ». Ce sont d’abord des femmes en provenance du Sri Lanka[3] qui arrivent sur le territoire libanais. Elles sont employées comme domestiques avec des contrats[4] de travail à durée limitée. Longtemps pays d’émigration, le Liban est donc devenu un pays d’immigration. Le Liban est devenu un pays privilégié dans le Moyen Orient en matière de densification, de diversification et de circulations migratoires, un espace caractérisé par une grande diversité d’origine des migrants. Nous enregistrons une demande de main-d’œuvre étrangère non arabe importante et ce pays devient de plus en plus un pays d’accueil pour des milliers d’étrangers en provenance principalement de l’Asie du Sud et du Sud Est, de l’Afrique de l’Est et dans une moindre mesure de l’Europe de l’Est. Ces populations non arabes représentent la majorité des migrants économiques au Liban, à côté d’autres populations, les réfugiés et les demandeurs d’asile majoritairement Palestiniens et Irakiens qui représentent une part non négligeable de la population résidente libanaise.

Il n’existe pas une loi qui protège les droits des travailleurs étrangers et des domestiques au Liban, de même il n’y a pas de droits dans les Institutions Étatiques qui couvrent les étrangers. Cette catégorie d’employées est en effet exclue du champ d’application du code du travail et régie par le code des obligations et des contrats et la loi 1984 relative au travail des étrangers. Les Organisations Non Gouvernementales et les Ambassades sont les seuls garants de la protection les droits de ces migrants. Sous la pression des ONG et des Organisations nationales, le Ministère du Travail vient de présenter un projet de loi pour améliorer leurs conditions. La question de la présence étrangère au Liban et de son intégration ne va pas sans susciter des débats politiques économiques et sociaux importants. Dès lors la présence des travailleurs étrangers est devenue en quelques années un enjeu social et économique majeur.

La migration au Liban relève de trois processus :

- Une migration de réseaux, issus du Sud Asiatique localisés dans les espaces marginaux de Beyrouth et du Mont Liban.
- Une migration provenant des régions très pauvres pour améliorer leur condition de vie.
- Une migration de travail temporaire.

Dans le chapitre IV, nous détaillons l’évolution du système migratoire au Liban, nous décrivons les différents événements qui ont été derrière le renouvellement de la population migrante au Liban.

CHAPITRE I : BILAN CRITIQUE DES TRAVAUX SUR LA LITTÉRATURE CONSACRÉS AUX MIGRANTS ET OPTIONS MÉTHODOLOGIQUES

Dans ce chapitre, nous traitons dans une première section les travaux sur la littérature consacrés aux migrants, essentiellement des travaux académiques, des rapports publiés par les ONG, les documentaires et de la presse écrite. Et dans une deuxième section, nous présentons nos choix et nos démarches méthodologiques.

1. Que savons-nous des migrants étrangers au Liban : Une revue sur la Littérature.

Les migrants présents au Liban ont des statuts juridiques différents : réfugiés, travailleurs temporaires, sans papiers, légaux et illégaux. Il est difficile de faire un comptage précis de ces migrants, et ce qui est important est de signaler tout ce qui se passe avec eux dans leur vie quotidienne et les nouvelles transformations au niveau de leur condition de vie, la façon de s’intégrer dans la société libanaise.

Plus de 110[5] nationalités sont présentes sur le territoire libanais. On estime le nombre d’étrangers à 1 500 000 personnes présentes au Liban; soit le tiers de la population[6]. Doraï et Clochard estiment pour leur part qu’un quart de la population active serait composée de travailleurs migrants de toutes nationalités confondues soit un total estimé entre 600 000 et 800 000 personnes[7]. Selon Doraї, le Liban accueille également des réfugiés non palestiniens dont le nombre varie de quelques centaines de réfugiés reconnus par le HCR à quelques 30 000 et 40 000, selon des sources non officielles, incluant de nombreux « migrants irréguliers » venant essentiellement du Soudan et de l’Irak. A un stade donné, le Liban est devenu une destination où les réfugiés peuvent trouver un asile temporaire avant de retourner dans leur pays d’origine. En plus, ce dernier est devenu pour de nombreux autres réfugiés un pays de transit vers les destinations comme Europe de l’Ouest, l’Amérique du Nord ou l’Australie. Il étudie les implications théoriques de l’étude des mouvements des réfugiés en relation avec le développement des pratiques Transnationales au Moyen Orient.

Les travaux sur les migrations dites migration « de travail » au Moyen Orient sont très nombreux[8]. Les migrations de travail en provenance des pays « pauvre en capital » mais « riches en main-d’œuvre », c’est dans ce contexte que Birks et Sinclair trouvent que « Les migrations ont été largement spontanées et faciles à encourager[9] ».

Si de nombreuses études ont spécifiquement enquêté auprès des domestiques au Liban, l’immigration des ouvriers est assez peu étudié en comparaison avec ceux des étrangers des autres pays comme l’Europe (l’Italie, la France, l’Espagne,…), et les Etats Unis. Jusqu’à tout récemment, les travaux sur les migrants et spécialement sur les migrations de travail et les « nouveaux venus[10] au Liban» sont peu explorés, d’une manière générale les travaux scientifiques et les rapports fournis par les Organisations Non Gouvernementales qui s’intéressent aux conditions de vie des travailleurs migrants, qu’il s’agisse des ouvriers ou des domestiques sont rares. Bien que depuis 2000 des mémoires de Master ont commencé à paraître. La littérature existante concerne quasi exclusivement les réfugiés tel que le cas des Palestiniens et des réfugiés non palestiniens traités par Kamel Doraї[11] … Dans les différents travaux scientifiques, journalistiques, rapports ONG, films ou reportage nous voyons les mêmes histoires des migrants qui se répètent sans fin.

Parmi les travaux académiques, citons les travaux de Jureidini Ray qui est le premier à travailler largement sur la question ; Ceux-ci présentent une vue d'ensemble de la migration des domestiques au Moyen-Orient de 1970 jusqu'à nos jours. Selon lui : « Au Liban, cette migration, venue essentiellement du Sri Lanka, mais également des Philippines et de pays africains, a connu un important développement à partir de 1990»[12]. Les domestiques arabes ont été remplacées par des femmes non arabes, principalement asiatiques qui occupaient les travaux domestiques avant la guerre. Il avance que ces migrantes du fait de leur statut légal et administratif -sous contrat de travail temporaire- ont été exposées aux mauvais traitements et à l’exploitation.

Nous avons aussi étudié les résultats d'une enquête menée en 2001 auprès des Sri Lankaises qui détaille les difficultés qu'elles peuvent rencontrer. Une fois les contrats de travail établis, ils sont souvent inadaptés et peu respectés. Jureidini illustre par deux exemples judiciaires (l'un pour le vol et l'autre pour la rétention de passeport) la faiblesse des employées face aux tribunaux pour faire reconnaître leurs droits. Il ajoute qu’au Liban il n’existe pas de loi qui protège le droit des domestiques.

Sur les 180 000 employées domestiques étrangères au Liban, 20% subit des situations illégales, le non-paiement du salaire, des abus sexuel[13]. Jureidini travaille sur le quotidien des travailleurs migrants « day to day lives » et les conditions des domestiques au Liban, et il travaille sur une analyse des lois sur les domestiques dans la région.

En 2004, l’enquête menée par Jureidini et Moukarbel[14] sur 70 Sri Lankaises domestiques au Liban, ceux ci estiment que 70 % de ces dernières prouvent qu’elles sont confrontées à des problèmes de contrat d’esclave. De même, ils montrent dans leurs études que certaines migrantes travaillent 16 -17 heures par jour.

Jureidini travaille non seulement sur le phénomène de la vie du jour au jour et des conditions de travail des domestiques au Liban, mais il analyse les droits nationaux et internationaux de ces dernières dans la région. L’enquête menée l’année suivante montre que 35% des domestiques ne sont pas autorisés à sortir de chez leur patron. 87% ont leur passeport confisqué par leurs employeurs. En plus les femmes cuisinent, nettoient même tard le soir après le départ des visiteurs. 88% des enquêtés montrent qu’elles n’ont pas un jour de repos. D’autres ont un jour de vacances chaque deux semaines pour aller à l’église ; elles sortent accompagnées de leur patron. Ray Jureidini a participé dans plusieurs campagnes sur les domestiques au Liban.

Mc Murray a traité le cas des domestiques dans le Moyen Orient et précisément le cas du Liban. Il a estimé en 1999 que « plus que 170 000 femmes Sri Lankaises travaillent comme domestiques au Liban[15] ».

Selon Mickael Humphrey, « Foreign workers have no social rights (welfare or sickness benefits) and no political voice about the terms and conditions of their employment contracts[16] ».

Michel Young[17] examine les conditions des migrants au Liban, leurs rôles, leurs problèmes, leurs réseaux, et leur futur.

Il met l’accent sur les rapports et les phénomènes sociaux de la vie quotidienne des Libanais et l’attention que portent les Libanais sur ces derniers. Plusieurs mesures peuvent être prises en considération. Il nous présente une vision générale des migrants au Liban, de leur parcours migratoire, leur nombre, leur statut ; ensuite il nous explique les problèmes que rencontrent ces derniers au Liban, le réseau qui s’occupe des travailleurs étrangers au Liban et enfin, il met le point sur la situation des migrants au Liban.

L’article de L Abou Habib[18] sur « the use and abuse of female domestic workers from Sri Lanka in Lebanon », (Les employés et les abus sur les domestiques Sri Lankaises au Liban) montre que c’est très difficile de tracer l’histoire de flux migratoires du Sri Lanka ou d’autres pays Africains. Au Liban, aujourd’hui, un grand nombre des domestiques Sri Lankais sont employées comme servantes, la majorité d’entre elles souffre et vit dans des conditions de violence. Ainsi, elle décrit dans son article : le besoin de support donné par les ONG humanitaires, les droits des migrants des organisations au Liban pour les domestiques du Sri Lanka et les différentes formes sur le Gendre ethnique et les discriminations dont plusieurs femmes migrantes sont le sujet à traiter. Pourquoi les ONG ne jouent-ils pas un rôle plus efficace envers ces derniers ? Elle finit son article par quelques suggestions sur les approches que les ONG peuvent adopter pour dresser le tableau des troubles et la situation critique des domestiques au Liban.

À propos des migrations internationales, Marie-Antoinette Hily nous parle des expériences de la co-présence des migrants[19]. Elle décrit les activités des migrants et interroge la notion de quartier : à partir de l’exemple de la banlieue beyrouthine, dans le cadre d’une réflexion théorique et de recherches de terrain récentes sur la présence des migrants dans la ville dans le cadre de circulations transnationales et de migrations de Transit ? Elle travaille sur les questions de la co-présence, l’épistémologie de la sédentarité et l’incertitude. Elle nous met l’accent sur la visibilité des femmes migrantes dans ces quartiers ; elle se concentre sur leur vie quotidienne, sur l’émancipation des femmes domestiques, sur la migration des femmes seules et leur autonomie par rapport aux hommes ; elle décrit les caractéristiques des femmes migrantes, et les placeurs qui s’occupent des migrants.

Son objectif est de rendre d’une part les usages des notions qui ont été mobilisés pour penser les formes migratoires mondialisées en rupture avec les approches développées jusque dans des années 1970, et d’autres parts, de privilégier un point de vue qui relève d’un mode d’interrogation qui ne désigne pas tant les causes des migrations ou les motivations à migrer et les transformations qu’elles induisent que d’accéder à une compréhension plus modeste des modes d’organisation des collectifs en co-présence et la façon dont ils saisissent des « occasions », là où les gens se rencontrent dans des espaces de sociabilité non figés comme la rue d’Arménie dans le quartier de Bourj-Hammoud.

Dans un autre article sur les migrants dans une banlieue beyrouthine[20], Marie-Antoinette Hily propose de rendre compte à partir d’une enquête de terrain des signes et des marques qu’inscrivent les nouveaux migrants à Bourj Hammoud. Elle s’arrête sur les pratiques des « nouveaux venus » et leurs usages du quartier. Elle pointe la vie sociale des « nouveaux venus » qui vivent dans la précarité, dans la peur de contrôle et dans l’incertitude.

Avec Agnès Deboulet, elles décrivent les situations migratoires qui sans être généralisables n’en sont pas moins exemplaires de la place de cette main-d’œuvre immigrée. Les auteurs montrent que depuis une dizaine d’années, les migrants ont fait leur entrée sur le marché du travail et tentent de s’inscrire, pour nombre d’entre eux, dans un « milieu » aux identités multiples et conflictuelles, dans des quartiers périphériques où il est plus facile de trouver à se loger. En s’appuyant sur des enquêtes de terrain menées dans la banlieue de Bourj-Hammoud à l’Est de Beyrouth et dans les quartiers sud de Jnah et d’Ouzaï[21].

Selon Julien Bret, au Liban « les carrières migratoires sont très significativement liées à la division entre travailleurs arabes et non arabes et à la division sexuée du travail. Il étudie l'expérience des travailleurs non arabes au Liban, Asiatiques et Africains, qui s’inscrivent dans le cadre des mouvements migratoires liés à la constitution de la rente pétrolière dans les pays arabes et à sa transformation en capital »[22].

D'abord comparative, sa thèse vise à montrer que ces flux ressortissent des nouvelles migrations observables dans d'autres parties du monde, dont la principale caractéristique est la féminité. Ensuite, il met en évidence l'histoire et le destin des niches ethniques par lesquelles les migrants non arabes entrent sur le marché du travail libanais (travail domestique et métiers du sexe pour les femmes, certains emplois ouvriers pour les hommes). Enfin, il montre, à partir de l'analyse des structures qui encadrent l'accès et la mobilité des travailleurs non arabes sur le marché du travail, de l'expérience objective et subjective de ces migrants dans la société libanaise, en quoi les parcours migratoires au Liban produisent des compétences adaptatives, notamment en situation d'urgence, qui permettent la réalisation de projets migratoires spécifiques, à l'interface de la sociologie économique et de la sociologie des migrations et dans laquelle seront discutés les concepts de segmentation des marchés du travail, de mobilité et de transnationalisme.

Outre quelques rapports publiés par les ONG et les associations caritatives comme l’ILO[23] en 2006, signalons aussi les rapports publiés par les franciscains[24], Caritas migrant[25], le centre afro-asiatique, Kafa et Danish Refugee Council[26], sur la présence et la protection de ces étrangers au Liban.

Plusieurs propositions sont faites dans les rapports publiés par UN[27] et ILO. Pour améliorer les conditions de travail de ces migrants l’Organisation Internationale du Travail (OIT) a poussé le gouvernement Libanais à mettre en place un comité chargé de rédiger un projet de loi afin d’unifier les contrats de travail, d’annuler le régime de garant et d’établir de fiches de paie uniformisées et légalisées par le gouvernement Libanais.

Selon la Convention Internationale de la protection des droits des migrants et les membres de leur famille, un migrant est une personne engagée qui s’engagera dans une activité rémunérée dans un pays dont il n’est pas citoyen[28].

En Juillet 2005, Caritas migrant[29] a réalisé une enquête par téléphone sur 601 personnes libanaises employant une domestique chez elles, pour mettre la lumière du point de vue de ces derniers envers les droits et les devoirs leur domestiques. L’échantillon s’est réparti comme suit 21% des hommes et 69% des femmes. Le but essentiel de cette étude est d’examiner en se basant sur les résultats par rapport aux concepts des relations entre l’employé et l’employeur. Cette étude rentre dans le cadre d’un projet sur la protection des droits humains des travailleurs étrangers et des demandeurs d’asile au Liban, ce projet se réalise avec Caritas Suède et avec un support de l’Union européenne. « Les cas de maltraitance semblent en nette diminution » estime Najla Chahda (Directrice de Caritas migrant au Liban). Comme résultat de cette enquête[30], 31% des femmes interrogées sont maltraitées, sont exposées au non-paiement des salaires, aux abus sexuels et physiques…

Plus récemment, une étude[31] préparée par IPSOS en 2008 pour Caritas sur les Droits des travailleurs étrangers au Liban, a pour objectif d’explorer les problèmes des migrants et de modifier l’étude faite par Caritas sur les migrants au Liban.

Dans la presse écrite, on observe ainsi, les articles publiés dans les quotidiens libanais puisque le sujet à commencer à voir la lumière ; il y a pas mal d’articles écrit sur le sujet. Les journaux libanais attirent souvent l'attention du public sur le sort des travailleurs migrants abusés par leurs employeurs. Les médias peuvent jouer un rôle important dans la sensibilisation au droit des travailleurs dans des conditions de travail décentes. D’ailleurs un journal local publie un article intitulé « Les Sri Lankaises, nos animaux domestiques[32] ».

Dans les reportages qui ont été mis en place sur les domestiques au Liban, nous citons les deux documentaires qui ont été réalisés sur la situation des travailleuses domestiques au Liban.

Un film a été réalisé en 2006 par Carol Mansour sur les femmes Sri Lankaises, Maid in Lebanon « être domestique au Liban », spécialement avec l’aide du centre Caritas et financé par Caritas Suède pour solliciter la situation des femmes domestiques au Liban. Ce film dénonçait les pratiques des employeurs et des agences. Comme dans de nombreux autres pays, ces femmes ne sont pas protégées par la législation locale en vigueur. Souvent l'objet de mauvais traitements comme le non-paiement de leur salaire et, dans certains cas, d'abus psychiques, physiques ou sexuels. À l’occasion l’ambassade des pays bas à Beyrouth et l’OIT, décrivent le pari que prennent ces femmes quand elles décident de quitter leur famille pour venir travailler au Liban. Le film met en exergue, à travers les histoires des domestique Sri Lankaises d’élaborer des politiques nationales et internationales pour protéger les droits des travailleurs migrants au Liban.

En 2007, Dominique Torrès[33], réalise un documentaire sur la situation des domestiques au Liban. Le documentaire a été diffusé dans l’émission Envoyé Spéciale. Le reportage met des images sur le phénomène et la réalité de la maltraitance de ces travailleuses migrantes.

Et enfin, une enquête approfondie sur les nouveaux migrants au Liban qui travaillent dans différents secteurs, sur les conditions de vie et de ménage sollicite le point sur les migrants réalisés dans cette recherche : La société bouge, les étrangers aussi. Il y a de moins en moins d’immigrés, mais de plus en plus de travailleurs d’origine étrangère. La réalité de l’immigration au Liban, que cela plaise ou non, la situation n’est pas celle des années 80 et 90. C’est sans doute dans les quartiers populaires et pauvres qu’on pourra les observer mieux dans toute leur situation et surtout les formes de certaines activités, entre les différentes communautés, dans les moments conviviaux, entre les différentes communautés. La cohabitation fréquente entre les afro-asiatiques de différentes ethnies est une des caractéristiques des étrangers au Liban. L’hospitalité ne peut avoir de sens qu’entre égaux. Les installations régulières des étrangers se sont poursuivies et le marché du travail a continué sous une forme ou sous une autre d’accueillir les autres migrants.

Les migrants au Liban ont des droits, mais leur simple application nécessite un combat quotidien, logement, travail, école pour les enfants s’ils sont mariés avec des enfants au Liban.

Un groupe particulièrement démuni accepte des salaires de misère, parce que pour ces migrantes, il faut travailler le plus vite possible pour aider la famille là-bas, parfois un travail non déclaré, très faibles revenus, haut rendement permanent, respects des délais et utilisation à plein temps. La présente étude confirme en grande partie cette réalité. Les clés de succès de ces migrantes se caractérisent par les prix compétitifs de longues journées de travail, sans repos et avec des salaires très bas. Une exigence de qualité et une concurrence de plus en plus vive les distinguent des autres communautés immigrées.

L’immigration ici sera étudiée et analysée, c’est une immigration non seulement de travail mais aussi d’investissement et de transfert très importants des capitaux.

Les emplois féminins, comme la coiffure, présentent les caractéristiques professionnelles suivantes : des emplois essentiellement féminins des employées dont l’âge varie des contrats de travail entre l’apprentissage à la limite de la légalité ce qui est souvent nécessaire à la survie du salon.

Le travail domestique au Liban, entendu comme le travail par les femmes domestiques, est une des principales formes d’emploi féminin de la plus grande partie du monde. Ces femmes sont enfermées dans les maisons de leurs patrons. Les domestiques sont massivement présentes et étonnement invisibles. La question actuelle des domestiques nous semble venir sur le devant de la scène seulement à propos des situations qualifiées.

Pour rendre compte de ce contexte nous présentons dans la deuxième section de ce chapitre la méthodologie en expliquant plus particulièrement quelques éléments comme la problématique et les hypothèses :

2. Problématique et Hypothèses

2.1 Problématique:

Le Liban est devenu un pays importateur de main d’œuvre étrangère dans l’espace migratoire moyen-oriental. Pour expliquer ce phénomène, il faut commencer à comprendre la place de ces « nouveaux » migrants sur le marché de l’emploi libanais, en interrogeant plus particulièrement l’ethnicisation de certains métiers. Nous explorerons aussi la diversité des enjeux autour de l’impact des pratiques sur l’intégration des migrants, les stratégies et les politiques de l’emploi du gouvernement et des employeurs en la matière et les changements sociaux à l’œuvre dans une société déjà profondément marquée par des différences historiquement constituées.

Les mutations qui se sont produites et qui continuent nous paraissent un phénomène délicat à saisir en Migration Internationale. Il s’agit également d’évaluer l’impact de la présence de cette main-d’œuvre étrangère qui se définit par une caractéristique très significative des migrations : la coexistence de populations d’origines ethniques diverses et les transformations que ces migrants entraînent dans la société d’accueil libanaise surtout sur le marché de l’emploi libanais.

La migration devient de plus en plus un phénomène important et complexe au Liban, il s’agit d’un aspect important surtout avec l’arrivée massive de nouveaux migrants : le rôle et la place qu’occupent ces derniers, la relation entre segmentation et ethnicisation sur le marché du travail et le nouveau type d’interaction avec la population dans la société d’accueil (leur visibilité et leur invisibilité). Les migrants sont actuellement un élément de la structure sociale dans le pays.

L’arrivée de ces vagues migrantes a permis à une partie des Libanais de se décharger des tâches ménagères et familiales. Les Libanais ont pu s’appuyer sur ce personnel de maisons et d’ouvriers pour cela, leur présence a renforcé l’ethnicisation de la fonction d’employée de maison et des ouvriers.

Suite à ces mutations observées sur l’immigration au Liban, la situation problématique actuelle nécessite alors une étude approfondie sur l’ethnicisation du marché de l’emploi pour comprendre les conditions de la mobilité des nouveaux migrants et leur présence sur le marché de l’emploi.

Il s’agira donc d’observer les processus sociaux d’ insertion, de ségrégation, d’ ethnicisation, d’ intégration et d’ exclusion, pour reprendre un vocabulaire utilisé dans la sociologie des migrations dans un premier temps, mais qu’il conviendra de remettre en question ou de « déconstruire » dans les situations étudiées au cours de l’avancée de notre recherche.. L’introduction de main-d’œuvre étrangère aux statuts précaires conduit à s’interroger sur les dynamiques identitaires : construction de nouvelles minorités ? Émergence de nouvelles formes d’appartenance ?

L’utilisation du terme ethnicisation concerne la présence de migrants d’une grande diversité d’origine sur le marché de l’emploi libanais. Les Sri Lankais, les Népalais, les Philippins, les Éthiopiens, les Bangladais sont dans le service domestique et les Syriens, les Égyptiens dans la construction et l’agriculture. Nous constatons dans certains métiers une concentration de certaines nationalités. Cette ethnicisation est également de plus en plus sexuée. On trouve en effet les femmes dans : le service domestique, le service de nettoyage, les services de soin des familles et d’entretien des maisons, les services de garde des personnes âgées… et les hommes : dans la construction, le gardiennage...

Il s’agit de s’interroger sur l’évolution observable sur le marché de l’emploi libanais et sur la restitution de l’ethnicisation des relations du travail aux regards des incertitudes qui s’imposent aux travailleurs étrangers. La présence et l’embauche des nouveaux migrants de même origine sont un phénomène très important au Liban. Ce phénomène est-il une réponse à la pénurie de la main-d’œuvre et ou au manque d’attractivité du secteur (conditions de travail, salaires…), ou encore sur la stabilité et sur la précarité de l’emploi occupé.

2.2 Hypothèses :

L’hypothèse centrale de cette recherche est celle que l’arrivée massive de main d’œuvre étrangère sur le marché de l’emploi entraîne une forme de dumping social sur le marché de l’emploi, car on retrouve cette population active de plus en plus souvent dans des métiers de services. L’ethnicisation au sens d’une répartition des emplois en fonction de l’origine nationale est un fait d’observation que nous cherchons à interpréter. L’ethnicisation du travail retentit forcément sur la société. Pour être plus claire, il y aura des emplois réservés aux employées de maison de nationalités étrangères comme les sri-lankaises, les philippines, les éthiopiennes, que les Libanaises n’exerceront jamais ou peu, car les conditions de travail et rémunération sont trop dures.

Nous posons aussi deux hypothèses secondaires :

1- Cette ethnicisation n’est pas stable. Elle évolue en permanence. Nous remarquerons de façon très significative au Liban que telle ethnie est plus favorable à pratiquer une profession plus qu’une autre, et à y demeurer. L’embauche traditionnelle de main d’œuvre arabe a été remplacé par la main d’œuvre asiatique Sri Lankaise et Philippine et à son tour le mouvement de substitution se poursuit avec des travailleurs venus essentiellement d’Afrique.

Dans le travail domestique, on assiste à un remplacement de la main d’œuvre asiatique traditionnelle sri Lankaise et philippine par une main d’œuvre essentiellement éthiopienne dont le recrutement se déroule dans les mêmes conditions.

2- L’ethnicisation du travail a des retombées sur les sociabilités urbaines. Cette hypothèse sera discutée par l’étude des fréquentations des migrants des principaux lieux de sociabilité : les marchés, les lieux de culte et les lieux festifs dans une perspective inspirée de la migration. L’accent sera mis sur la présence de main d’œuvre étrangère à l’occasion de différents évènements. On abordera de façon détaillée différents espaces, en particulier les différents lieux des compositions variables de pratiques religieuses et de pratiques de loisir et culturelles. Il s’agit d’évènements organisés par les différentes communautés qui développaient une sociabilité dans des contextes d’autonomie. Grâce à ses réseaux commerçants, ses messes et ses lieux culturels, cette population est devenue en quelques années potentiellement visibles dans la société libanaise.

Notre recherche prend pour point de départ les questions suivantes :

Quels facteurs permettent de comprendre comment le Liban, pays qui connaît toujours une forte émigration, est également un pays qui accueille une immigration croissante ? Qu’est ce qui fait que ce dernier attire les étrangers de toutes les nationalités ? Dans quelle mesure l’arrivée des « nouveaux » migrants sur le marché de l’emploi de nos jours traduit-elle différentes formes de recomposition de la société libanaise ? Dans quelle mesure, l’installation de migrants dans des quartiers des villes libanaises (particulièrement visibles à Beyrouth) remet-elle en question des appartenances locales et contribue-t-elle à l’émergence de nouveaux rapports sociaux? Dans quelle mesure assistons-nous à l’ethnicisation de certains métiers occupés par les nouvelles populations immigrées ?

Pour répondre à ces questions, nous avons enquêté sur quatre groupes : Les Sri Lankais, les Indiens, les Philippins et les Éthiopiens. Nous proposons les démarches méthodologiques qui s’inscrivent dans la sociologie et l’ethnographie et qui sont essentiellement qualitatives : 1. Recenser des études, recherches, et divers écrits qui ont pu être faits sur ce sujet. 2. Dresser une typologie des professions concernées. 3. Réaliser une série d’entretiens avec des responsables des organisations gouvernementales et non gouvernementales et avec des migrants.

Dans cette thèse, la notion d’ethnicisation est donc utilisée en tant qu’outil conceptuel permettant la description et l’analyse des modes de présence des populations migrantes sur le marché de l’emploi, à partir d’une démarche prenant en compte différentes échelles. Nous nous efforcerons de décrire et d’analyser comment les migrants de différentes origines se trouvent sur le marché de l’emploi ?

3. Options Méthodologiques :

Toute recherche qui se consacre au Liban se heurte, inévitablement à la difficulté d’obtenir des données fiables en raison de la guerre (1975-1990), mais également en raison de l’absence de recensement[34] récent, ou de données statistiques et démographiques fiables[35]. Durant notre recherche menée en Master II sur la communauté indienne présente au Liban, nous avions cherché à obtenir des données traitant de l'immigration au Liban auprès de centres de recherche (Institut français du Proche Orient, les centres de recherche de l'Université Libanaise, de l'Université Saint Joseph et l'Université Américaine de Beyrouth). Nous avons par la suite tenté de pallier les manques de données en nous adressant à d'autres organismes ou à des personnes ressources (Archives et registres des ambassades, les associations d'aide aux migrants, les représentants des communautés étrangères et des différentes églises…). Nous reprenons plus systématiquement ce travail au cours de notre thèse trop partiellement abordé en Master.

L’exploration du terrain au Liban nous a permis d’établir des relations de confiance avec les migrants. Nous avons cherché une place auprès des migrants pour pouvoir acquérir leur confiance, accéder aux informations que nous cherchons.

Le travail de terrain a mobilisé les démarches méthodologiques propres à la sociologie et à l’ethnographie : enquêtes par questionnaire, entretiens avec les employeurs et les travailleurs migrants, observation sur les lieux de rencontres, participation aux fêtes et cérémonies. Les localités que nous avons sélectionnée pour l’enquête sont celles où les migrants sont particulièrement « visibles » et tout particulièrement à Beyrouth : Dora (Bourj Hammoud), Barbir, marché du Dimanche (« banlieue » Est de Beyrouth), Hamra (rue centrale de Beyrouth Ouest) et Antélias.

L’objectif de notre enquête sur le terrain est de recueillir des informations qui ne sont pas dans les statistiques. Deux démarches sont adoptées : l’une qualitative et l’autre quantitative. La première est caractérisée par son caractère exploratoire. Elle a été utilisée pour l’étude de tout ce qui est inconnu sur l’immigration au Liban. Elle se fonde sur l’interrogation des individus, l’analyse de leurs discours et de leurs comportements. La démarche quantitative qui repose sur les statistiques dans cette étude.

3.1. La recherche de terrain :

« La recherche sur le terrain cherche à décrire des domaines, des expériences et des activités de la vie sociale d'une façon qui minimise l'influence du chercheur sur les données recueillies[36] ». Le travail de terrain est un moment nécessaire de la recherche sociologique, mais une sophistication théorique considérable est requise pour rendre plus précises et plus rigoureuses les opérations d'investigation d'enregistrement de clarification et d'interprétation de données et pour attester de leur validité par-delà des groupes et des cultures. Le terrain implique d'être exposé à plusieurs sources d'information qui ne peuvent pas être comptées, comprises et traitées simultanément. « L'enquêteur doit intégrer ces différentes sources d'informations au cours des opérations d'observation et de participation sur le terrain et les reprendre pour en poursuivre l'intégration une fois quitté le terrain[37] ».

C’est à Malinowski qu’a été associée la naissance du travail de terrain intensif. Le terrain est un moment de conception et de validation de catégories des hypothèses. Les fondements de la démarche du terrain sont l'observation (directe ou indirecte) et l’entretien (directif et semi-directif), et ne sauraient été remplacés par la recherche en bibliothèque[38]. Les techniques sont les moyens pratiques pour recueillir et organiser les données.

L’immigration au Liban est en train de changer aussi est-il intéressant d’étudier le détail de la vie et de la culture des migrants. Nous sommes parvenus à connaître les membres des communautés migrantes. Nous ne nous sommes pas contentés d’informations générales. La méthode employée relève de l’observation participante et de l’ethnographie.

Pour appréhender la migration des travailleurs étrangers au Liban, il faut sélectionner les lieux privilégiés où ils se rencontrent, le marché, les cérémonies festives et religieuses telles que : Dora (Bourj Hammoud), Nahr Ibrahim, Sid El Boucherieh, Kaslik, Barbir, Hamra, Achrafieh, Beyrouth... Nous avons réalisé l’étude de terrain avec les enquêtes et les entretiens en les mettant en relation avec nos données et ainsi nous avons pu rapprocher la problématique et les hypothèses.

Notre travail de terrain a duré quatre ans et demi. Ce dernier a été divisé en trois phases pendant notre présence au Liban : nous nous sommes rendus sur le terrain pour la première fois, au mois de décembre 2005. Dans un premier temps, nous avons réalisé des entretiens au sein du Ministère du Travail, pour nous familiariser sur les statistiques des permis de travail délivrés par les autorités libanaises aux travailleurs étrangers au Liban. Dans une deuxième phase, pendant l’été 2006, nous avons élaboré des entretiens avec des représentants des ONG qui aident avec les migrants pour en savoir plus sur l’immigration au Liban et procédé de même au sein des consulats et des ambassades de chaque communauté. En plus une enquête a été réalisée sur les commerçants étrangers aux différentes places de marché et enfin une enquête a été réalisée avec des travailleurs étrangers se préparant à l’évacuation suite à la guerre de juillet 2006. La troisième phase, la plus importante de mars 2007 au premier juin 2008, nous nous sommes installés pendant un certain temps au Liban, nous nous sommes rendus sur les différents lieux de cultes et festifs pour en savoir plus sur les travailleurs migrants : observer, participer aux activités, saisir des comportements... Nous avons rassemblé des données d’observation de première main que nous avons recueillies grâce à une présence fréquente sur le terrain.

3.1.1 L’observation

Olivier de Sardan définit l’observation de la façon suivante : « Par un séjour prolongé chez ceux auprès de qui il enquête (et par l’apprentissage de la langue locale si celle-ci lui est inconnue), l’anthropologue se frotte en chair et os à la réalité qu’il entend étudier. Il peut ainsi l’observer, sinon "de l’intérieur" au sens strict. Du moins au plus près de ceux qui la vivent, et en interaction permanente avec eux. On peut décomposer analytiquement (et donc artificiellement) cette situation de base en deux types de situations distinctes : celles qui relèvent de l’observation (le chercheur est témoin) et celles qui relèvent de l’interaction (le chercheur est coacteur). Les situations ordinaires combinent selon les dosages divers l’une et l’autre composante [39] ».

L’observation directe et participante sont les deux démarches principales que nous avons adoptées pour rassembler les données en prenant part à la vie quotidienne des groupes étudiés. Les situations auxquelles sont confrontés les migrants.

Selon Defoor, « l’observation participante requiert une grande implication du chercheur[40] », d’où notre participation active aux cérémonies et aux activités. Il importe d’acquérir la confiance du groupe étudié et de s’intéresser aux « impondérables de la vie quotidienne » selon l’expression de Malinowski[41]. En guise d'exemple particulier sur l'observation participante, permettez-nous de décrire comment nous avons précédé en étudiant les différents lieux de culte. L’observation donne un point de vue méthodologique ; alors nous y avons passé beaucoup de temps. Nous avons assisté à presque toutes les cérémonies des migrants qui se sont déroulées pendant notre séjour au Liban pour découvrir les différentes instances. Nous avons regardé comment les gens priaient et partageaient les moments. Nous les avons suivis dans leur foyer et nous nous sommes installés pour écouter le récit de leur expérience au Liban. Nous nous sommes rendus aussi sur les lieux de travail, les chantiers, chez des concierges, des employeurs et les avons regardés pendant qu'ils accomplissaient leurs tâches. Nous avons assisté à leurs groupes de discussion et à leurs oraux. Nous avons passé des soirées ensemble. Dans l’observation de chaque communauté, nous sommes restés pour une période d'une semaine à un mois passant des weekends entiers en leur compagnie. Ces situations d'observation ont laissé beaucoup de temps dans leurs conversations que nous avons mises à profit pour interviewer ces travailleurs pour en savoir davantage sur leur parcours.

3.1.2 L’entretien

se définit comme par un procédé d’investigation scientifique, utilisant un processus de communication verbale, pour recueillir les informations en relation avec le but fixé[42]. C’est une méthode de recherche qualitative qui vise un but déterminé et qui permet de recueillir des données, d’informer et de motiver. Les entretiens ont été notre premier arrêt dans l’exploration de notre terrain. Au début de la recherche nous avons réalisé des entretiens avec une diversité d’informateurs[43] (des responsables des organisations gouvernementales et non gouvernementales, et des migrants), directifs et semi-directifs d’une manière ouverte et souple. Nous avons commencé l’entretien avec une simple introduction sur le sujet et le but de notre recherche et sur l’objectif de l’entretien ; ce dernier est un tour exploratoire du terrain et le respect de l’anonymat, pour donner à nos migrants le ton général de la conversation libre et ouverte. Nous avons pris des notes juste à la fin de l’entretien pour garder l’impression chez nos interviewés que c’était une simple conversation.

Ces entretiens ont contribué à combler les lacunes des sources imprimées. Nous avons obtenu des entretiens avec la plupart des employés des institutions publiques ou privées. Cette étude dispose d’une grande variété de données dont une bonne partie provient des matériaux de recherche directement collectés par nous-mêmes. Plus de 70 entretiens ont été réalisés avec des responsables et des migrants.

De même des entretiens ont été réalisés avec des Libanais pour connaître vis à vis de leur perception des travailleurs étrangers et de leur rôle dans la composition de la société libanaise. Nous avons enfin réalisé des séries d'entretiens systématiques avec des travailleurs de différentes nationalités pour recueillir des données. Leur expérience a été mise en forme, en référence à un modèle de relations avec leurs employeurs pour exprimer leur pensée et leurs avis envers le gouvernement libanais. Tous nos entretiens sont énoncés en langue arabe ou en anglaise puis traduits par nous-mêmes en Français.

3.2 L’enquête par questionnaire

L’étude de l’immigration au Liban nous a mis face à une multitude de données qui nous permettent de recueillir des informations variées et distinguées. C’est pourquoi il est utile d’adopter l’enquête par questionnaire qui désigne par son sens la collecte systématique de données auprès d’un échantillon particulier d’individus[44]. Nous avons évidement enquêté et sélectionné des endroits, des quartiers et des gens qui les hébergent. Signalons que cette enquête par questionnaire a été accompagnée par des entretiens qui lui sont complémentaires comme c'est le cas avec les domestiques dans les lieux de refuges comme le « Save house » et avec les travailleurs évacués et de retour au Liban après la guerre de juillet 2006.

3.2.1. Le pré test de l’enquête

Avant de donner les configurations définitives de nos enquêtes, ces dernières ont été soumises à des épreuves de pré-enquête, la mise à l’épreuve du questionnaire avant le lancement de l’enquête afin de s’assurer de la validité de l’instrument[45]. Pratiquement le pré-test de nos enquêtes a été réalisé auprès d’un groupe de migrants de toutes les régions de sexe masculin et féminin, exerçant différentes professions… Effectivement le pré–test a montré sa validité après certaines modifications telles que diminuer le nombre des questions et transformer certaines questions ouvertes en questions fermées pour éviter la durée de l’entretien.

La pré-enquête a présenté des avantages : elle a permis de faire une observation des zones de concentration des populations étrangères migrantes au Liban.

L’enquête par questionnaire [46] est basée simplement sur le contenu des indicateurs à partir des hypothèses. Cette enquête vise à étudier un échantillon réduit des migrants au Liban pour collecter toutes les informations sur leur mode de vie quotidien dans le pays d’accueil, leur assimilation, leurs liens avec les Libanais et leurs pays d’origine.

Ces questionnaires comprennent des axes communs comme :

- L’identité : l’âge, le sexe, la religion, l’état matrimonial.
- La date de la première migration, le pays d’origine, le passage par un autre pays que le Liban.
- La situation économique : la profession, le genre, la durée du travail et le montant mensuel du salaire, l’épargne et le transfert d’argent…
- Le lien avec le pays d’origine : le moyen de communication et le voyage qu’ils font pour rester en contact avec leurs parents…

Nous avons préparé cinq questionnaires chacun comprend des axes différents selon la nature des investigations.

- Le premier questionnaire porte sur les conditions de vie et les pratiques culturelles des travailleurs afro-asiatiques au Liban et se divisent en neuf variables:

1- L’identité.
2- Le parcours migratoire.
3- L’expérience professionnelle.
4- Les transferts de fond.
5- Les conditions de vie et les pratiques religieuses, festives et culturelles au Liban.
6- Le côté affectif.
7- le côté d’amitié.
8- Le Dimanche et les espaces de rencontre des travailleurs étrangers.
9- Le point de vue des travailleurs étrangers vis à vis des Libanais.

Dans un deuxième temps, nous avons pu élaborer une enquête par questionnaire avec des commerçants étrangers hommes et femmes dans les différents magasins Beyrouth et sur le marché du Dimanche. De même notre enquête a été réalisée sur tous les migrants marchands qui fréquentaient le marché autrement dit ceux qui ont des emplacements sur le marché.

Nous avons également suivi plus d’une trentaine de vendeurs qui ont accepté de collaborer avec nous pour réaliser l’enquête par questionnaire en 2006 et cela s’est réparti sur plusieurs Dimanches. Pour mettre le point sur les questions de trajectoire migratoire, de mobilité et de circulation migratoire, nous avons essayé de trouver les espaces particuliers où nous pourrons saisir les activités. La première, c’est à Dora (Bourj Hammoud) zone caractérisée par son marché, zone où se trouvent des milliers d’étrangers de toutes les nationalités, Sri lankais, Indiens, Éthiopiens, Soudanais, Syriens, Egyptiens, Arméniens, Bangladais, Africains… la deuxième à Sin El Fil, le grand marché populaire du Dimanche, la troisième à Hamra, et la dernière à Antélias . (Nous nous sommes rendus plusieurs fois sur le terrain, la première enquête a été réalisée le 7 août 2006.).

En parallèle notre démarche a consisté à fréquenter régulièrement durant quatre semaines successives le marché de Dimanche, ce lieu caractérisé par la circulation migratoire.

Dans un premier temps, daté du 20 Août 2006, soit le premier Dimanche de la réouverture du marché après sa fermeture temporaire pendant la période de la guerre de Juillet 2006. Nous avons effectué une observation de l’organisation du marché du Dimanche et les mouvements des visiteurs, des marchands et de leurs produits.

En nous approchant plus de notre terrain pendant la guerre de Juillet 2006, nous sommes parvenus à réaliser une troisième enquête qui porte sur les travailleurs étrangers évacués du Liban vers leur pays d’origine en Juillet 2006. Les uns sont impatients de partir ; beaucoup d’entre eux se sentent oubliés dans le conflit du 12 juillet, ils pensent que personne ne s’occupent d’eux. D’une part vu le prix très élevé du billet d’avion qui dépasse leur budget, ils ont préféré rentrer chez eux, d’autre part, ils considèrent que leur conditions de travail sont terribles, ils sont souvent mal payés et exploités, avec en plus, la confiscation de leur passeport par leurs employeurs pour plus de garantie. La guerre de juillet était pour beaucoup d’entre eux, une occasion de quitter cette vie misérable qu’ils menaient au Liban. Néanmoins, certains d’entre eux préféraient rester au Liban parce qu’en dépit la guerre qui sévit dans ce pays, pour eux, vivre au Liban représente encore un moindre mal par rapport au retour dans leur pays natal. Ce dernier a été suivi par des entretiens avec des personnes qui sont parties avec la guerre de Juillet et qui sont de retour après la stabilisation de la situation au Liban.

Le quatrième questionnaire porte sur le point de vue de Libanais vis à vis des travailleurs étrangers. Cette enquête a été diffusée en 2007-2008.

[...]


[1] Nous entendons par « immigration » deux sortes d'immigration, une durable qui est faite de personnes venant s'installer (dans le cas du Liban, qui ont fuit des contextes politiques défavorables, arméniens, puis syriens et égyptiens fuyant le "socialisme"), et une temporaire, de travail (syriens, puis travailleurs venant de plus loin comme les migrants afro-asiatique)

[2] Nous pouvons nous référer par exemple aux travaux de Ray Jureidini (2003) "L'échec de la protection de l'Etat : les domestiques étrangers au Liban" in Revue Européenne des Migrations Internationale s, 19(3), à ceux de John Chalcraft (2005) "Syrian Migrant Workers in Lebanon: The limits of transnational integration, communitarian solidarity, and popular agency", Sixth Mediterranean Social and Political Research Meeting, Montecatini Terme, 16 – 20 March, ou à ceux de Mohamed Kamel Doraï et Olivier Clochard (2006) "Les réfugiés non Palestiniens au Liban, aux frontières de l'asile", volume 3, n°2 .

[3] Par la suite toutes les femmes migrantes non-arabes qui vont travailler au Liban seront appelées « Sri Lankié », la traduction en Libanais du mot Sri Lankais.

[4] Le nouveau contrat de travail pour les domestiques étrangères au Liban a été signé en Avril 2009. http://www.labor.gov.lb/pages.asp?Page_ID=136.

[5] Source Sûreté Générale en 2008.

[6] Plus qu’un tiers avant le retrait syrien, les chiffres sont estimés en augmentation.

[7] DORAI Kamel, et CLOCHARD Olivier (2006), Non Palestinian Refuges in Lebanon From Asylum Seekers to Illegal Migrants "Les réfugiés non Palestiniens au Liban, aux frontières de l'asile), in De Bel-Air Françoise (Migration et politique au Moyen Orient, IFPO, Beyrouth, p.127-143).

[8] DE BEL-AIR Françoise (2006), Migration et Politiques au Moyen Orient, Institut Français du Proche Orient, Beyrouth, Liban.

[9] BIRKS J.S et SINCLAIR C.A (1978), The International Migration Project: An Enquiry into the Middle-East Labor Market, International migration review, volume 13, nº 1.

[10] Dans la littérature on attribue l’apparition du terme des nouveaux venus à l’auteur Marie-Antoinette Hily qui a travaillé sur le thème.

[11] DORAI Kamel (2003) Palestinian Emigration from Lebanon to Northem Europe: Networks and Transnational Practices in Refuge et DORAI Kamel, et CLOCHARD Olivier, Op.Cit.

[12] JUREIDINI Ray (2003), Op.cit…p.23.

[13] Retirés de plusieurs rapports, UN Report 2005, ILO 2006, Jureidini, Ray (2002) Women Migrant Domestic Workers in Lebanon. International Migration Papers 48. International Migration Programme. Geneva: International Labor Office.

[14] JUREIDINI Ray et Moukarbel Nayla (2004), Female Sri Lanka domestic worker’s in Lebanon a case of “contract slavery”? Journal of Ethnic and Migration Studies, volume 30, n° 4, p.581-607.

[15] MC MURRAY, David, Recent trends in Middle Eastern Migration, Middle East Report Summer 1999 p.17

[16] HUMPHREY, Mickael (1993), Migrant workers and refugees. The political Economy of population Movements in the Middle East, Middle East Report March April 1993 nº 181, p.7.

[17] YOUNG Michael (2000) Migrant Workers in Lebanon, Lebanese NGO Forum, Beyrouth, p.7.

[18] ABU-HABIB , Lina, The use and abuse of female domestic workers from Sri Lanka in Lebanon, dans Gender et Development, Female domestics Workers in Lebanon, p.52.

[19] HILY et BERTHOMIERE, 2006, Décrire les migrations internationales, les expériences de la co-présence, Revue Européenne des Migrations Internationales, volume 22, n° 3, p 67-82.

[20] HILY, Marie-Antoinette (2009), Migrants dans une banlieue beyrouthine, Maghreb-Machrek dans le dossier des migrations au Proche Orient, sous la direction de Ali Bensâad et Mohamed Kamel Doraï nº199, Printemps 2009, p.61-70.

[21] DEBOULET, Agnès, HILY, Marie-Antoinette , Les migrants de Beyrouth, Emplois à bon marché et zones refuges, Echo Géo, Numéro 8 | 2009 : mars 2009 / mai 2009, http://echogeo.revues.org/index10944.html .

[22] BRET, Julien (2007), Circulations transnationales et travail disqualifié au Moyen Orient. Les travailleurs non arabes au Liban, Hommes et Migrations, nº 1266, p..96-107

[23] International Labor Organization (2006), The Awarness raising workshop on the situation of migrant domestic workers in Lebanon Geneva: UN.

[24] Quelle protection pour les migrants au Liban, Franciscains, www.fransiscaninternational.org/letters/liban.doc.

[25] Rapport sur une campagne sur les domestiques migrantes au Liban, publié par Caritas Migrant, UNIFEM, Ministère du Travail, Beyrouth 28-30 Novembre 2005.

[26] ABDULRAHIM Sawsan (2010), Kafa (enough) Violence and Exploitation, Servant, Daughter, or Emplyee. A pilot study on the Attitudes of Lebanese Employers towards Migrant Domestic Workers, 40p.

[27] Rapport sur la situation des travailleurs migrants au Liban, “ Situation of migrants Workers in Lebanon Working Group on contemporary Forms of Slavery” Franciscans International, A Non Governmental Organization at the United Nations. 28th session, 16-20, June,2003.

[28] YOUNG, Michael, … Op.cit p.1.

[29] Rapport Caritas 2005, Op.cit.

[30] Rapport Caritas Migrant, Op.cit.

[31] IPSOS (2008), Migrant Workers Right, prepared for Caritas. IPSOS Mena- Dekwaneh

[32] Anonyme, dans Annahar Beyrouth Juin 1997. Tel était le titre d’un article sur la situation des employées de maison au Liban publiée dans « Annahar » (le grand quotidien arabophone).

[33] La fondatrice du Comité Contre l’Esclavage Moderne (CCEM) en 1994.

[34] Il faut rappeler l'absence de recensement général de population au Liban depuis 1932 qui entretient le flou quant à l'importance respective des communautés qui résident sur son sol jusqu'à aujourd'hui.

[35] Outre les publications régulières de l'Administration Centrale de la Statistique qui ne présentent que des données sélectives et partielles, seules les administrations concernées (Ministère de l'Intérieur, Ministère du Travail, Sûreté Générale) délivrent des statistiques difficilement comparables et peu abondantes.

[36] AARON V Cicourel (2003), Contre un empirisme naïf. Une théorie plus forte et un contrôle plus ferme sur les données, cité dans l’enquête de terrain par Daniel Céfaï, la Découverte, Paris, p.380.

[37] AARON V Cicourel 2003), Op cit… p.380.

[38] Daniel CEFAI, (2003), La renaissance des méthodes qualitatives en Sociologie, cité dans L’enquête de terrain par Daniel CEFAI, éditions la Découverte, Paris, p. 310-311.

[39] DE SARDAN, Jean Pierre Olivier, 1995, « La politique du terrain. Sur la production des données en anthropologie ». Enquête, n°1, p.71-109.

[40] Agnès DEFOOR, Manuel méthodologique de recherche. Publication du centre de recherche de l’Institut des Sciences Sociales de l’Université Libanaise, Liban, 1999, p.66.

[41] Cité dans DEFOOR, Manuel méthodologique de recherche, p. 71.

[42] Madeleine GRAWITZ, (2001), Méthodes des Sciences Sociales, Paris, édition Dalloz, p. 644.

[43] Voir Annexe 1.

[44] PHILOGENE, G, MOSCOVICI, Serge (2003), Enquête et Sondage, in les méthodes des Sciences humaines, Paris, PUF, p.40.

[45] MUCHIELLI, Roger (1979), le questionnaire dans l’enquête psychosociale : Connaissance du problème, application pratique, Paris, ESF, p. 86.

[46] Pour voir le questionnaire en détail; Prière de retourner à l’annexe 1.

Résumé des informations

Pages
428
Année
2012
ISBN (ebook)
9783668755826
ISBN (Livre)
9783668755833
Taille d'un fichier
10.1 MB
Langue
Français
N° de catalogue
v426223
Note
14
mots-clé
Migration

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Titre: Les nouveaux migrants au Liban : vers une ethnicisation du marché de l’emploi