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Le regard naturaliste dans les "Histoires naturelles" de Jules Renard

Dossier / Travail 2016 14 Pages

Etudes des langues romanes - Français - Littérature

Extrait

Table des matières

1. Introduction

2. Le contrat de la lecture naturaliste

3. Les animaux - Entre singularité et généralité
3.1. Les « Dindes » et la hiérarchie des animaux
3.2. « La Poule » et le plaisir de l'ordinaire

4. La métamorphose du chasseur

5. Conclusion

Bibliographie

1. Introduction

Publiées en 1890 les Histoires naturelles de Jules Renard sont une œuvre naturaliste importante qui donne une voix à son objet de l'observation, les animaux, permettant à eux de transformer en sujet poétique. En parlant pour ceux qui n'ont pas de voix, Renard ouvre un nouveau champ de l'écriture naturaliste, comme il écrit dans son journal :

Buffon a décrit les animaux pour faire plaisir : aux hommes. Moi, je voudrais être agréable aux animaux mêmes. Je voudrais, s'ils pouvaient lire mes petites Histoires naturelles, que cela les fît sourire [mise en évidence par moi].1

En soulignant que l'auteur ne veut pas seulement raconter des animaux, mais les plaire, il circonscrit précisément les conditions de sa démarche. Comme les limites de circonscrire les comportements de l'animal sont fixées sur le regard de l'homme2 il va ajouter l'imagination à ses observations qu'il aperçoit convenables à l'intérieur de l'animal concerné.

L'imaginaire chez Renard, c'est, on dirait, d'ajouter des références en deuxième instance à l'image de l'animal qui est d'abord observé d'une manière assez pure sans réticence. Ces références se constituent dans la combinaison du comportement observé dans l'animal avec des intentions et des sentiments. La singularité avec qui l'objet est traité va compléter l'impression du regard d'un être vivant, même allongeant les historiettes vers des études de cas. Souvent Renard ajoute un élément ironique à ses descriptions en comparant les animaux et leurs comportements aux êtres humains. Il ne va pas décrire tous les animaux d'une espèce mais un seul ou un certain nombre de plusieurs animaux - ceux que le narrateur voit avec ses propres yeux. Les descriptions oscillent donc entre singularité et généralité, une démarche qui permet de souligner l'animal comme phénomène d'une appartenance à une espèce qui développe son propre caractère qui est si unique que l'un d'un être humain.

Pour désigner la méthode renardienne de la description et l'attribution des animaux, ce travail va se deviser en 3 parties :

Premièrement, on va traiter la construction du regard de l'observateur, le chasseur, qui signifie l'instance la plus importante entre l'auteur et les animaux parce que l'observation, comme on va voir, est le premier départ des écrivains naturalistes. La poésie dérive et recoure toujours au visuel, elle est « l'écran » entre sujet et objet3. La deuxième partie sera consacrée à l'analyse de deux historiettes de l'œuvre, en faisant référence au processus de l'interaction entre l'observation et l'imaginaire, entre connaissance et reconnaissance. Comme les historiettes se distinguent beaucoup surtout dans leurs formes4 les histoires choisies sont juste exemplaires de l'écriture renardienne et leur analyse n'a pas de signification globale.

Pour la troisième partie on traite la métamorphose du chasseur. Comme ça, on suit la structure originaire de l'œuvre, qui, elle, en commençant et finissant sur une histoire sur le chasseur suit une argumentation distingué sur la métamorphose du regard au cours de l'observation de la nature, incarné par dudit personnage.

2. Le contrat de la lecture naturaliste

- dans le domaine des beaux-arts (essentiellement à partir du XIXe siècle), le « naturalisme » est une doctrine artistique recherchant l'imitation exacte de la nature. « L'école naturaliste affirme que l'art est l'expression de la vie sous tous ces modes et à tous ces degrés, et que son but unique est de reproduire la nature en l'amenant à son maximum de puissance est d'intensité : c'est la vérité s'équilibrant avec la science »5

Cette caractérisation renforce la valeur du côté réceptif de « faire croire » au lecteur. L'écrivain peut assurer au lecteur de bien suivre le codage naturaliste en

[...]instaur[ant] dès le début du texte un « contrat de lecture » réaliste, induisant le lecteur dans l'univers domestiqué de l'ordre mimétique[...]6

Les Histoires naturelles sont construites par des petites historiettes des animaux, qui sont décrits de l'extérieur ainsi que de l'intérieur, dont le récit cadre est l'histoire d'un chasseur qui observe les animaux. L'œuvre s'ouvre et finit par un épisode sur lui. […] l'écrivain réaliste ou naturaliste focalise souvent le descriptif à partir d'un témoin, vision subjective mais garantie d'authenticité apparente.7

En déléguant la description des objets, qui signifie le premier démarche de l'écriture naturaliste, sur le chasseur, l'authenticité de l'œuvre est promise tout au cours de l'histoire, le poète ne va pas interférer à ce processus. C'est après l'observation que le travail poétique se situe, comme on va voir dans le chapitre III.

Comme indiqué dans l'introduction, le chasseur dans le naturalisme est un acteur ambigu. Son métier, d'un côté, réclame la connaissance de la nature, des êtres vivants pour être victorieux dans la chasse, de l'autre côté, le chasseur ne peut pas développer une affection pour les animaux qui peut grandir de cette connaissance profonde, parce qu'il doit être capable de les tuer, d'effacer l'objet de son regard.

En introduisant le personnage du chasseur au début du texte, l'auteur calcule une certaine forme de tension chez son œuvre. Le chasseur, est-ce qu'il sera capable de faire face aux animaux sans armes ?

Il saute du lit de bon matin, et ne part que si son esprit est net [mise en évidence par moi], son cœur pur, son corps léger comme un vêtements d'été.8

Pour la démarche de la chasse d'images une certaine transformation doit se produire. La chasse du gibier réclame des préparations à l'intérieur du chasseur ainsi que la chasse d'images. Du coup, on apprend que ses préparations se distinguent, même s'opposent, puisque la construction de la phrase implique que le chasseur est obligé de faire un effort à changer ses préconditions9.

Comme Renard était soi-même un chasseur hors de son métier d'écrivain, on soupçonne qu'il démarche de ses propres expériences et les projette sur son personnage. Les yeux perçants et expérimentés d'un chasseur semblent inutiles pour l'observation véritable, ça veut dire impartial, de la nature. La dichotomie entre le point de vue d'un chasseur et le naturaliste, le chasseur d'images s'ouvre.

Il laisse ses armes à la maison et se contente d'ouvrir les yeux. Les yeux servent de filets où les images s'emprisonnent d'elles-mêmes.10

Non seulement, l'opposition entre chasseur et le chasseur d'images (lire écrivain11 ), est fait par la relation métonymique à leurs « armes », un fusil pour l'un, les yeux pour l'autre. Mais, en plus, la métaphore de « filets » indique, à part de son parallélisme à une arme, aussi une supériorité de l'écrivain au chasseur : les yeux capables d'emprisonner des images « d'elles-mêmes » automatiquement. Mais aussi le chasseur a besoin d'observer avant de chasser. La différence entre cette parallèle est le fait que chez le chasseur l'observation n'a pas de fin en soi, pour le poète au contraire, tout dévouement est d'observer.

Quant à fixer ces images, la comparaison entre chasseur et écrivain se manifeste sur le même niveau du travail, de l'effort. Comme Struve-Debeaux12 l'écrit, les activités de chasser et écrire ne sont pas seulement d'une relation substitutive13, mais écrire, c'est aussi chasser, la chasse d'images.

3. Les animaux - Entre singularité et généralité

Le titre de l'œuvre fait allusion à la science mais aussi à l'imaginaire, morphologiquement la nature attribue les histoires, on soupçonne donc que, plus concrètement, les histoires se nourrissent d'une observation objective de la nature. En choisissant ce titre, l'auteur désigne une certaine programmatique pour son roman, comme Paquin l'écrit :

La dénomination « histoire naturelle» embrasse, chez ces auteurs, des registres et des genres aussi divers que le récit de voyage (imaginaire ou fictif), la description de lieux ou d’animaux, l’essai, le texte de vulgarisation scientifique ou le poème en prose.14

[...]


[1] Renard, Jules (2013 [1925] ) : Journal. Éditions la Bibliothèque Digitale, 3. Journal de Jules Renard 1893- 1898, 9 septembre 1895, édition kindle.

[2] « [c’]est à l’horizon de nos pensées et de nos langues que se tient l’animal, saturé de signes ; c’est à la limite de nos représentations qu’il vit et se meut, qu’il s’enfuit et nous regarde. », De Fontenay, Élisabeth (1998) : Le silence des b ê tes. La philosophie à l ’é preuve de l ’ animalit é . Paris : Fayard, p. 18.

[3] À comparer : Struve-Debeaux, Anne : « Jules Renard, la chasse et l'écriture ». [Version éléctronique]. ProQuest, 71, 1993, p. 175.

[4] Entre outre des raccourcis spirituels et poétiques, des nouvelles, des poème en prose, et des portraits humoristique, à comparer : Guichard, Léon (1971) : « Avertissements », dans Renard, Jules : Oeuvres II. Paris : Gallimard, p. 84

[5] Pagès, Alain (1989) : Le naturalisme. Presses Universitaires : Paris, p. 27., la notion « naturalisme » veut ici signifier l'écriture des romanciers qui parle de la nature et est à distinguer du mouvement littéraire du même nom. Renard est un réaliste qui traite la nature comme sujet de son écriture.

[6] Baguley, David (1995) : Le naturalisme et ses genres. Paris : Nathan, p. 146.

[7] Baguley, David (1995) : Le naturalisme et ses genres. Paris : Nathan, p. 155.

[8] Renard, Jules (1971) : Oeuvres II. Paris : Gallimard, p. 95.

[9] Voir mots en gras.

[10] Renard, Jules (1971) : Oeuvres II. Paris : Gallimard, p. 95.

[11] Struve-Debeaux compare le chasseur à l'écrivain, puisque ce qui signifie la chasse pour le chasseur, c'est l'écriture chez l'écrivain, à comparer : Struve-Debeaux, Anne : « Jules Renard, la chasse et l'écriture ». [Version éléctronique]. ProQuest, 71, 1993, p. 174.

[12] À comparer : Struve-Debeaux, Anne : « Jules Renard, la chasse et l'écriture ». [Version éléctronique]. ProQuest, 71, 1993, pp. 174.

[13] Quand j'écris je ne chasse pas et l'envers.

[14] Paquin, Jacques :«Du vivant et du visible : les Histoires naturelles de Jules Renard, de Henri Michaux et de Pierre Morency » [Version électronique], Tangence, 73, 2003, p. 43.

Résumé des informations

Pages
14
Année
2016
ISBN (ebook)
9783668295506
ISBN (Livre)
9783668295513
Taille d'un fichier
533 KB
Langue
Français
N° de catalogue
v339619
Institution / Université
Université Sorbonne Nouvelle Paris III – Littérature et Linguistique Françaises et Latines
Note
14
mots-clé
Jules Renard Literatur des 19. Jahrhunderts Naturalismus Buffon Histoires Naturelles

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