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La technique théâtrale dans le théâtre de Césaire

Élaboration 2016 36 Pages

Etudes des langues romanes - Français - Littérature

Extrait

Tables des matières

Introduction.

I- l’espace et le temps dans le théâtre de Césaire.
1- L’espace théâtral
a) L’espace scénique.
Le décor et ses significations.
Le carré sémiotique (Lumière-Noir).
L’accessoire et ses significations.
Les costumes.
B) L’espace dramatique.
L’espace actuel
L’espace virtuel
2- Le temps théâtral
Le temps de la représentation.
B) Le temps dramatique.

II- La structure du texte dramatique.
La structure interne.
La fable.
L’action.
L’agencement de l’action.
L’intrigue.
La structure externe.
L’unité de l’action.
L’unité de lieu.
La vraisemblance.
Les bienséances.
Les héros médiocres.

III-Le discours théâtral
La double énonciation et la double destination.
1-Les didascalies.
Formes du discours théâtral
a) Le dialogue.
b) Le Monologue.

IV- Un théâtre africain ou bien un théâtre européen?.

Conclusion.

Bibliographie.

Introduction

Dans la présente étude, nous nous attardons sur quatre points principaux. Le premier point est: l’espace et le temps dans le théâtre de Césaire. Ce point répondra aux questions suivantes: quel est la différence entre l’espace scénique et l’espace dramatique? Quelles sont les significations du décor et des accessoires? Le temps est un élément essentiel dans le théâtre, nous l’examinerons dans sa dualité: le temps de la représentation et le temps de la fiction.

Le deuxième point est: la structure du texte dramatique chez Césaire. Nous nous concentrons sur la structure interne et la structure externe: est-ce que Césaire a-t-il respecté les règles de ces structures? Le troisième point concernant: le discours théâtral et les didascalies. Nous indiquerons les différentes formes de didascalies et les différents types du discours théâtral. Le quatrième point est une question imposante: à quel théâtre appartient- le théâtre de Césaire? Appartient-il au théâtre européen ou bien au théâtre africain? L’examen des caractéristiques de chaque théâtre va éclairer la réponse à cette question.

I- l’espace et le temps dans le théâtre de Césaire

1- L’espace théâtral

Aller au théâtre, c’est aller dans un lieu aménagé à cet effet. Mais, aller au théâtre est également l’effraction d’autre espace celui de la fiction qui est formulé pour celui dans lequel le spectateur est entré. L’espace théâtral constitue un élément dramatique essentiel, il ne peut pas être purement livresque, car le théâtral devient théâtre à partir du moment où il est exposé dans une spécialité déterminée par le travail de la représentation. L’espace théâtral se caractérise par sa dualité: il suppose d’une part l’espace scénique un lieu réel dans lequel le rapport entre les spectateurs et les acteurs s’inscrit. Il se nourrit d’autre part d’un espace purement imaginaire l’espace dramatique destiné à prendre forme selon les critères soulignés de la part de l’auteur lui-même, selon le choix du metteur en scène et du scénographique[1].L’espace scénique diffère d’une époque à l’autre. Chaque époque organise celui-ci selon des paramètres différents. Les formes les plus célèbres pour l’espace scénique sont: le théâtre en rond, le théâtre à l’italienne, crique, cabaret et tréteaux des rues[2]. L’espace scénique n’est jamais vide. Il possède le décore, les accessoires et les costumes.

L’espace dramatique on le voit sous deux formes: espace actuel et espace virtuel . L’espace actuel peut être unique comme la dramaturgie classique qui pose l’unité de lieu comme une règle rigoureuse: dans « L’Avare » de Molière, la pièce se passe dans la maison d’Harpagon[3]. L’espace virtuel, c’est l’espace qui échappe au regard des spectateurs. Il existe seulement à travers l’évocation qui est faite par les personnages. L’espace virtuel peut être prochain ou lointain . L’espace virtuel prochain comme: « Quand une personne quitte la scène, il est censé continuer d’exister ailleurs, même il échappe à notre vue »[4]. L’espace virtuel lointain: « renvoie lui aussi à un ailleurs. Mais celui-ci a une existence plus incertaine. Il peut se situer dans le passé de personnages »[5]. Avant d’aborder l’espace dans le théâtre de Césaire, nous exposons ce schéma récapitulatif pour l’espace théâtral et ses formes:

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a) L’espace scénique

Le décor et ses significations

Le décor est: « un élément essentiel du langage dramatique. Plus ou moins inspiré Par le texte. Il signifie autant que celui-ci[6] ». Par ailleurs le décor n’est pas seulement des objets afin de rendre la scène réelle et convaincue, mais il apporte des significations visées de la part du dramaturge. En raison que l’espace actuel est multiple dans le théâtre de Césaire, les indications spatiales de ses pièces exigent de construire et reconstruire plus d’un décor dans la même pièce. Dans « La Tragédie du roi Christophe » l’action se passe dans plusieurs lieux, nous citons par exemple: l’arène de combat de coqs, le Palais Royal, le marché et la campagne haïtienne (les champs). Chaque décor implique une signification. L’arène de combat de coqs suggère le conflit essentiel de la pièce celui qui est entre Christophe et Pétion. Le contraste entre le Palais Royal et les champs de la campagne haïtienne suggère l’écart entre le chef et son peuple.

Dans « Une Tempête » Césaire désigne dans les didascalies spatiales « grotte de Caliban » et « grotte de Prospero » sans autres indications caractéristiques. Mais le décor de deux grottes ne peut jamais être le même. C’est à travers une évocation de la part de Caliban que le metteur en scène et le scénographe peuvent aménager chaque grotte pour montrer la hiérarchie sociale entre Caliban et Prospero: « Tu m’as logé dans une grotte infecte, le ghetto » (Césaire, 1969, acte 1, scène 2, p.26). Le mot « ghetto » avec l’adjectif « infecte » sont suffisant pour distinguer le décor de la grotte de Caliban de celle de Prospero.

Dans « Une Saison au Congo »(la prison) où les belges emprisonne Lumumba apporte plus d’une signification. La prison implique, d’une part, une signification politique qui incarne la tyrannie et la répression de la colonisation, d’autre part, la prison implique une signification psychique où la peine, la frustration et le mal traitement, mais au contraire de ces connotations, Césaire fait le paradoxe. La prison est un lieu distinct pour Lumumba où il peut rédiger sa poésie et ses espérances concernant son pays, voici un geôlier lisant les manuscrits de Lumumba: « Il réclame son élargissement pour qu’il puisse participer aux travaux de la Table Ronde à Bruxelles. Signé: Patrice Lumumba président du M.N.C » (Césaire, 1973, acte 1, scène 3, p. 19)

Ce qui attire notre attention dans le théâtre de Césaire, ce sont les jeux de lumière et de l’obscurité: « Les jeux de lumière, par intensité, leurs couleurs sont créateurs de sens. Ils peuvent avoir une valeur fortement dramatique [7] ». C’est l’intensité des jeux de lumière et d’obscurité qui nous suggère de raffiner notre analyse par l’opposition en situant le carré sémiotique créé par Greimas.

Le carré sémiotique (Lumière-Noir)

Le carré sémiotique vise à faire un réseau de concepts et une représentation visuelle de ce réseau, généralement sous forme d’un « carré » (qui est plutôt un rectangle). Le carré sémiotique permet en effet à raffiner les analyses par oppositions en faisant passer le nombre de classes analytiques découlant d’une opposition donnée de deux (par exemple, vie/mort) à quatre (par exemple, vie, mort, vie et mort : un mort-vivant, ni vie ni mort), huit voire dix. Le carré implique quatre termes et six métatermes. Voici un carré sémiotique vide[8]:

Structure du carré sémiotique vide

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Les quatre termes sont:

- Position 1 (Lumière A) ;
- Position 2 (Noir B) ;
- Position 3 (Non-Noir, non-B) ;
- Position 4 (Non- Lumière, non-A).

Les six métatermes sont:

- Position 5 (terme 1 + terme 2) : terme complexe; c’est (lumière-noir). Dans le théâtre de Césaire cette position est lexicalisée par « Noir puis lumière » (Césaire, 1973, acte 1, scène 2, p.45). l’autre expression qui lexicalise cette position est « fin de la nuit » (Césaire, 1969, acte 3, scène 4, p. 73), la fin de la nuit c’est l’aurore qui témoigne la fin de l’obscurité de la nuit et les premières lumières du jour.

- Position 6 (terme 3 + terme 4) : terme neutre ; c’est (non-lumière, non-noir). Dans le théâtre de Césaire, « la pénombre » est le terme qui lexicalise ces deux termes: « noir puis pénombre » (Césaire, 1973, acte 2, scène 4, p. 64)

- Position 7 (terme 1 + terme 3) : déixis positive ; Dans les pièces de Césaire le mot " éclaire " est le terme qui lexicalise (lumière+ non noir). L’éclaire dans le trois pièces comprend une valeur symbolique. Dans « La tragédie du Roi Christophe » l’éclaire symbolise la rupture entre Christophe et son peuple. Son peuple souffre de la difficulté du travail à la Citadelle: « Majesté, la difficulté est de hisser les pièces. La pente est dure et glissante » (Césaire, 1963, acte 2, scène 8, p. 104). Mais, Christophe augmente leur souffranceen réduisant le nombre de l’équipe qui est au-dessus de la citadelle pour élever les pierres. Le temps se transforme en annonçant la ruptureentre Christophe et son peuple, nous lisons la didascalie: «Le temps s’est gâté de plus en plus, pluie, éclaire et tonnerre » (Césaire, 1963, acte 2, scène 8, p. 104). Le changement du temps augmente la difficulté du travail. Comme la décision de Christophe augmente la souffrance de son peuple, le changement du temps devient le symbole de cette décision qui cause la rupture.

Dans « Une Tempête »», l’éclaire est une métonymie de la tempête dont le rapport est (partie-tout), l’éclaire devient le déclencheur des faits de la pièce: «vent et éclaire» (Césaire, 1969, acte 1, scène 11, p. 16). Dans « Une saison au Congo », l’éclaire devient le symbole de la crise du règne de Lumumba, l’éclaire éclate et les autorités de Katanga annonce la sécession. La scène dix du premier acte commence par la didascalie suivante: « Nous sommes en avion au-dessus d’Élisabethville. (Vent, pluie et éclaire) » (Césaire, 1973, acte 1, scène 10, p. 40) et finit par « Les autorités katangaises refusent de laisser atterrir l’avion » (Césaire, 1973, acte 1, scène 10, p. 41).

- Position 8 (terme 2 + terme 4) : déixis négative ; c’est (noir, non-lumière). Dans le théâtre de Césaire cette position est lexicalisée par plusieurs expressions. Dans « Une Tempête » nous lisons « le bateau sombre » (Césaire, 1969, acte 1, scène 1, p. 17). Dans « Une Saison au Congo », l’expression suivante désigne la même position « dans l’obscurité » (Césaire, 1973, acte 1, scène 10, p. 40).

- Position 9 = terme 1 + terme 4 : pas de nom ;

- Position 10 = terme 2 + terme 3 : pas de nom.

Voici un schéma pour le carré: (lumière- noir).

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L’accessoire et ses significations

L’accessoires est: « La décoration {objets, meubles etc.} joue également son rôle. Tout objet est à la fois réaliste et symbolique [9] ». Dans le théâtre de Césaire le lecteur trouve tant d’accessoires qui reflètent la société et le temps de chaque pièce. Le lecteur peut voir certaines de ces accessoires sur la scène et certaines autres sont évoqués aux dialogues et aux chants sans paraître sur la scène. Les objets qui apparaissent sur la scène sont significatifs. Nous commençons par (le fouet) qui est un élément commun dans les trois pièces, il implique plus d’une signification: il symbolise l’esclavage, il apporte une valeur physique celle de la peine et une valeur psychique celle de l’humiliation.

Dans « La tragédie de Roi Christophe » et dans « Une tempête » (la brouette et la houe) sont parues à plus d’une fois car elles symbolisent la souffrance dans la première société et l’esclavage dans la deuxième. D’autres objets sont révélateurs de l’époque de chaque pièce où Césaire souligne les objets les plus récents de chaque époque. Dans « Une tempête » où les évènements se passent au XVII siècle, nous voyons (le porte-voix). Dans « Une Saison au Congo » où les événements se passent en 1960, nous voyons le téléphone et le télégramme, mais ces deux objets sont utilisés de la part du colonisateur blanc comme un signe de progrès.

Le théâtre de Césaire est plein de décor tropical et africain suggéré par d’autres objets évoqués dans les dialogues des personnages. Nous dégageons les animaux, les arbres, les insectes et autres objets dans le tableau suivant:

Abbildung in dieser Leseprobe nicht enthalten[10] [11] [12]

Les costumes

Les indica tions désignant les costumes dans le théâtre de Césaire sont assez peu. Césaire se contente de préciser le temps et le lieu dans les trois pièces. Par ailleurs, les costumes seront assujettis au choix de metteur en scène, mais les costumes désignés de la part de Césaire seront assujettis à notre examen. Dans « La Tragédie du roi Christophe », Césaire décrit deux costumes. Les paysans en bleu: « Foule noire. Vêtements bleus de paysans.» (Césaire, 1963, p.11). Les costumes du Roi Christophe et sa femme: « Le Roi et la reine entrent revêtus de leurs costumes tribaux » (Césaire, 1963, acte 3, scène 1, p.119). Césaire a déjà visité Haïti, il souligne son témoignage en décrivant le vêtement des paysans. Les costumes tripaux de Christophe et sa femme porte un signe assez conscient de la part de Césaire pour refléter que l’idéologie africaine est le vainqueur à la société d’accueil. Dans« Une Saison au Congo », nous trouvons un seul signe concernant les costumes des banquierspour indiquer le luxe du colonisateur : « Va et vient de4 ou 5 hommes déguisés en banquiers: habit, de haute de forme » (Césaire, 1973, acte 1, scène 4, p.21).

B) L’espace dramatique

L’espace actuel

L’espace actuel dans le théâtre de Césaire est multiple. Dans « La Tragédie du roi Christophe » l’action se passe dans plusieurs lieux: (le Cap, place publique, un coin du champ, campagne haïtienne, Limonade, église de Limonade). Dans « Une Saison au Congo » nous mentionnons par exemple: (quartier africain, prison d’Elisabethville, palais présidentiel, New York, palais de l’O.N.U, villa Lumumba). Dans « Une Tempête » « la grotte de Caliba n» et «la grotte de Prospero » sont les seuls deux lieux précisés. La plus part de scènes se passent sans préciser les lieux, mais le lecteur sais que l’île est l’espace de l’action.

Ce sont les didascalies spéciales qui déterminent l’espace actuel. Ces didascalies sont variées, les informations spéciales qu’elles fournissent sont tantôt succinctes et tantôt développées.Nous dégageons un exemple où Césaire se contente de préciser le lieu seulement : « Kalina, Conseil des ministres congolais » (Césaire, 1973, acte 2, scène 5, p. 65). Dans la didascalie suivante, Césaire amplifie les détails en décrivant le lieu, les objets, le mouvement, l’événement, le nombre de personnages, leurs vêtements et leur accessoire:

[...]


[1] Cf. PRUNIER, (Michel), "L'analyse du texte de théâtre ", Paris, Nathan, 2001.p. 45

[2] CF COUPRIE, (Alain) "Le théâtre, texte, dramaturgie, histoire", Paris, Nathan, 1995. P. 28

[3] PRUNIER, (Michel), "L'analyse du texte de théâtre", op,cit p.48

[4] Ibid., p.49

[5] Loc. Cit.

[6] COUPRIE, (Alain) "Le théâtre, texte, dramaturgie, histoire", op.cit. P. 29

[7] COUPRIE, (Alain) "Le théâtre, texte, dramaturgie, histoire ", op.cit. P. 30

[8] http://www.signosemio.com/greimas/carre-semiotique.asp

[9] COUPRIE, (Alain) "Le théâtre, texte, dramaturgie, histoire", op.cit. P. 29

[10] Le centième haïtien

[11] Instrument de musique constitué d’un tronc de bambou.

[12] Petit tambour

Résumé des informations

Pages
36
Année
2016
ISBN (ebook)
9783668407008
ISBN (Livre)
9783668407015
Taille d'un fichier
1.9 MB
Langue
Français
N° de catalogue
v354361
Note
doctorat
mots-clé
césaire

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