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L'intermédialité dans "Fatras" de Jacques Prevert

Dossier / Travail de Séminaire 2004 20 Pages

Etudes des langues romanes - Français - Littérature

Extrait

Table des matières

1. Introduction

2. Précurseurs et sources
2.1. Précurseurs
2.2. Sources
2.3. La technique d’un collage

3. L’intermédialité directe
3.1. Définition
3.2. La relation entre un collage et un texte
3.3. La relation entre différent collages juxtaposésh
3.4. Les formes bâtardes

4. L’intermédialité indirecte
4.1. L’apparence du film
4.2. L’apparence du théâtre
4.3. Le déchiffrement de l’image et du son

5. La cohérence des éléments
5.1. La reprise de l’opposition
5.2. La prise de parole des animaux
5.3. La nouvelle trinité

6. Conclusion

7. Bibliographie

1. Introduction

Selon la revue Le Magazine littéraire, Jacques Prévert passe pour « le poète le plus populaire » de son temps.[1] Aujourd’hui, on peut constater que plus de 3,2 millions d’exemplaires de son recueil Paroles (1946) ont été vendus.[2] Cela signifie un record absolu en France dans le domaine poétique. Mais son génie ne s’est pas limité à la poésie : il écrivait des contes pour les enfants et des chansons à côté des textes divers en collaboration avec des peintres et des photographes. On ne doit pas oublier son succès en tant que scénariste de plusieurs films célèbres et ses adaptations de romans ou de pièces de théâtre pour la cinématographie. En outre, il se consacrait au Théâtre Ouvrier en animant le groupe de théâtre Octobre dans les années trente du XX siècle.

Vu cette diversité dans son travail artistique, il ne peut pas surprendre qu’en 1966 parut un recueil nommé Fatras. On y trouve quasiment tous les genres de texte: poèmes, récits, extraits des pièces de théâtre, lettres, articles de journal, dictons, citations, scénarios dont la plupart était déjà publiée. Le sous-titre de Fatras est également important : « avec cinquante-sept images composées par l’auteur ». Ces images peuvent être considérées comme des collages qui consistent évidemment aussi en des éléments d’origines très différents. Le rassemblement de textes et de collages était quand même quelque chose d’inédit pour Prévert. Auparavant, il avait déjà associé ses textes avec des peintures, des dessins ou des photographies d’autres artistes. Une partie de ses collages avait été exposée en 1957 et en 1963.

Quoique Fatras n’ait pas atteint le même succès comme les recueils de poèmes, il présente un panorama des énoncés et des sujets qui ont le plus marqué Prévert. Cette fois-ci, il le constitue en employant des différents médias qu’il a connus pendant sa vie. Il va de soi-même que la lecture des textes divers et le regard des collages signifient un défi majeur pour le lecteur. Celui essaie de saisir des liens entre les deux médias aussitôt qu’il comprend que les images ne servent pas que d’illustrations. La tâche est de saisir les interactions non seulement entre l’image et le texte juxtaposés mais aussi entre tous les éléments que Fatras comprend. Sinon, l’ouvrage resterait un fatras dans le sens littéral, et on n’aurait pas besoin de s’en occuper intensément. Au moins, une grande partie du contenu semblerait incohérente voire incompréhensible. Il est alors nécessaire d’analyser les points de contact entre les médias différents et de juger à quel degré une certaine cohérence existe. Cela sera le but de cet examen.

2. Précurseurs et sources

2.1. Précurseurs

Qu’est-ce que c’est qu’un fatras ? Le Petit Robert donne la définition suivante : « amas ou ensemble confus, hétéroclite, de choses sans valeur, sans intérêt. »[3] Ce mot n’étant pas du tout flatteur, Jacques Prévert devait avoir une allusion distincte non seulement provocatrice pour le public littéraire. En fait, il s’est servi d’un genre poétique qui apparaissait au XIII siècle : la fatrasie consistait en un onzain et avait un schéma de rimes régulier. Par contre, la banalité et l’absurdité des actions décrites marquaient les sujets comme les animaux auxquels on prêtait des propriétés contradictoires.

Le fatras était dérivé de la fatrasie et apparut en XIV siècle. On ajoutait des vers au début qui étaient repris au début et à la fin de la strophe. Alors le schéma suivant s’établit :

AB Aaabaab bababB. De plus en plus le discours devenait plus sensé en prenant un ton parodique. La parodie est presque toujours présente chez Prévert mais en plus, il aimait la liberté des arts pendant le Moyen Age postérieur qui permettait l’assemblage de plusieurs genres lyriques couvrant des sujets totalement différents dans un ouvrage. Le fatras offre donc une option intéressante avec laquelle on peut faire semblant de mettre en relief des sujets absurdes et insensés qui ont cependant un arrière-plan réaliste et sensé si on y voit clair. Les atrocités et les injustices de notre monde peuvent par exemple représenter de tels sujets. Un fatras pourrait être en plus concevoir, à l’aide du matériel disparate, une image inédite de notre existence ce qui était déjà appliqué il y a plusieurs siècles. On verra par la suite comment Prévert y arrive.

2.2. Sources

Même sans savoir que Jacques Prévert fait allusion au moins à un genre littéraire antique, le titre Fatras implique que le lecteur peut s’attendre aussi à des éléments non exclusivement composés pour cet ouvrage : Comme déjà mentionné, ils proviennent des sources et des époques très différentes. On se rend compte du fait que dans Les Règles de la guerre, l’auteur n’utilise que des citations, parfois tirées des journaux comme l’Express ou Le Nouvel Observateur. En outre, ce sont fréquemment des extraits de publications (Les chiens ont soif ; Adonides) dont la dernière ne devait avoir lieu qu’en 1978, parfois d’un entretien (L’Argument Massu) ou d’une lettre (Analectes). Toutefois, même si on ne connaît pas toujours les dates de rédaction des textes, il est probable que plusieurs aient été prévus pour Fatras.

Quant aux collages, Prévert a souvent utilisé des fragments de chromos, des gravures, des photographies, par exemple celles d’André Villers, même des tableaux. Pour la sélection des textes il n’a pas veillé à ce que les sources aient une valeur artistique ou non. Cela ne modifierait pas du tout leur importance dans Fatras.

2.3. La technique d’un collage

Aujourd’hui, on fait la distinction entre la définition artistique et figurative du mot collage: Dans le sens traditionnel, un collage est « une composition picturale faite du papiers découpés et collés sur la toile, éventuellement intégrés à un papier peint. ».[4] Au XX siècle, vu les innovations à la littérature et à la musique, on devait élargir la délimitation de ce terme : Le dictionnaire propose alors : « Œuvre d’art ou récit composés d’éléments disparates juxtaposés. »

Le collage est une technique qui a été développée, entre autres, par Pablo Picasso à partir de 1912. On le considère une technique révolutionnaire parce qu’il n’obéit pas aux critères de l’Art établis auparavant. En plus, le découpage était réservé à l’industrie et aux métiers artisanaux. Maintenant, on mettait « en évidence les ruptures et la discontinuité des parties (…), l’emprunt d’éléments appartenant au réel extérieur », de sorte qu’on créait « l’arme privilégiée de la révolte contre l’ordre ancien » (Rodani 1988, 12). Le collage permettait aussi d’explorer l’espace tri dimensionnel sans être obligé de faire des plastiques. On tenait beaucoup à la spontanéité en ajoutant des éléments banals, voire primitifs.

Le titre lui-même implique déjà d’après sa définition un collage dans l’ensemble de l’ouvrage. Mais Fatras ne s’est pas limité à des collages picturaux. Les textes y compris sont souvent eux-mêmes composés des éléments incohérents.

3. L’intermédialité directe

3.1. Définition

On peut parler d’intermédialité si deux ou plusieurs médias sont présents tandis qu’ils exercent une influence mutuelle. Au moins deux médias se confrontent dans Fatras si on sous-entend par un médium un moyen de transmettre des informations codées, c’est-à-dire, un énoncé. Un texte et une image sont en fait deux codes différents parce qu’il s’agit respectivement des symboles arbitraires (des lettres) avec un arrangement linéaire et une représentation directe avec un arrangement spatial, c’est-à-dire sans fixer une certaine séquence temporaire pendant la réception. L’intertextualité, par contre, compare traditionnellement des productions textuelles sans franchir un système sémiotique. La difficulté de comparer une image avec un texte est de ne pas avoir une délimitation exacte entre ces deux médias. Il y a d’une part des images linguistiques qui comprennent par exemple des descriptions figuratives et des métaphores et d’autre part des images spirituelles comme des rêves et des souvenirs qui jouent un grand rôle dans les ouvrages surréalistes. La littérature serait appauvrie sans ces chevauchements. Surtout les poèmes sont pleins d’expressions métaphoriques.

Jacques Prévert tenait compte de son ami Joan Miró qui disait qu’il n’y avait pas de distinction entre la poésie et la peinture lorsqu’il a conçu Fatras. Les collages sont plus qu’un moyen pour illustrer le texte. On remarquera plus tard comment se produit un dialogue entre le texte et le collage pictural. On ne doit pas aller aussi loin qu’Apollinaire ou Marinetti qui ont créé des « mots-image » et pratiquement fusionné les deux médias. Chez Prévert, le dialogue est quand même subtil ; ainsi il faut soigneusement examiner les points de repère.

3.2. La relation entre un collage et un texte

Tout d’abord, on remarque que les collages ont des titres propres indépendants des textes ce qui exigent d’autant plus une analyse profonde de l’interdépendance.

Regardons le premier collage du recueil : Fenêtre d’Izis. Au-dessus de la photographie prise par Izis[5], Prévert n’a mis que du feuillage et une feuille individuelle, dont l’arrangement forme un ensemble avec les deux trous carrés dans les volets fermés. Les feuilles étant flétris, cela ressemble à un masque qui a l’air triste. Par contre, les volets sont illuminés par le soleil quand on prend en considération du bois qui divise les deux parties de la fenêtre et qui jette de l’ombre sur le volet à droite. Outre les volets, la photo reste très sombre ; la maison ne semble pas être accueillante.

[...]


[1] No. 155, 1979, page 8

[2] D’après Quid 2004, Robert Laffont, 2003

[3] Edition de 2001

[4] D’après Le Grand Robert, édition de 2001

[5] Izis était un photographe lithuanien qui émigrait en France en 1930.

Résumé des informations

Pages
20
Année
2004
ISBN (ebook)
9783638387002
ISBN (Livre)
9783638746816
Taille d'un fichier
623 KB
Langue
Français
N° de catalogue
v40107
Institution / Université
University of Bayreuth
Note
1,3
mots-clé
Fatras Jacques Prevert Surréalisme

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