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Analyse de l'intégration des marchés de plantain et de manioc dans le cadre du commerce en zone CEMAC. Cas de l'arbitrage entre le Cameroun et le Gabon

Mémoire (de fin d'études) 2014 149 Pages

Politique - Politique internationale - Région: Afrique

Extrait

Inhaltsverzeichnis

AVERTISSEMENT / WARNING

DEDICACE

REMERCIEMENTS

RESUME

ABSTRACT

LISTE DES ACRONYMES ET DES ABREVIATIONS

LISTE DES TABLEAUX

LISTE DES GRAPHES

LISTE DES SCHEMAS

LISTE DES ANNEXES

INTRODUCTION GENERALE

PARTIE I : LES INFRASTRUCTURES DE LA CEMAC A L’EPREUVE DE L’ARBITRAGE DES COMMERÇANTS DU PLANTAIN ET DU MANIOC ENTRE CAMEROUN ET GABON

CHAPITRE I : ENSEIGNEMENTS DES MODELES D’INTEGRATION COMMERCIALE ..
I- APPROCHES CLASSIQUES DE L’INTEGRATION REGIONALE
II- ANALYSES DYNAMIQUES DE L’INTEGRATION ECONOMIQUE

CONCLUSION DU CHAPITRE I

CHAPITRE II : MODALITES D’ARBITRAGE DES COMMERÇANTS ENTRE LE CAMEROUN ET LE GABON SUR LES MARCHES DE MANIOC ET DE PLANTAIN
I- RELATIONS COMMERCIALES ENTRE LE CAMEROUN ET LE GABON DANS LE CADRE DE LA CEMAC
II- MODALITES D’ARBITRAGE DES COMMERCANTS EN PRESENCE D’INFRASTRUCTURES COMMERCIALES DE LA CEMAC

CONCLUSION DU CHAPITRE II

CONCLUSION DE LA PARTIE I

PARTIE II : INCIDENCE DE L’ARBITRAGE DES PRIX ENTRE LE CAMEROUN ET LE GABON SUR L’INTEGRATION DES MARCHES DE MANIOC ET DE PLANTAIN

CHAPITRE III : MODELES D’ANALYSE DE L’INTEGRATION DES MARCHES DANS L’ESPACE REGIONAL
I- CONCEPT D’EQUILIBRE SUR LES MARCHES
II- LES MODELES D’INTEGRATION SPATIALE DES MARCHES

CONCLUSION DU CHAPITRE III

CHAPITRE IV : ANALYSE EMPIRIQUE DE L’INTEGRATION DES MARCHES DE MANIOC ET DE PLANTAIN DU CAMEROUN ET DU GABON
I- MODELISATION ECONOMETRIQUE DE L’INTEGRATION SPATIALE DES MARCHES DU CAMEROUN ET DU GABON
II- ANALYSE DU DEGRE D’INTEGRATION REGIONALE ENTRE LES MARCHES DE PLANTAIN ET DE MANIOC

CONCLUSION DU CHAPITRE IV

CONCLUSION DE LA PARTIE II

RECOMMANDATIONS

CONCLUSION GENERALE

BIBLIOGRAPHIE

ANNEXES

TABLE DES MATIERES

AVERTISSEMENT / WARNING

« L’ Institut Panafricain pour le Développement-Afrique Centrale n’entend ni approuver, ni désapprouver les opinions émises dans ce document. Celles-ci doivent être considérées comme propres à son auteur ».

" T he Panafrican Institute for Development-Central Africa intends neither to approve nor refute the present document. the assertions and the insertions contained herein engages the sole personality of the author"

DEDICACE

À

Mes très chers PARENTS NGO SEH M adeleine et WONA J ean P ierre

REMERCIEMENTS

La réalisation de ce travail est la résultante d’apports multiformes. C’est donc l’occasion de remercier sincèrement toutes les personnes qui, à leur manière, ont contribué à la production de ce document.

Nous ne saurions commencer sans remercier le Docteur Njocke qui a accepté de diriger ce travail. Sa confiance, sa patience, sa disponibilité et ses conseils sont autant d’éléments qui ont conduit ce travail jusqu'à son terme. De même, l’ensemble du corps enseignant de l’IPD-AC ne saurait être oublié, car son dévouement et son encadrement tout au long de la formation nous ont fourni des bases nécessaires pour mener cette étude.

La formation a été ponctuée par des stages académiques qui ont renforcé notre formation académique. Nous remercions M. Nana Hozier, Secrétaire Général du SAILD ; M. Tsokgna Jean Charles, Directeur des Etudes et Services ; et tout le personnel du SAILD pour leur accueil et leur encadrement.

Nous remercions tous les membres de la famille Seh en particulier ma grand-mère la veuve Seh née Ngo Ndjeng Marguerite pour son affection et son dévouement inconditionnel, mes frères, Seh Jacques Arnaud et Wona Seh Madelin pour leur compréhension, leur écoute et leur soutien moral.

Cette recherche a été ponctuée de rencontres qui ont marqué leur volonté de participer à cette étude. Il s’agit de M. Abondo Olivier pour sa disponibilité malgré ses occupations, M. Komol Alain de la publication au MINADER ainsi que le personnel du service des archives. De même, nous remercions M. Mboue du marché de Mfoumbot, M. Mvogo Adalbert du marché du Mfoundi, M. Mansiera Issofa, Président du SYNTRACOM du marché Mbankolo, ainsi que tous les membres de l’ACCFG, qui ont été particulièrement disponibles et avec qui les échanges ont enrichi l’étude.

M. Nana Hubert à Bagangté, M. Djekam Guillaume et sa famille à Douala, ainsi que mes amis les plus proches pour leurs encouragements et leur soutien moral. Nous n’oublions pas les étudiants de la promotion 2011-2013 de PDIR en particulier Mouto Martine, Ngo Lam Sidoine, Ndjel Nicole et Etsike J.C. Ainsi que tous ceux, qui de près ou de loin, ont contribué à leur manière à la réalisation de ce travail.

RESUME

L’intégration des marchés agricoles est un enjeu majeur pour les économies de la CEMAC tant sur le plan économique qu’alimentaire. Déjà cinquante années de construction régionale qui n’ont pas permis de défragmenter son espace économique. Ce faisant, la CEMAC introduit deux infrastructures commerciales notamment, en 2005, le corridor Yaoundé-Libreville qui lie le Cameroun et le Gabon, et, en 2008, le Passeport CEMAC qui confère une identité communautaire à sa population. Par ailleurs, le Cameroun et le Gabon montrent un certain dynamisme pour les échanges de produits vivriers, bien que ceux-ci restent sous enregistrés. C’est dans ce contexte que nous analysons l’incidence de l’arbitrage des commerçants entre le Cameroun et le Gabon sur la structure des marchés de plantain et de manioc. Ce, à partir des statistiques issues de l’enquête sur le terrain et de l’application de la méthode de cointégration d’Engle et Granger (1987). Nous constatons que les commerçants choisissent les marchés à arbitrer en fonction de leur capacité à se procurer le passeport CEMAC, et à accéder au marché soit par le corridor Yaoundé-Libreville soit grâce à leur réseau d’acteurs. L’étude montre également que, les villes de Yaoundé, de Douala et de Kyé-Ossi jouent un rôle différent dans la transmission des prix à Libreville en fonction de l’ampleur de l’arbitrage sur le produit. Par ailleurs, l’arbitrage détermine d’une part le degré d’intégration des marchés qui est inferieur à 29% pour les marchés de manioc et supérieur à 35% pour les marché de plantain, et d’autre part le type d’ajustement de l’équilibre de court et de long terme sur les marchés de Libreville et de Kyé-Ossi. Par conséquent, il réduit la variabilité des prix du manioc et du plantain au Gabon et au Cameroun ainsi que leur dépendance aux chocs idiosyncratiques du marché. Les prix de ces produits se transmettent donc d’un pays à l’autre car les disponibilités de manioc et de plantain dans les villes domestiques dépendent des quantités arbitrées entre le Cameroun et le Gabon. Néanmoins, les commerçants détiennent un pouvoir de marché entretenu par les coûts supplémentaires liés à l’entrée des pays, notamment, les taxes informelles et le coût des documents à présenter aux services des douanes. Ces coûts réduisent l’accès au marché de Libreville limitant ainsi la concurrence sur le marché et accroissant les marges bénéficiaires des commerçants.

Mots clés : intégration, marchés, CEMAC, infrastructures, arbitrage, cointégration, équilibre, concurrence.

ABSTRACT

The markets integration is a challenge for CAEMC economies. Already fifty years of regional construction, the CAEMC economic area stills fragment. That’s why CAEMC introduced two commercial infrastructures. The first comes in 2005 by linking Cameroon and Gabon, with the Yaoundé-Libreville corridor. The second takes place in 2008 by introducing the CAEMC passport. This gives a community identity to its population. Furthermore, Cameroon and Gabon show some dynamism on goods trade although the volumes of trade are more than the official statistics data says. It is in this context that we analyze the impact of trader’s arbitrage between Cameroon and Gabon on structure of plantain and cassava markets. For this, we use the result of our survey on markets and the application of the cointegration method of Engle and Granger (1987). We note that, traders arbitrate markets when they are able to procure the CAEMC passport, and access to the market by the Yaoundé-Libreville corridor or through their network of actors. The study also shows that, the role of Yaoundé, Douala and Kye-Ossi in the transmission of prices in Libreville depends on trader’s arbitrage on the product. Moreover, arbitrage determines on the one hand integration degree of markets which is less than 29% for cassava’s markets and more than 35% for plantain’s markets, on the other hand the type of markets equilibrium adjustment at short and long term on Libreville and Kyé-Ossi markets. As a result, it reduces the variability of prices for cassava and plantain in Cameroon and in Gabon and their dependence to idiosyncratic market’s shock. So, the prices of this goods in one of this country have repercussion on the price in the other country because cassava and plantain supply on cities depends of the quantities arbitrate between Cameroon and Gabon. Nevertheless, traders hold market power which is explained by the additional costs associated to the entry of the countries, including, informal taxes and the cost of documents to be submitted to the customs services. These costs reduce access to the market in Libreville thus limiting competition in the market and increasing trader’s profits.

Key words: integration, markets, CAEMC, infrastructure, arbitrage, cointegration, equilibrium, competition.

LISTE DES ACRONYMES ET DES ABREVIATIONS

Abbildung in dieser Leseprobe nicht enthalten

LISTE DES TABLEAUX

Tableau 1 : Gestion des marchandises non écoulées

Tableau 2 : Evolution des disponibilités alimentaires au Cameroun en Millier de tonnes

Tableau 3 : Evolution des disponibilités alimentaires au Gabon

Tableau 4: Structure du PIB (aux prix courants du marché) en pourcentage

Tableau 5 : Coûts et exonérations des droits de visas pratiqués entre Etats-membres de la CEMAC

Tableau 6 : Modalités de choix du marché d’écoulement

Tableau 7 : Répartition des acteurs par lieu de résidence et par marché d’écoulement

Tableau 8: Evolution des exportations de quelques produits vivriers du Cameroun vers le Gabon en Tonnes

Tableau 9 : Balance commerciale du Gabon par rapport au Cameroun et à la CEMAC (en millions de FCFA).

Tableau 10 : Appartenance des acteurs à des associations

Tableau 11 : Intérêts et faiblesses de l’association dans l’arbitrage

Tableau 12 : Méthode de collecte de produits par catégorie d’acteurs

Tableau 13 : Rapports contractuels entre acteurs

Tableau 14 : Liens contractuels et appartenance à une association

Tableau 15 : Désaccords contractuels entre acteurs

Tableau 16 : Tests des racines unitaires pour les prix du marché de plantain

Tableau 17 : Valeurs critiques de Student

Tableau 18 : Tests des racines unitaires pour les prix du marché de manioc

Tableau 19 : Estimation de la relation (2) de cointégration entre les paires de villes pour les marchés de plantain et de manioc

Tableau 20 : Test de Dickey Fuller Augmenté appliqué aux résidus issus de la relation (2)

Tableau 21 : Choix du retard optimal pour la paire Yaoundé-Libreville

Tableau 22 : Résultats de l’estimation du modèle ARE appliqué aux séries de prix de plantain

Tableau 23 : Résultats de l’estimation du modèle ARE appliqué aux séries de prix de manioc

Tableau 24 : Estimation du modèle à correction d’erreur pour les séries de prix de plantain

Tableau 25 : Estimation du modèle à correction pour les séries de prix de manioc

Tableau 26 : Transmission de prix à long termes des villes de consommation sur les villes de ravitaillement.

Tableau 27 : Test de causalité de Granger appliqué aux marchés de plantain

Tableau 28 : Test de causalité de Granger appliqué aux marchés de manioc

Tableau 29 : Récapitulatif des résultats des estimations

Tableau 30 : Intérêt de la libre circulation

Tableau 31 : Répartition des charges de commercialisation pour un Kg de plantain

LISTE DES GRAPHES

Graphe 1 : Evolution de l’écart de prix de plantain entre villes camerounaises et Libreville au Gabon

Graphe 2 : Evolution de l’écart de prix de manioc entre villes camerounaise et gabonaise

Graphe 3 : Évolution de la production de trois principaux produits au Cameroun et au Gabon en milliers de Tonnes

Graphe 4 : évolution des exportations de manioc du Cameroun vers le Gabon en Tonnes (2000-2010)

Graphe 5 : évolution du PIB par habitant au Cameroun et au Gabon

Graphe 6 : Population vivant en dessous du seuil de pauvreté au Cameroun en pourcentage

Graphe 7: Prix moyen mensuel en valeur réelle du plantain sur les marchés de Douala, Yaoundé, Bafoussam, Kye-ossi au Cameroun et Libreville au Gabon.

Graphe 8 : Prix moyen mensuel en valeur réelle du manioc sur les marchés de Douala, Yaoundé, Kye-ossi au Cameroun et Libreville au Gabon.

LISTE DES SCHEMAS

Schéma 1 : Représentation de l’arbitrage spatial.

Schéma 2 : Structure des flux entre le Cameroun et le Gabon sur les marchés de manioc et de plantain.

LISTE DES ANNEXES

Annexe 1 : Questionnaire d’enquête

Annexe 2 : Calendrier agricole du Cameroun

Annexe 3 : Répartition des principaux produits par zones agro écologiques du Cameroun

Annexe 4 : Comparaison des critères d’Akaike et de Schwarz par paires de villes

Annexe 5 : Corrélogramme des séries de prix de plantain

Annexe 6 : Corrélogramme des séries de prix de manioc

Annexe 7 : Probabilités issues des Corrélogramme

Annexe 8 : Carte du Cameroun et du Gabon

INTRODUCTION GENERALE

1- CONTEXTE ET JUSTIFICATION DE L’ETUDE

Les coûts de transfert des biens sont au cœur de l’analyse de l’intégration économique des marchés. En effet, les marchés sont soumis à des contraintes qui induisent leur fragmentation. C’est dans cette logique que depuis plusieurs décennies, les Accords d’Intégration Régionale (AIR) prennent de l’ampleur dans différentes régions du monde. A court terme, ceux-ci modifient la structure des prix des biens et des services au sein des Etats membres de l’union. Pour Lipsey (1960)[1], l’union a un effet conséquent sur la consommation. Ainsi, l’ensemble des mécanismes mis en œuvre au sein de l’espace régional vise à accroitre l’interconnexion des économies et, par conséquent, renforcer l’intégration spatiale des marchés. Par ailleurs, dans la littérature économique, le marché est le principal support d’analyse de l’efficacité des politiques économiques en matière d’incitations des acteurs et de répartition du bien-être.

En général, Les marchés restent plus efficaces en situation de libre échange. Leur sensibilité aux chocs économiques et politiques détermine l’orientation de la politique économique. Par exemple, la crise de 1929 remet en cause la régulation par le marché, tout en répercutant le déséquilibre de l’économie Américaine sur l’ensemble des Etats économiquement lié à celle-ci. De ce fait, cette crise introduit le repli des Etats qui adoptent des modèles de développement protectionnistes[2]. Cette autarcie des marchés s’effondre avec la fin de la seconde guerre mondiale. Les espaces nationaux jadis fermés, s’ouvrent et aspirent à intégrer leur marché. La libéralisation des échanges commerciaux vient insuffler une nouvelle dynamique commerciale marquée par la concurrence et l’amplification des distorsions économiques ainsi que des échanges (Faucheux B. et al, 2005)[3]. Cette orientation commerciale intervient d’abord dans le cadre des Zones de Libre Echange (ZLE) ou des unions douanières. La première construction de ce genre est observée en Europe avec la Communauté Economique du Charbon et de l’Acier (CECA). Cette dernière sert de base à la construction théorique et à l’établissement de processus d’intégration régionale dans différentes régions dans le monde. La CECA montre que l’intégration des marchés est soutenue par les échanges commerciaux entre Etats membres, tout en visant la résolution des conflits et la prospérité des Etats.

Par ailleurs, les avantages de ces modèles, en termes de consommation et de revenus (Viner, 1950 ; Gehrels, 1957 ; Lipsey, 1960), motivent la formation d’une ZLE en Afrique centrale. La première construction régionale date d’avant les indépendances, il s’agit d’abord de l’entité économique, l’Afrique Equatoriale Française (AEF) impulsée par la France. Par la suite en 1959, avec l’Union Douanière Equatoriale (UDE) qui vient confirmer les liens existant déjà entre la RCA, le Congo, le Gabon et le Tchad. Ce n’est qu’après les indépendances que cette sous-région atteint sa taille géographique actuelle avec l’adhésion du Cameroun en 1962 et de la Guinée Equatoriale en 1984. En effet, les cinq premiers Etats, pleinement autonomes, signent en 1964 une convention qui institue l’Union Douanière des Etats d’Afrique Centrale (UDEAC). Cette dernière a plusieurs missions, notamment de créer un marché commun et d’éliminer les obstacles au commerce entre les États.

En sous-région Afrique Centrale, le véritable effort de convergence commerciale et monétaire prend forme dès l’ère l’UDEAC, avec l’harmonisation des dispositions fiscales, la signature d’accords de coopération monétaire entre les Etats, et par la suite avec l’adoption du Programme Régional de Reformes (PRR). Néanmoins, ces initiatives ne parviennent pour autant pas à intégrer le marché de la sous-région. Car, les pays de la CEMAC ne remplissent pas leurs engagements[4] vis-à-vis de la Communauté, et ne respectent pas les règles édictées par celle-ci (CEMAC, 2006). De même, les instabilités politiques, économiques et structurelles au sein des Etats membres limitent la portée des mesures édictées par l’institution. De fait, les contre-performances de l’UDEAC conduisent à l’institution de la Communauté Economique des Etats de l'Afrique Centrale (CEMAC).

Par ailleurs, la fin de la guerre froide[5] marque le regain d’intérêt pour l’idée d’intégration régionale et l’évolution du concept. Elle introduit une bipolarité du système économique, contestant ainsi l’hégémonie de l’Etat tant au niveau national qu’à l’international. Au Nord, les processus d’intégration régionale ont atteint leur maturité. Ceux-ci aspirent à une intégration plus élargie appelée «nouveau régionalisme». Ainsi, l’espace économique commun ne se limite plus simplement aux espaces régionaux, mais aspire à la globalité. C’est dans ce contexte qu’intervient l’institution de la CEMAC en 1995. L’intégration des marchés dans cette zone doit faire face au système économique international en place en plus de l’opacité des systèmes nationaux des Etats membres.

Dans ce contexte, les Etats peuvent accroître leurs marges de manœuvre en matière économique grâce au régionalisme, et affirmer leur puissance nationale sur la scène internationale en s’aidant de la communauté économique régionale (Sachwald, 1997)[6]. Pourtant, l’insertion à l’économie mondiale est soutenue par l’intensité des flux commerciaux en direction de celle-ci. Ceux-ci dépendent de plusieurs facteurs, notamment les dotations de facteurs, la taille des marchés, le degré de substituabilité des produits ou encore la technologie incorporée dans la production. Cependant, Siroen (2006) trouve qu’il existe un lien mécanique entre les dotations factorielles et le niveau de développement dès lors que, celui-ci est approximé par la productivité du travail. Ainsi, pour des économies sous-développées comme celle de la sous-région CEMAC, l’intégration régionale constitue une phase transitoire pour une intégration des Etats à cette économie globale.

Pour les pays en voie de développement comme ceux de la CEMAC, l’intégration régionale est un moyen d’accroitre l’efficacité des marchés nationaux. Kwamé Nkrumah (1964)[7] insistait sur la création d'un marché commun afin de réduire la fragmentation du marché. Il préconisait que les Etats consentent à abandonner leur souveraineté pour converger vers une unicité régionale. Celle-ci devant leur permettre de négocier au même titre que les autres parties. Pour Haas E. (1970)[8], il s’agit d’acquérir de nouvelles techniques grâce à l’union. La CEMAC pourrait donc accompagner la maturation de ses économies[9]. De ce fait, pour parvenir à l’unicité de son espace commercial et l’efficacité du marché régional, la CEMAC met en place des institutions spécialisées notamment, l’Union Economique de l’Afrique Centrale (UEAC) et l’Union Monétaire de l’Afrique Centrale (UMAC). La première a pour principale mission de construire un marché commun compétitif et ouvert. Pour ce faire, un certain nombre de réalisations sont à inscrire dans la liste des actions entreprises par l’UEAC notamment,

- En matière de libre circulation, d’une part l’effectivité de l’union douanière depuis 1993. D’autre part, l’officialisation de la zone de libre échange de la CEMAC en 2000 pour laquelle l’effectivité de la libre circulation prévue en Janvier 2014, fait encore l’objet d’un refus de la part de la Guinée Equatoriale et du Gabon.
- En matière d’instruments commerciaux, d’abord l’adoption par les Etats du réseau routier intégrateur et prioritaire de la CEMAC en 2000, ensuite l’adoption d’un tarif extérieur commun (TEC) révisé successivement en 2001 et 2002. Enfin, l’institution du Passeport CEMAC en 2000, dont l’effectivité est observée en juin 2008 après révision de ses conditions de gestion et de délivrance, et la « biométrisation » est en vigueur depuis 2013.

Pour ce qui est des flux commerciaux dans cette zone, bien qu’ils soient faibles, le Cameroun et le Gabon en sont les principaux acteurs puisqu’ils représentent plus de 50%[10] du total des flux intra-communautaires. Le commerce intra-CEMAC se situait entre 2 et 6 %[11] du total des échanges commerciaux au début des années 2000. Les importations intracommunautaires sont estimées à 2,1% du total des échanges de la CEMAC tandis que les exportations intracommunautaires représentent 3,9% du total des échanges de la zone (CEA, 2012a). Déjà en 2002, 6,15% du total des importations du Gabon provenaient du Cameroun (AGROCOM, 2007, idem). En 2008, la BEAC estimait les importations gabonaises de la zone CEMAC à 4,6% en 2005. De celles-ci, 3,2% proviennent essentiellement du Cameroun, ce qui représente un taux d’environ 69,6%. En 2010, les importations intracommunautaires de la CEMAC sont de 41 675 millions de FCFA, les importations du Gabon en provenance du Cameroun sont de 24 095 millions de FCFA, soit 57,8% du total des importations intra-CEMAC (CEA, 2012a, op, cit).

Par ailleurs, le Cameroun et le Gabon diffèrent par leurs caractéristiques productives. Le premier est une économie pétrolière avec un secteur pétrolier qui participe pour 48% au PIB et représente 77% des exportations du pays (AGROCOM, 2007, op cit). Néanmoins, ce secteur n’a pas permis de diversifier son économie. Entre 1963 et 2010, la contribution du secteur agricole au PIB ne cesse de décroitre et passe de 16% en 1965 à 3% en 2002 (AGROCOM, 2007, idem), et 4,4% du PIB total en 2010 (CEA, 2012a, idem). Le Gabon connait ainsi une dépendance alimentaire vis-à-vis de l’extérieur et importe majoritairement les produits alimentaires.

Le second a une économie assez diversifiée, avec un secteur agricole qui représente 21,7% du PIB en 2003[12], 19% en 2009. Ce repli de l’économie s’explique par la crise qui a affaibli les économies occidentales, affectant ainsi les transferts en direction du Cameroun. Néanmoins, en 2010 l’agriculture représente 23,4% du PIB total (CEA, 2012, idem). Le Cameroun détient un avantage comparatif révélé pour les produits vivriers par rapport à ses voisins de la CEMAC (Kouam et Henry de Frahan, 2001). Il exporte principalement au Gabon les produits vivriers notamment la tomate, l’oignon, le plantain, la banane, les pommes de terre, légumes, fruits. Pourtant, ses importations du Gabon concernent essentiellement les produits pétroliers et quelques produits halieutiques, et restent considérablement inferieures aux exportations de ce pays. C’est ainsi que, pour contribuer à l’intégration commerciale entre le Cameroun et le Gabon, l’étude porte sur « l’analyse de l’intégration des marchés de plantain et de manioc dans le cadre du commerce en zone CEMAC : cas de l’arbitrage entre le Cameroun et le Gabon. »

Le choix de ce thème est motivé par le fait que, les deux pays ont des similitudes dans les habitudes alimentaires. A ce titre, le plantain et surtout le manioc constituent l’alimentation de base pour la majorité de la population au Cameroun et au Gabon (CEMAC, 2005). Par ailleurs, le Cameroun et le Gabon produisent ces aliments. Pour le premier pays, la production de ces produits fait l’objet d’exportations tandis que pour le second pays, elle est destinée à l’autoconsommation et ne parvient pas à satisfaire les besoins de la population. L’avantage comparatif du Cameroun sur le plantain et le manioc ainsi que le niveau des prix de ces produits vivriers au Gabon incitent l’arbitrage des unités commerciales entre ces deux pays. Cet arbitrage se réalise entre les grandes zones de ravitaillement au Cameroun, notamment Yaoundé, Douala, Bafoussam et les villes environnant Kyé-Ossi, et les villes d’approvisionnement pour le Gabon notamment, Kyé-Ossi à la frontière sud du Cameroun et Libreville au Gabon. Cela étant, afin de couvrir les instruments majeurs de libre circulation de cette institution, la période d’étude s’étend de l’institution de l’UDEAC en 1964 à 2013. Cela permet de mettre en évidence la relation entre arbitrage spatial des acteurs et intégration des marchés. Par ailleurs, la définition des termes de l’étude permet de mieux cerner le travail que nous allons effectuer. Ainsi,

L’ intégration des marchés est le mécanisme par lequel des marchés distants dans un espace précis se comportent de manière similaire à un moment donné. Ainsi, les variations de prix sont les mêmes pour ces biens dans chaque marché où ils se vendent. Ce, lorsque les coûts d’échanges entre ces marchés sont négligeables.

Le commerce intra-régional est l’ensemble des activités commerciales qui se réalisent entre différents pays soumis aux règles d’une institution supranationale et ayant supprimés toutes formes d’obstacles tarifaires et non tarifaires.

L’arbitrage spatial est l’opération qui consiste à expédier des marchandises des lieux de production où elles sont relativement abondantes en direction des lieux relativement déficitaires. Cela, chaque fois que la différence de prix entre les deux emplacements est assez grande pour couvrir le coût du transport, donnant ainsi lieu à un profit au moins nul.

En d’autres termes, il est question d’examiner en détail comment la décision de transférer le manioc et le plantain entre le Cameroun et le Gabon, prise par les commerçants, permet de renforcer le lien entre les marchés de production des villes au Cameroun et ceux de consommation pour le Gabon, et par conséquent, sur la structure de ces marchés.

2- PROBLEMATIQUE DE L’ETUDE

L’étude menée intervient dans un contexte où, les pays de la CEMAC sont engagés dans l’atteinte du premier Objectif du Millénaire pour le Développement (OMD)[13] à l’horizon 2015. Pourtant, la hausse de l’emploi est vulnérable et la régression de la pauvreté est peu perceptible au sein des pays (CEA, 2012b). Ce, malgré la présence de pays rentiers comme le Gabon, et de pays à potentiel agricole comme le Cameroun. Par ailleurs, cette institution s’est fixée pour objectif d’intégrer son marché à l’horizon 2015[14]. Cet objectif est la finalité de la première phase de son Programme Economique Régional (PER) élaboré en 2009. Déjà en 2004, le Cameroun et le Gabon bénéficiaient d’un axe routier qui lie leurs capitales respectives Yaoundé et Libreville. Celui-ci traverse les villes de Yaoundé, Ebolowa, Ambam, Abang-Minko’o au Cameroun et les villes d’Eboro, Bitam, Oyem, Mitzig, Njole, Bifoun et Libreville au Gabon. En plus de ce corridor, la CEMAC institue le passeport CEMAC et en juin 2013 manifeste sa volonté d’instituer la libre circulation entre tous les Etats.

En outre, les volumes arbitrés entre le Cameroun et le Gabon restent en dessous de leur valeur exacte, bien que leur taux d’évolution entre 2004 et 2006 soit estimé à 7,5%[15] par Nkendah et al (2011). Cette sous-évaluation des flux échangés s’explique d’une part parce que 96% du volume formellement échangé demeure non enregistré (Nkendah et al, 2011, op cit), et d’autre part parce que les exportations de maniocs et de plantains sont réalisées par des unités commerciales informelles, en d’autres termes d’entreprises individuelles, familiales ou de très petites tailles. Celles-ci restent encore absentes de la comptabilité nationale, rendant ainsi complexe l’évaluation de leur activité. En effet, nombre d’études s’accordent sur la coexistence de circuits formels et informels dans les échanges transfrontaliers régionaux (Egg, 1998[16] ; Foroutan et Pritchett, 1993[17] ; Bennafla, 2002[18] ).

Par ailleurs, ces produits vivriers issus d’une agriculture familiale, se sont progressivement introduits dans les circuits marchands domestiques et par la suite régionaux avec le libéralisme économique. Pourtant, autant au Cameroun qu’au Gabon la pauvreté touche plus de la moitie de la population tout en demeurant importante en zone rurale (CEA, 2012b, op cit), De même, le manioc et le plantain qui constituaient l’aliment principal des populations de ces pays, sont de plus en plus remplacés dans le panier des ménages par les produits alimentaires importés. D’après l’INS, l’indice de prix à la consommation de produits alimentaires enregistre un taux de croissance de 3.5% entre 2011 et 2012 au Cameroun. Spécifiquement, les prix ont crûs de 11% pour le manioc, et de 7% pour le plantain en 2012. De ce fait, nous nous demandons «qu’est ce que l’arbitrage des commerçants entre le Cameroun et le Gabon apporte à l’intégration des marchés de plantain et de manioc de ces deux pays» ?

Subsidiairement, Il s’agit donc de répondre aux questions suivantes :

- « Quels sont les facteurs incitants les commerçants à arbitrer les marchés de plantain ou de manioc entre le Cameroun et le Gabon ? »
- « Quelle structure a les marchés de manioc et de plantain lorsqu’ils sont arbitrés par les commerçants entre le Cameroun et le Gabon? »

Les interrogations permettront d’atteindre les objectifs de recherche que nous détaillerons dans la suite.

3- OBJECTIFS DE RECHERCHE

L’objectif global de cette étude est d’examiner de manière détaillée comment les décisions commerciales des acteurs structurent les marchés de plantain et de manioc entre le Cameroun et le Gabon. De manière spécifique, il s’agit :

- De déterminer les facteurs incitant l’arbitrage des commerçants entre les marchés de plantain et de manioc du Cameroun et du Gabon d’une part,
- Et d’établir les effets de l’arbitrage des commerçants sur la structure des marchés de plantain et de manioc du Cameroun et du Gabon d’autre part.

Pour atteindre cet objectif, les hypothèses ci-après sont formulées.

4- HYPOTHESES DE RECHERCHE

Le déroulement de cette étude nécessite l’établissement de lignes directrices devant permettre l’atteinte des objectifs et l’obtention de réponses aux interrogations qui guident cette étude. Les propositions que nous faisons sont les suivantes :

H1 : l’arbitrage des commerçants, sur les marchés de plantain et de manioc entre le Cameroun et le Gabon, est déterminé par l’accessibilité des infrastructures commerciales de la CEMAC (Passeport CEMAC et corridor Yaoundé-Libreville).

H2 : l’arbitrage des commerçants entre le Cameroun et le Gabon induit une modification de la structure des marchés de plantain et de manioc infranationaux.

Il en découle les intérêts suivants pour cette étude.

5- INTERETS DE L’ETUDE

L’étude analyse l’arbitrage des commerçants de manioc et de plantain, entre des villes au Cameroun et Libreville au Gabon. Cette étude a un triple intérêt institutionnel, économique et académique.

- Sur le plan institutionnel

L’étude permet de saisir l’efficacité des instruments de la CEMAC en matière d’incitation des acteurs au commerce transfrontalier entre le Cameroun et le Gabon. Elle est, de ce fait, un outil d’aide à l’orientation des stratégies régionales axées sur le commerce de produits vivriers.

- Sur le plan économique

L’étude est intéressante, car elle permet une meilleure compréhension des fluctuations des prix de manioc et de plantain entre le Cameroun et le Gabon. Par ailleurs, elle mesure l’efficacité du marché régional de ces deux produits.

- Sur le plan académique

Cette étude vient compléter les études déjà menées sur le commerce transfrontalier entre le Cameroun et le Gabon en analysant les relations entre les villes de ces pays. Pour cela, nous appliquons sur les séries de prix les outils économétriques, relevant des séries temporelles, développés par Granger et Engle (1987) afin d’appréhender le degré d’intégration des marchés dans l’espace sous-régional et le rôle particulier que l’arbitrage spatial y joue.

6- REVUE DE LA LITTERATURE

La théorie économique continue d’expérimenter le meilleur moyen d’intégrer les marchés des pays. Des théories de l’union douanière aux théories du commerce régional ainsi que les applications du la loi du prix unique, l’objectif reste le même, celui de trouver le meilleur moyen d’accroitre l’efficacité des marchés.

Heckscher (1916) montre que les coûts pourraient créer une bande neutre, appelée « points marchandises », lorsque le prix à l’échange n’appartient pas à cette bande, l’échange est possible. Cette analyse détermine le gap de coût n’incitant pas à l’arbitrage sans toutefois fournir les stratégies pour éviter cette bande. Ainsi, l’analyse Viner (1950)[19] en proposant une politique commerciale à mi-parcours entre libre échange et protectionnisme, abouti à « une création de trafic » entre des Etats géographiquement proches et similaires. Par ailleurs, Enke (1951), Samuelson (1952), Takayama et Judge (1964) dans une représentation de l’équilibre entre plusieurs marchés, les uns offreurs et les autres demandeurs, montrent que lorsque le coût du transport est peu élevé entre les régions, le commerce est possible entre celles-ci et les disparités entre elles arbitrées. A terme, ils montrent que le commerce aboutit à la formation d’un marché unique du bien en question.

Ces analyses restent limitées car elles n’introduisent pas la monnaie qui permet de déterminer la valeur d’un bien. En effet, le système économique actuel se caractérise par la multitude des systèmes monétaires. A ce propos, Mundell (1961) montre que l’unicité de la monnaie réduit les coûts de transaction et l’incertitude. Une étude complémentaire à cette dernière, menée par Mc Kinnon (1963), montre que, plus le degré d’ouverture d’un pays est important, plus, la transmission d’un changement des prix internationaux sur les prix relatifs domestiques est probable. Ainsi, comme le montre Engel (1993), la volatilité ity in deviations from the LOOP for similar goods across countries-even p des écarts de prix de produits similaires entre pays, est beaucoup plus importante que la volatilité des prix relatifs de different goods within a country.This result suggests that fluctuations in real produits différents vendus dans un même pays. Cet écart s’explique par l’effet frontière introduit par le taux de change. D’autres analyses considèrent que les écarts par rapport au prix unique sont souvent dus aux obstacles tarifaires et non tarifaires observées lors du franchissement de la frontière (MacCallum, 1995 ; Rogers et Jenkins, 1995 ; Engels et Rogers, 1996 ; Parsley et Wei, 2000). Pour cas, Engel et Rogers (1996) ont étudié l'intégration des marchés de quatorze catégories des biens et services à partir des données mensuelles sur l'indice des prix à la consommation sur une période allant de 1978 à 1994. Ils ont mis en évidence le fait que, les prix des villes Canadiennes évoluent quasi indépendamment des prix des villes des Etats d’Amérique.

Pour ce qui est du Cameroun et du Gabon, l’appartenance à la CEMAC dispense les commerçants des coûts induits par la variation du taux de change des devises. Néanmoins, l’intégration spatiale des économies demeure inexistante entre ces deux pays. Krugman (1991) propose la réduction des coûts de transport incite à l’échange afin de structurer les flux commerciaux dans l’espace. De même, dans une analyse avec Livas Elizondo en 1996, ils montrent que l’ouverture commerciale induit une baisse des coûts d’échange. Ainsi, elle pousse les acteurs à délocaliser leurs activités. Ces analyses permettent de faire la distinction entre infrastructures intrarégionales (Martins et Rogers, 1995) et infrastructures interrégionales (Ghio et Van Huffeln, 2000). Les modèles d’intégration régionale fournissent des stratégies pour réduire les coûts et par là inciter les acteurs à arbitrer les marchés. Par ailleurs, les coûts de transfert sont certes importants dans l’organisation des marchés, mais l’intégration spatiale des marchés permet de mesurer la capacité du marché à réduire les disparités régionales.

En zone CEMAC, les études sur l’intégration des marchés agricoles ne sont pas nombreuses. Par ailleurs, Kouam et Henry de Frahan (2001, idem) effectuent une analyse sur le marché de la banane-plantain entre le marché frontalier d’Abang-Minko’o et les marchés nationaux de la région du Sud Cameroun. Ils constatent que ce marché frontalier est faiblement intégré aux marchés nationaux. L’importance des coûts de transactions et des risques est telle que le marché frontalier est incomplet et fragmenté. De même, Ntsama (2011), quant à elle aboutit à deux résultats. D’une part, l’intégration des marchés agricoles camerounais connait une rupture sur la période allant de 1994 à 2009, à cause des infrastructures de communication qui étaient en cours d’amélioration, de même que l’augmentation de la demande des pays rentiers de la sous-région Afrique centrale. D’autre part, elle trouve que les chocs de prix agricoles sont asymétriques pour certaines paires de marchés. Ntsama (2012) étend l’analyse à l’établissement du lien causal entre les prix pratiqués au Cameroun et au Gabon. Elle s’appuie sur une gamme de 15 produits pour une période allant de janvier 2001 à juillet 2009. Elle utilise un modèle de causalité et montre que les prix des produits agricoles Camerounais ont un impact positif et significatif sur les marchés des produits agricoles Gabonais.

Ces études de la relation causale entre les prix agricoles au Cameroun et ceux au Gabon, se limitent à établir la transmission globale entre les deux pays. En effet, Ntsama (2011, 2012, idem) appuie son analyse sur des données de prix nationales qui éludent les disparités de prix domestiques entre villes consommatrices et villes productrices. La présente étude cherche à mettre en évidence les déterminants régionaux de la décision d’arbitrage des commerçants, tout en établissant le rôle majeur de cet arbitrage dans l’intégration régionale des marchés agricoles entre le Cameroun et le Gabon. Pour cela, nous nous appuyons sur le cas d’un produit très arbitré par les commerçants, à savoir le plantain, et un produit faiblement arbitré par les commerçants, il s’agit du manioc. Pour l’analyse des instruments commerciaux de la CEMAC, nous effectuons une analyse comparative entre d’une part l’arbitrage des commerçants entre les villes de l’hinterland du Cameroun et la ville frontalière Kyé-Ossi. Et d’autre part entre les villes au Cameroun et Libreville au Gabon, car ce dernier est le principal lieu d’approvisionnement du pays.

7- APPROCHE METHODOLOGIQUE

Nous utilisons la méthode hypothético-déductive dans le cadre de cette étude. Cette méthode consiste à confronter les apports théoriques à l’analyse des faits. Afin d’atteindre l’objectif général de l’étude. Nous procédons par une :

- Recherche documentaire

La première phase de la recherche consiste à se documenter auprès du Ministère de l’Agriculture et du Développement Rural (MINADER), à l’Institut National de la Statistique (INS) du Cameroun, du Centre de Documentation sur le Développement Rural (CDDR). En outre, des recherches sont faites via internet sur le site d’AFRISTAT, de la FAO, d’IZF, de la CEA, de la CEMAC, de la CEEAC, du Centre du Commerce International (CCI) et d’ICTSD[20]. Aussi les sites d’informations agricoles tels : AGRITRADE, Grain de Sel et Cahier d’agriculture sont consultés. Ces informations permettront de structurer l’étude.

- Collecte des données

La deuxième phase s’appuie d’abord sur des entretiens auprès des acteurs de l’activité. Celle-ci permet de mieux structurer le questionnaire d’enquête. Ensuite, sur l’administration d’un questionnaire aux commerçants arbitrant entre le Cameroun et le Gabon. Ces derniers étant la cible, nous optons pour un échantillonnage par choix raisonné. Nous administrerons ce questionnaire à 30% de la population estimative. La taille de la population ainsi que les principaux marchés arbitrés sont déterminés à partir des entretiens avec les commerçants. La répartition des questionnaires se fera au prorata du nombre estimatif d’acteurs stables sur les différents marchés enquêtés. La stabilité du commerçant sur un marché se déterminera soit par rapport au lieu d’habitation ou soit par rapport à l’appartenance à une association active sur le marché.

- Analyse des données

Les informations ainsi collectées lors des enquêtes sont traitées sous SPSS[21] et sous Excel pour générer les grilles d’analyse empirique de l’arbitrage des commerçants. Pour ce qui est des données sur les prix réels du manioc et du plantain obtenues sur FAOGIEWS, elles feront l’objet d’un traitement économétrique sous EVIEWS 5.0.

- Résultats escomptés

A l’issue de l’étude, nous espérons pouvoir émettre des propositions. Ces propositions sont des déclinaisons des résultats de l’étude en actions susceptibles de faire la différence compte tenu de la conjoncture économique régionale.

8- ORGANISATION DU TRAVAIL

En raison de la méthodologie retenue, ce travail est mené en deux grandes parties. Les apports théoriques sont en permanence confrontés à l’analyse des faits, l’approche dichotomique est celle utilisée pour atteindre l’objectif général de cette étude. Pour cela chaque partie comprend deux chapitres où s’alternent chapitre théorique et chapitre empirique. Cette structuration permet de mieux cerner les aspects de la recherche.

De cette manière, la première partie s’intitule les « Infrastructures commerciales de la CEMAC à l’épreuve de l’arbitrage des commerçants du plantain et du manioc entre Cameroun et Gabon ». Elle nous fournit les enseignements des modèles d’intégration commerciale en chapitre I. ce dernier utilise les apports qui ont construit la pensée en matière de commerce dans le cadre des accords d’intégration régionale. Tandis que, les modalités d’arbitrage des commerçants entre le Cameroun et le Gabon sur les marchés de manioc et de plantain sont présentées en chapitre II. Ce chapitre fait une description de l’activité commerciale entre les deux pays, les acteurs, leur organisation et les facteurs incitatifs à l’arbitrage.

La seconde partie quant à elle titrée «Incidence de l’arbitrage entre le Cameroun et le Gabon sur l’intégration des marchés de manioc et de plantain ». Elle présente dans le chapitre III. Les modèles d’analyse de l’intégration des marchés dans l’espace régional . Ce chapitre énonce les modèles utilisés pour comprendre le fonctionnement des marchés agricoles et leur effet sur l’efficacité des marchés. Alors que, le chapitre IV fait une analyse empirique de l’intégration spatiale des marchés de manioc et de plantain du Cameroun et du Gabon. Elle effectue une application du modèle d’autorégression d’Engle et Granger (1987) pour expliquer le comportement des prix entre les marchés camerounais et gabonais.

PARTIE I : LES INFRASTRUCTURES DE LA CEMAC A L’EPREUVE DE L’ARBITRAGE DES COMMERÇANTS DU PLANTAIN ET DU MANIOC ENTRE CAMEROUN ET GABON

INTRODUCTION DE LA PARTIE I

La théorie économique prédit des gains pour les pays engagés dans l’échange. Ces gains sont d’autant plus importants lorsque les marchés sont véritablement intégrés. Dans ce contexte, la réduction des coûts de transaction est une préoccupation majeure autant pour les théoriciens que pour les Etats. Les théories de l’union douanière et de l’union monétaire préconisent respectivement la suppression des obstacles tarifaires et non tarifaires (Viner, 1950, op cit ; Meade, 1955) et la monnaie unique comme instrument de réduction de coût (Mundell, 1961 ; Mc Kinnon, 1963, op cit). Par ailleurs, les analyses économiques plus récentes dépassent le confinement de l’espace en termes de coût et d’accessibilité pour de plus en plus mettre en évidence les interactions entre transport, espace et développement. C’est ainsi que nous allons présenter les théories mettant en évidence l’impact de la réduction des coûts de transport sur l’organisation des activités économiques et la répartition des flux dans l’espace (Krugman, 1991 a, b, op cit ; Krugman et Venables, 1990 ; Krugman et Venables, 1995 ; Krugman et Livas Elizondo, 1996). Par ailleurs, la réduction des coûts de transport est soutenue par les infrastructures de transport (Martin et Rogers, 1995 ; Ghio et Van Huffel, 2000, 2002 ; Catin et Van Huffel, 2004), les infrastructures de communication ainsi que les réseaux d’acteurs (Meunier 2001). Dans cette partie, nous analysons les modalités d’arbitrage entre le Cameroun et le Gabon afin de mettre en évidence l’incidence du corridor Yaoundé-Libreville ainsi que celui du passeport CEMAC.

Nous vérifierons donc l’hypothèse selon laquelle, l’arbitrage entre le Cameroun et le Gabon, sur les marchés de plantain et de manioc, est déterminé par l’accessibilité aux infrastructures commerciales de la CEMAC (Passeport CEMAC et corridor Yaoundé-Libreville). Ce, à partir des données secondaires recueillies sur l’activité. Mais également des résultats de l’enquête menée sur les marchés du Mfoundi et de Mbankolo à Yaoundé, les marchés de Mfoumbot et de Makénéné dans l’Ouest Cameroun. Les informations collectées, sont traitées sous SPSS afin de générer les grilles d’analyse du transfert du manioc et du plantain du Cameroun vers le Gabon. Pour ce faire, nous analysons les enseignements des modèles d’intégration commerciale (chapitre 1) avant d’analyser les modalités d’arbitrage des commerçants entre le Cameroun et le Gabon sur les marchés de manioc et de plantain (chapitre 2).

CHAPITRE I : ENSEIGNEMENTS DES MODELES D’INTEGRATION COMMERCIALE

La connexion des espaces économiques est au cœur de l’analyse économique. Elle procède par diverses politiques économiques, les unes s’appuyant sur les instruments tarifaires et non tarifaires (Viner, 1950, idem), les autres sur les instruments monétaires (Mc Kinnon, 1963, idem). De plus, des analyses plus dynamiques orientent les actions économiques vers le financement des infrastructures régionales (Krugman, 1991a, b, idem) et l’accompagnement des réseaux d’acteurs (Meunier 2001). Quel que soit le cas, ces stratégies commerciales cherchent à impulser le changement en incitant les producteurs à intervenir sur le marché. De fait, plus qu’une décision rationnelle des acteurs, l’arbitrage devient un objectif global pour les Etats qui cherchent le meilleur mode de coordination des activités économiques.

Ainsi, dans ce chapitre, il est question de passer en revue les différentes approches classiques de l’intégration régionale (I) avant de faire une analyse dynamique de l’intégration économique (II).

I- APPROCHES CLASSIQUES DE L’INTEGRATION REGIONALE

Ces modèles analysent d’une part l’importance d’une politique commerciale commune et d’autre part celle d’une monnaie commune sur la réduction des coûts d’échange.

I.1- LES THEORIES DE L’UNION DOUANIERE

I.1.1- L’ANALYSE DE VINER

Viner (1950, idem) effectue une analyse de la production afin de démontrer l’efficacité de l’union douanière. Il construit un modèle à trois pays, produisant chacun les mêmes biens pour lesquels, les coûts d’opportunité sont différents. L’un des pays représente le reste du monde et les deux autres ont formé une union douanière. Viner (1950, idem) montre qu’à des niveaux différents de droit de douane initial, un pays aura intérêt à former ou pas une union douanière avec d’autres Etats. En effet, une telle politique commerciale vise principalement pour un Etat hors union, à favoriser les biens produits par les entreprises nationales. Pour cela, il fixera le droit de douane à un niveau pour lequel, tant les producteurs que les consommateurs n’auront aucun intérêt à importer le bien en provenance de l’extérieur. Pourtant, un Etat intégré cherchera à réduire le coût d’opportunité du bien afin d’accroitre la consommation, la production et par conséquent les revenus des agents.

Dans son analyse, Viner (1950, idem) montre que les accords économiques régionaux créent l’échange au sein d’une zone, c’est ce qu’il appelle l’effet de «création de commerce». Cet effet est interne à la zone et est généré par la libéralisation des échanges entre les membres de la zone. La suppression des obstacles aux échanges permet de remplacer les anciens producteurs par de nouvelles sources d'approvisionnement pour lesquelles les coûts de production sont plus bas. Il y a une meilleure allocation des ressources et l'union est, de ce point de vue, avantageuse. Bourguinat H. (1966, op cit) continue en disant que l’union est « bonne » Dans ce cas précis, l’intégration douanière améliorent le bien-être des pays de la communauté (Balassa, 1961[22] ; Demello, 1993 ; Vendables, 1999 ; Krugman, 1991b, idem ; Hugon, 2002 ; 2003). En effet, la levée des barrières réduit le prix des produits, diversifie le panier des ménages en ouvrant le marché à de nouveaux biens. De ce fait, elle incite aux échanges entre ces Etats.

Parallèlement, cet accord génère un effet contraire, le «détournement de commerce» par rapport à l’extérieur. Les fournisseurs initiaux extérieurs à l'union, sont substitués à d'autres fournisseurs membres de l'union. Ce, parce que la protection est maintenue envers ces derniers. De même, il arrive des cas où, le coût d’opportunité du reste du monde est inferieur à celui du pays fournisseur membre de l’union mais, parce qu’un accord existe entre les Etats de l’union, cette source d’approvisionnement n’est pas privilégiée. L’allocation des ressources n’est donc pas efficace, les nouveaux flux d'échanges ne se substituent qu’à d'autres plus profitables réduisant ainsi le bien-être mondial (Siroen, 2004) et, de ce point de vue, l'union est désavantageuse. Et dans ce cas, l’union est « mauvaise » (Bourguinat H, 1966, idem). Pour Krugman (1991 b, idem)[23], ces pertes sont minimes car, les gains potentiels relatifs à la création de commerce sont plus importants.

Ainsi pour Viner (1950, ibidem), la suppression des barrières commerciales tarifaires et non tarifaires permet de réduire les coûts liés à l’échange. De fait, l’écart entre les coûts d’opportunité incite l’arbitrage des producteurs entre les pays de l’union. Ainsi, les producteurs arbitreront les nouveaux marchés ouverts grâce à l’union douanière, c’est ce qu’il appelle l’effet de « création de commerce ». Dans la mesure où le partenaire de l’union n’est pas le plus compétitif, l’union engendre un effet de « détournement de commerce ». Néanmoins, malgré son apport, cette analyse comporte certaines faiblesses qui ont construit la critique et son prolongement.

I.1.2- PROLONGEMENT DE L’ANALYSE DE VINER

Le prolongement de l’analyse de Viner a été fait d’abord par Meade (1955a, idem)[24] qui associe à chaque effet de l’union douanière une catégorie de bien susceptible de le générer. Par la suite par Gehrels (1957, op cit)[25] qui fait une analyse de l’effet de consommation en introduisant des substituts de produit. Et enfin de Lipsey (1960, op cit) qui effectue l’analyse de Viner dans un modèle à 3 pays échangeant avec le reste du monde.

Meade (1955a, idem), sans toutefois rejeter les résultats de Viner (1950, idem), approfondit son étude en spécifiant les caractéristiques de biens susceptibles de détourner ou de créer un trafic et leur incidence sur le bien être de la société. Il effectue une analyse des effets de consommation et aboutit à la conclusion selon laquelle, l’union douanière dépend du niveau des tarifs. En effet, la probabilité que l’union soit avantageuse est plus importante lorsque le tarif avant union est élevé. De même, l’importance des gains de l’union est proportionnelle à la faiblesse des différences de coûts entre le reste du monde et le pays fournisseur appartenant à l’union (1955b)[26].

Toujours dans la même optique que Meade (1955a, b, idem), pour Gehrels (1957, idem), l’intégration régionale conduit à la baisse du prix des biens en provenance des pays de l’union. Cette baisse permet l’augmentation de la consommation et par conséquent des flux commerciaux de ces biens entre les partenaires, et de ce fait du surplus des consommateurs. Il part de postulats[27] assez simples et clairs pour montrer l’effet de l’utilisation des ressources productives sur la consommation au sein des pays de l’union. Tout comme Viner, il raisonne sur trois pays produisant les mêmes biens à des coûts constants, et démontre l’avantage de l’intégration régionale sur le protectionnisme en termes d’optimalité. Il abouti ainsi aux mêmes conclusions que celles énoncées par Meade (1955, idem), et montre avec précision, par une analyse géométrique, la région de l’optimum de second rang.

Les analyses de Gehrels (1957, idem) s’intéressent donc à la substitution entre biens afin de déterminer les effets de consommation engendrés par l’union douanière. Elles ont par la suite été approfondies par Lipsey (1960, op cit)[28], qui juge assez restreint de baser une telle analyse sur deux biens tout en sachant que, les économies actuelles sont des économies à plusieurs biens. Ainsi, dans un raisonnement avec trois pays produisant chacun un bien différent, il considère que le changement de source d’approvisionnement modifie les prix relatifs domestiques, et par conséquence, modifie la structure de consommation. Pour cela, il fait trois propositions sur les conditions d’optimalité, en situation de libre-échange, de protection et d’union douanière. Ce, en s’aidant de la comparaison dans chaque cas de figure, du rapport de prix domestique des biens avec le rapport de prix international de ces mêmes biens. Il aboutie à une situation d’optimalité en situation de libre-échange, et à un optimum de second rang dans les deux autres cas de figure.

L’ensemble de ces analyses renforcent le rôle du libre échange dans la prise de la décision d’arbitrer sur un marché ainsi que ses effets en matière de modification des possibilités de choix des ménages, de flux commerciaux et de revenus. Au delà de l’union douanière, la diversité des systèmes monétaires met en évidence un instrument commercial notamment la monnaie. Cette dernière introduit un élément de coût, le taux de change, qui affecte l’arbitrage spatial au sein des régions.

I.2- THEORIES DE L’UNION MONETAIRE

I.2.1- LE CRITERE DE LA MOBILITE DES FACTEURS DE MUNDELL

Pour Mundell (1961, idem), la mobilité des facteurs de production entre espaces économiques est la condition nécessaire et suffisante pour une optimalité de l’union monétaire. Dans un raisonnement orienté sur deux pays A et B en situation de plein emploi, ayant initialement une balance de paiement équilibrée et une rigidité à la baisse des salaires et des prix. Ces deux pays sont liés par un processus d’intégration régional et touchés distinctement par un choc interne ou externe. Il montre que, si jamais une partie de la demande du pays A est reportée sur le pays B, un tel déplacement de la demande de A en faveur des produits de B, entraine le chômage en A et l’inflation en B. cette situation est défavorable pour les deux pays et exige des solutions différentes selon qu’il y a ou pas mobilité des facteurs.

Ainsi, lorsque le change est fixe[29] et les facteurs de production immobiles entre A et B, toute politique monétaire expansionniste de lutte contre le chômage entraine automatiquement une détérioration de la balance de paiement en A. Parallèlement, toute politique monétaire de lutte contre l’inflation en B y accentue la déflation. En effet, la dévaluation de la monnaie en A (et l’inverse en B) même si elle pourrait relancer l’économie, génère des effets pervers tels que la perte de crédibilité de la monnaie et l’inflation. Et le cas inverse se produit dans le pays B. Le recours au change flexible pali au défaut de mobilité des facteurs de production. Lorsque les prix et les salaires sont flexibles, une baisse des salaires dans l’économie en chômage renforce la compétitivité et donc, augmente la demande des produits de ce pays, et inversement dans l’autre pays. De même, une parfaite mobilité des facteurs entre A et B élimine en partie le chômage et l’inflation dans ces pays, notamment, le déplacement de la main d’œuvre de A vers B réajuste les déséquilibres en résolvant le problème de chômage dans le pays en récession (A) et la pression à la hausse des salaires dans le pays en expansion (B). Il y a donc rééquilibrage sans toutefois avoir besoin du change.

De ce fait, la mobilité des facteurs est interne à la zone monétaire unique et l’immobilité externe à celle-ci, de même, la fixité du change ne nuit donc pas aux ajustements. Ainsi, la forte mobilité des facteurs et/ou la forte flexibilité des prix et des salaires peuvent inciter à la constitution d’une zone monétaire optimale. Pourtant, McKinnon (1963, op cit) pour sa part explique la formation d’une union monétaire par la mesure du coefficient d’ouverture des Nations.

I.2.2- LE CRITERE DU DEGRE D’OUVERTURE DES ECONOMIES DE MCKINNON

McKinnon (1963, idem) considèrent que, les instruments de politique monétaire et fiscale sont utilisés dans les zones monétaires optimales afin d’atteindre le plein emploi, l’équilibre de la balance de paiement et la stabilité des prix. Pour lui, les coûts liés à l'abandon du taux de change comme instrument de politique économique diminuent en fonction du degré d'ouverture des économies et de l’importance de leurs échanges réciproques. Dans son analyse, il s’appuie sur la distinction entre bien échangeable et bien non échangeable pour construire un coefficient d’ouverture[30]. Ce dernier est le rapport entre ces deux biens. Une économie est dite ouverte lorsque son ratio est élevé, et dans ce cas, elle a intérêt à adopter un régime de change fixe par rapport au reste du monde. Par contre, lorsque ce ratio est faible, l’économie est fermée et, une politique de change flexible est plus appropriée.

Hallwood et Mac Donald (1984)[31] donnent un exemple qui illustre parfaitement la sensibilité relative des volumes d’échanges aux variations du change en fonction du degré d’ouverture. En effet, dans une économie relativement ouverte[32] où les biens non échangeables représentent 40% et les biens échangeables 60%, si une baisse de 10% de la demande de biens échangeables est engendrée par l’appréciation de la monnaie, cela nécessite une augmentation de 15%[33] de la demande de biens non échangeables pour maintenir le revenu réel à son niveau de départ. Pourtant, un pays relativement fermé pour lequel, les biens non échangeables représentent 90% et les biens échangeables 10%, si une baisse de 10% de la demande de biens échangeables est engendrée par l’appréciation de la monnaie, il suffit seulement d’accroitre la production de 1,1% afin de maintenir le revenu réel. Par ailleurs, dans un pays relativement ouvert, le flottement de la monnaie a un impact significatif sur le rapport prix des biens échangeables/ prix des biens non échangeables exprimé dans la même monnaie. En effet, une dépréciation du change a des effets sur la demande domestique puisqu’en modifiant le prix relatif du bien, elle introduit une répartition entre la demande domestique et la demande externe. Alors qu’en situation d’autarcie relative, la part importante des biens non échangeables élimine en partie les déséquilibres de la demande, introduits par les variations des prix relatifs suite à la dépréciation du change.

Les pays ouverts ont donc intérêt à former une union monétaire, s’ils veulent accroitre les échanges avec les pays partenaires et par conséquent, inciter plus d’acteurs à s’intégrer au marché régional.

II- ANALYSES DYNAMIQUES DE L’INTEGRATION ECONOMIQUE

L’espace dépasse son confinement théorique au coût de transport et à l’accessibilité, et tend à être une entité qui interagit de manière efficace avec le développement à travers l’échange. Ainsi, nous analysons l’impact des actions régionales sur la répartition spatiale des activités entre une région centrale et une région périphérique.

II.1- LES MODELES CENTRE-PERIPHERIE DANS LE CADRE D’UNE INTEGRATION REGIONALE

II.1.1- L’ANALYSE DE KRUGMAN

Dans un modèle à deux secteurs et à deux régions[34], Krugman et Venables (1990, idem) étudient les échanges de ces deux biens entre ces deux régions. Sous une hypothèse d’immobilité de la main d’œuvre, ils supposent d’abord que les coûts de transactions entre les deux régions sont élevés et que les firmes produisent essentiellement pour le marché régional. Dans ce contexte, lorsque la concurrence est rude au centre, une partie des entreprises ont tendance à se délocaliser dans la région périphérique. Ce mouvement des entreprises entraine une réduction des coûts d’échange, accroissant ainsi les performances commerciales des firmes et le commerce en direction de l’autre région. Ainsi la force centripète exercée par le marché situé dans la région centrale devient plus importante conduisant à la concentration des activités. Par ailleurs, en présence de faible coût d’échange, cette concentration des firmes en région centrale accroit la concurrence sur le marché des facteurs, incitant ainsi les firmes à se relocaliser en périphérie. Dans ce cas, la région centrale exerce une force qui pousse à la dispersion des activités vers la périphérie.

Par ailleurs, le modèle développé par Krugman (1991 a, b, idem) s’appuie sur les hypothèses de mobilité de la main d’œuvre entre les régions, de rendements croissants et de coûts de transport imputables aux biens industriels. Il montre que, les mouvements de la main d’œuvre entre les régions et celle des activités conduisent à la concentration des activités dans l’espace régional. Ce d’autant plus que les économies sont plus intégrées du fait de la baisse des coûts de transport. En effet, le fait que la main d’œuvre soit mobile réduit les effets possibles d’un différentiel de salaire entre régions sur la concentration des activités.

Krugman dans ses analyses montre ainsi que les actions levant les contraintes de coûts structurent les flux. Ainsi, les commerçants décideront d’arbitrer les marchés de consommation et d’approvisionnement qui minimiseront le coût d’échange. Ce choix donne la configuration des flux d’échange. Pourtant, Ces analyses représentent l’échange régional au niveau infranationale. Or, compte tenu de la configuration actuelle de l’échange, il est limité de ne pas intégrer dans l’analyse l’échange entre régions ou pays séparés par une frontière nationale voire économique.

II.1.2- DEGRE D’OUVERTURE ET CONFIGURATION DES FLUX

Krugman et Livas Elizondo (1996, idem) mènent une étude sur le Mexique et montrent que l’ouverture commerciale concoure à la réduction de l’importance de la région urbaine centrale. Pour cette étude, Ils supposent que les exportations du Mexique vers le reste du monde sont exemptées de coûts de transport. Dans ce modèle théorique, un faible degré d’ouverture commerciale confine la production des firmes au seul marché domestique. Ainsi, l’existence de coûts de transport et d’économies d’échelle incite les firmes à se concentrer dans la région centrale. Cette dernière offre un marché de grande taille et une gamme variée de produits.

Par contre, plus l’économie est ouverte plus le coût des importations baisse. Dans ce contexte, le marché n’est plus limité à l’espace national. Les firmes disposent ainsi d’une grande variété de produits à moindre coût quelque soit le lieu. Par conséquent, la distance n’étant plus une contrainte, elles se localisent vers la périphérie où les entreprises sont moins concentrées et les coûts de congestion sont inexistants. Les coûts de congestion exercent donc une force centrifuge qui incite les entreprises à la délocalisation de leurs activités vers la périphérie. En effet, le centre saturé, la concurrence y est forte et demande que les entreprises investissent en matière de technologie et d’innovation. Celles-ci représentent un coût important pour l’entreprise. De ce fait, L’ouverture commerciale réduit donc l’importance de grandes villes qui voient leurs activités converger vers les petites localités autrefois économiquement inertes.

II.2- CONTRIBUTIONS THEORIQUES EN TERMES D’INFRASTRUCTURES REGIONALES

II.2.1- MODELE DE CIRCULATION INFRAREGIONAL DE BIEN MARTIN ET ROGERS (1995)

Martin et Rogers (1995, idem) dans la continuité des travaux de Krugman (1991a, b, idem), combinent aux approches de commerce international les approches régionales. Ils mettent en évidence le rôle des infrastructures publiques sur le commerce, la localisation et le bien-être. De même, ils vont au delà de l’acception habituelle de l’infrastructure de transport et de communication facilitateurs de l’acheminement des biens des zones de production vers les zones de consommation. Ainsi, Martin et Rogers (1995, idem) considèrent en plus de ces infrastructures que, les lois ou encore la qualité des infrastructures publiques ont un impact sur le coût de l’échange entre deux pays.

Dans un modèle à deux pays dans lequel les consommateurs choisissent la combinaison optimale de biens de consommation, ces auteurs introduisent une variable mesurant la qualité de l’infrastructure publique et effectue une distinction entre coût de transport domestique et coût de transport international. Leur analyse évalue l’impact des infrastructures sur la relation entre la firme et le consommateur et par conséquent sur la demande. Elle montre qu’il n’y a pas que l’infrastructure de transport qui a une incidence sur la demande. En effet, si les lois et les contrats en vigueurs sur les réseaux de communication sont faibles, cette situation va également affecter la demande réelle de consommation.

De fait, l’implication de la politique est simple, si l’objectif politique est d’encourager la convergence industrielle entre pays riches et pauvres, la politique doit être axée sur les infrastructures qui facilitent le commerce intrarégionale ou domestique. Ainsi, l’augmentation de la demande domestique du pays pauvre induit une relocalisation des entreprises dans ce pays. Ils montrent que c’est aussi le cas de l’administration publique et ses diverses taxes qui peuvent créer des distorsions au coût dans l’économie. Dans le modèle de Martin et Rogers (1995, idem), ces types d’infrastructures constituent des infrastructures domestiques, puisqu’elles facilitent le commerce infranational.

II.2.2- APPORT DU MODELE DE GHIO ET VAN HUFFEL

Ghio et Van Huffel (2000, idem) s’inspirent des travaux de Krugman et Livas Elizondo (1996, idem) sur l’analyse des effets des infrastructures de transport inter-urbaines et intra-urbaines sur la concentration spatiale dans les pays en développement (PED). En d’autres termes, les politiques de transport qui facilitent les échanges entre villes et celles qui facilitent les déplacements de la main d’œuvre à l’intérieur des centres urbains. Ils montrent qu’en plus des politiques commerciales d’ouverture mis en exergue par Krugman et Elizondo, les dépenses publiques en infrastructures ont un impact majeur sur le degré et l’efficacité de la concentration spatiale des activités au sein des PED en fonction du type d’infrastructure de transport.

Dans un premier temps, Ghio et Van Huffel (2000, idem) étudient l’impact de la réduction des coûts de transport sur la répartition des activités dans l’espace. Ils posent pour hypothèse la mobilité totalement de la main d’œuvre entre les régions. Pour ces auteurs, lorsqu’un Etat décide de consacrer une partie de son budget à la construction des infrastructures de transport, cette politique génère deux effets. Ces effets sont liés au type d’infrastructure de transport construit. Ainsi, lorsque l’état affecte son budget pour les infrastructures de transport inter-urbaines, la baisse du coût de transport entre les deux lieux joue sur le revenu réel des agents quel que soit leur lieu de résidence. Par contre, la réduction des déplacements pendulaires[35] au sein de la ville génère un accroissement du bien-être qui n’est bénéfique que pour les agents résidents dans cette ville.

Ainsi, les infrastructures de transport inter-urbaines et intra-urbaines améliorent différemment le bien-être des agents économiques. En effet, la baisse des coûts de transport inter-urbains augmente le revenu réel de l’ensemble des agents de l’économie à travers la hausse des profits pour les producteurs et des revenus monétaires pour les consommateurs. Pourtant, la réduction des coûts de transport intra-urbains a un effet de variété sur la production locale. Cette dernière augmente et induit un accroissement du bien-être des agents à travers la diversification des possibilités des consommateurs. Cet effet sur le bien-être est pourtant confiné aux agents résidants dans la ville dotée en infrastructure.

Ainsi dans cette analyse, la force centrifuge provient des coûts de déplacement pendulaire. Ceux-ci augmentent avec l'agglomération des firmes et de la main d’œuvre dans une région. Elle montre les effets différenciés de l’infrastructure sur la dispersion spatiale des activités et des revenus. Cependant, elle ne met pas en évidence les effets de l’infrastructure sur la structure des liens institutionnels entre acteurs repartie dans l’espace régional.

II.2.3- INFRASTRUCTURES DE TRANSPORT : RESSOURCES DE COORDINATION DES ACTEURS

Meunier (2001, idem) montre que l’influence de l’infrastructure sur la coordination résiliaire des activités va dépendre du type de réseau. Il met l’accent sur la dimension organisationnelle de la coordination. Celle-ci se traduit principalement par l’importance accordée à l’organisation des flux de circulation. Il distingue de ce fait deux types de flux notamment les flux de marchandises et les flux d’informations. L’analyse des flux de marchandises révèle que la circulation est favorisée par l’existence de moyens de transport et de communication. Ceux-ci améliorent l’accessibilité et facilitent l’échange. Dans ce contexte, la nature de l’infrastructure de transport détermine l’impact de l’espace sur le développement des activités.

Par ailleurs, le rôle de l’infrastructure de transport dépend du type d’organisation résiliaire. Baudry B. (1995)[36] en distingue trois : la confiance, les incitations, l’autorité[37]. Celles-ci sont liées d’une part aux ressources mobilisées à savoir les biens, les informations et le savoir-faire, d’autre part au problème à résoudre à savoir le coût pour les flux de biens, le temps ou la qualité pour les flux d’informations et de savoir-faire. Ainsi, Lorsqu’il s’agit de configurations résiliaires de type confiance, c’est la constitution d’un savoir-faire spécifique qui est déterminante. L’échange de savoirs tacites est préféré à celui d’informations codifiées et standardisées. Celui-ci implique des contacts de gré à gré qui nécessitent le déplacement des cocontractants. Cela étant, l’infrastructure de transport coordonne les activités sur la base d’institutions bâties à partir des réseaux humains.

Dans le cas de configurations résiliaires incitatives, l’importance accordée aux flux d’informations permet d’améliorer l’organisation des flux de biens. L’existence d’infrastructures de communication favorise la circulation d’informations standardisées. L’infrastructure de communication est donc une ressource de coordination fondamentalement organisationnelle. Dans les cas de configurations résiliaires basées sur l’autorité, la circulation des flux de marchandises est déterminante. La circulation est alors favorisée par l’existence de moyens de transport. Ces derniers améliorent l’accessibilité et constituent un facteur permissif de l’échange. La dimension spatiale de la coordination est ici importante.

Ainsi, les réseaux basés sur l’autorité correspondent à une organisation simple des flux, axée sur la minimisation des coûts. Par ailleurs, le passage à une configuration de type incitation induit une tension progressive des flux et l’importance croissante de l’information Meunier (2001, idem). De ce fait, l’organisation des flux prime sur leur transfert physique. En outre, pour les réseaux de type confiance, la construction territorialisée d’institutions, entendues comme un ensemble de règles qui fondent les modes de relations entre agents, devient plus importante qu’une amélioration de l’offre infrastructurelle.

Ainsi, au delà du calcul économique des acteurs et de l’accès à l’infrastructure de transport, l’arbitrage des commerçants entre deux régions nécessite que ceux-ci s’organisent sur des bases mutuelles et consensuelles. Cela, afin de mieux tirer partie de leur activité.

CONCLUSION DU CHAPITRE I

Au terme de ce chapitre, la théorie nous fournit deux conditions qui peuvent inciter à plus d’arbitrage. D’une part, Viner (1950, idem) et ses prolongements mettent l’accent sur les effets de l’union douanière sur la consommation et les revenus. En effet, la suppression des barrières tarifaires et non tarifaires, en réduisant les coûts liés à l’échange incitent plus de producteurs à arbitrer le différentiel de prix entre les pays membres, tout en décourageant ceux externes à l’union. Il en est de même lorsque l’union monétaire est formée entre les Etats. Pour Mc Kinnon (1963, idem) le taux de change explique pour beaucoup la dispersion des prix relatifs entre les pays. Dans ce contexte, sa fixité permet d’accroitre les flux commerciaux entre pays.

Par ailleurs, la nature des relations entre espace, échange et configuration des activités est établie au regard de la théorie. Les analyses en termes de centre-périphérie révèlent que le niveau des coûts de transfert des biens joue un rôle majeur dans la configuration des échanges. Pour Krugman et Venables (1990, 1995, idem), la réduction des coûts de transport conduit à une relocalisation des activités du centre vers la périphérie. De même, la mobilité de la main d’œuvre réduit la dispersion régionale des revenus et conduit à la concentration des activités (Krugman 1991a, b, idem). Par ailleurs, ces analyses ne disent pas clairement le rôle des infrastructures de transport sur l’échange régional. En réduisant les coûts de transport, chez Martin et Rogers (1995, idem), les infrastructures intra-régionales facilitent le transport des biens alors que chez Ghio et Van Huffel (2000), les infrastructures intra-urbaines favorisent le déplacement de la main d’œuvre d’une région à l’autre. Ainsi, l’arbitrage spatial des commerçants s’oriente, entre deux régions, en fonction des avantages en termes de coûts engendrés par les politiques commerciales. Au regard de cette littérature, nous allons analyser, dans le chapitre qui suit, l’incidence de la CEMAC sur l’arbitrage des commerçants entre le Cameroun et le Gabon.

CHAPITRE II : MODALITES D’ARBITRAGE DES COMMERÇANTS ENTRE LE CAMEROUN ET LE GABON SUR LES MARCHES DE MANIOC ET DE PLANTAIN

Au sein de la CEMAC, le Cameroun et le Gabon bénéficient de l’unicité de la monnaie depuis 1946. Plus tard en 2000, la CEMAC rend effective la zone de libre échange entre ses Etats membres. Cette mesure est d’autant plus importante que les échanges mettent en présence d’une part un pays offreur, le Cameroun, ayant une production assez dynamique. D’autre part, un pays demandeur, le Gabon, qui comble son déficit alimentaire avec les importations en provenance de son voisin. L’arbitrage des commerçants entre ces deux pays fait face à trois problèmes majeurs notamment l’intégration partielle de l’identité communautaire, la faible structuration des acteurs, la présence de taxes informelles. Toutefois pour impulser l’intégration commerciale, la CEMAC introduit deux instruments commerciaux d’une part l’entrée en service en 2005 du corridor Yaoundé-Libreville qui lie les capitales respectives du Cameroun et du Gabon. D’autre part, le passeport CEMAC qui est entrée en vigueur en 2008. Ces deux infrastructures régionales sont analysées afin de ressortir leur incidence sur l’arbitrage des commerçants entre le Cameroun et le Gabon sur les marchés de plantain d’une part et de manioc d’autre part. Pour ce faire, nous administrons le questionnaire à 48 commerçants (soit 30% de la population estimé), notamment 25 questionnaires au marché du Mfoundi, 7 au marché de Mbankolo, 10 au marché de Mfoumbot et 6 au marché de Makénéné. Les statistiques issues de cette enquête sont associées aux données secondaires issues de la recherche documentaire afin d’appréhender les modalités d’arbitrage. Ainsi, la première partie de ce chapitre présente les relations commerciales entre le Cameroun et le Gabon en zone CEMAC. Tandis que, la deuxième partie analyse l’incidence des infrastructures de la CEMAC sur les modalités d’arbitrage des commerçants.

I- RELATIONS COMMERCIALES ENTRE LE CAMEROUN ET LE GABON DANS LE CADRE DE LA CEMAC

I.1- EVOLUTION DU CADRE REGLEMENTAIRE DE LA CEMAC

I.1.1- DES INSTRUMENTS REGIONAUX DE LIBRE CIRCULATION JURIDIQUEMENT ETABLIS

La monnaie est le premier instrument d’échange. Elle représente la valeur que l’on accorde au bien ou au service qui fait objet de l’échange. Sa valeur est influencée par plusieurs facteurs notamment la stabilité politique, sociale et économique. De ce fait, sa valeur est instable et se traduit par son taux de change par rapport aux autres devises. Les Etats de la CEMAC sont exemptés des effets induits par la variabilité du cours des devises. Puisqu’ils bénéficient d’une monnaie commune, le FCFA[38], depuis 1946.

De ce fait, l’enjeu de la sous-région est donc de construire un cadre règlementaire qui assure la convergence économique des Etats membres. Cela fut d’abord le cas avec l’UDEAC, de 1964 à 1994. Période durant laquelle, l’union proclame l’acte N°1/72-UDEAC-70-A du 22 décembre 1972, relatif à la convention commune sur la libre circulation des personnes et le droit d’établissement dans l’UDEAC. Cette volonté ne sera pas atteinte par l’UDEAC, car la crise frappe ses Etats membres dans les années 1980. Cette conjoncture, associée aux faibles performances de l’union, conduit à l’institution de la CEMAC en 1994. Cette dernière continue la tâche de l’UDEAC et entame la construction de l’union monétaire.

Pour ce qui est de la construction du marché commun, la CEMAC a promulgué deux textes. Le premier est le Règlement n°1/00-CÉMAC-042-CM-04 du 21 juillet 2000 portant institution, et conditions d’attribution du passeport CEMAC. Celui-ci est successivement modifié par le règlement N°01/08-UEAC-042-CM-17 du 20 juin 2008 portant institution, conditions de gestion et de délivrance du passeport CEMAC, et ensuite par le règlement N° 02/UEAC-CM-19 du 18 Août 2009. Ces actes montrent la volonté de l’institution ainsi que des Etats de faire avancer le processus. Ils consacrent le passeport CEMAC comme véritable identité communautaire. D’après ces actes, le passeport CEMAC confère à son titulaire le droit de circuler librement, sans avoir besoin d’un visa, au sein de l’espace CEMAC. A cet effet, il tient lieu également de pièce d’identité. Le passeport CEMAC est un document de voyage international pour les ressortissants des États membres.

Le second est l’Acte additionnel N°08/CÉMAC-CEE-SE du 29 juin 2005, relatif à la libre circulation des personnes en zone CEMAC. Ce dernier acte est une réactualisation de l’acte N°1/72-UDEAC-70-A du 22 décembre 1972. Il se situe dans le prolongement de la convention sur la libre circulation des personnes et le droit d’établissement en zone UDEAC. Par ailleurs, elle établit clairement la liberté de circulation dans l’espace CEMAC, sous réserve de la présentation soit d’une carte nationale d’identité d’un État membre, soit d’un passeport en cours de validité. La carte nationale d’identité ou le passeport sont ainsi les seuls documents nécessaires au déplacement d’un État à un autre dans la CEMAC. Ainsi, d’après les textes en vigueur, Le passeport CEMAC se présente, aux cotés de la carte nationale d’identité, comme un instrument alternatif permettant aux citoyens de quatre États[39] de la CEMAC de se déplacer à l’intérieur de ces États. En outre, pour une libre circulation totale entre tous les Etats, l’acte additionnel N°01/CEMAC-070U-CCE-SE du 25 juin 2013 donne la possibilité à chaque ressortissant de la CEMAC d’entrer dans un autre pays CEMAC pour un séjour n’excédant pas trois (03) mois.

Aux cotés des textes instituant la libre circulation, deux textes facilitent le transport entre les Etats. D’une part la Convention Inter-Etats de Transport Routier de Marchandises Diverses (C.I.E.T.R.M.D.) de la CEMAC qui intervient en 1996, et d’autre part le règlement N° 03/08-UEAC-046-CM-17 portant adoption du réseau routier intégrateur et prioritaire de la CEMAC harmonisé avec le réseau consensuel de l’Afrique Centrale de 2008 en révision du Règlement N° 9/00/CEMAC-067-CM-04 de 2000. Ce règlement spécifie les corridors de la sous-région CEMAC parmi lesquels celui qui lie le Cameroun au Gabon notamment le corridor Yaoundé-Libreville.

Ainsi, s’il suffisait des textes et lois pour intégrer le marché régional, le processus d’intégration en CEMAC aurait été avancé. Pourtant, la libre circulation reste encore une difficulté entre le Cameroun et le Gabon.

I.1.2- L’INVASION DEMOGRAPHIQUE PRINCIPAL FREIN A L’OUVERTURE TOTALE DU GABON

Le véritable frein de la libre circulation vient des « petits » Etats dont le Gabon. Celui-ci craint la spoliation démographique. En effet, sur un plan social, le Cameroun est un vaste territoire avec une superficie de 475 550 Km2 et une population de 20,1 millions d’habitants[40]. Son voisin pour sa part a une superficie de 267 667 Km2 pour une population de 1,5 millions d’habitants[41]. Par ailleurs, les deux pays ont une proximité culturelle perceptible au niveau de leur frontière. Cette proximité culturelle facilite le passage de la frontière sans toutefois remplir les formalités douanières, en utilisant les pistes de collecte. La présence de frontières naturelles ne limite pas les possibilités d’entrer dans le pays voisin. Cette situation n’est véritablement pas une préoccupation majeure pour le Cameroun. Pourtant, le Gabon craint que cette situation réduise les ressources disponibles pour sa population.

En effet, à plusieurs occasions, le Gabon a eu recours aux expulsions d’expatriés de nationalité Camerounaise sur son territoire, notamment en 1981 et en 1995. Awoumou (2008), attribue l’expulsion de 1981[42] aux tensions liées à une guerre de leadership opposant le Cameroun et le Gabon au niveau des instances dirigeantes. Pour la population, la forte présence de la communauté camerounaise dans les activités de transports urbains et le commerce des produits vivriers à Libreville et à Port-Gentil, n’est pas à exclure des causes de ces politiques (Loungou, 2010).

Une raison fréquemment avancée pour justifier le refoulement des étrangers au Gabon, y compris de ses partenaires de la CEMAC, est l’invasion démographique (Loungou, 2010, op cit). L’expulsion de 55 000 individus de nationalités Africaines en 1995 renforce cette idée. Eu égard de cette situation, l’UEAC proclame la décision N°02/08-UEAC-CM-17 du 20 juin 2008, portant liste des personnes admises à titre transitoire à circuler sans visa en zone CEMAC. Celle-ci exempte le Gabon de l’application de la libre circulation, en réponse à ses réclamations suite à l’adoption de la libre circulation.

Ce repli du pays freine la libre circulation des commerçants entre les deux pays, et à longtemps retardé la construction du corridor Yaoundé-Libreville. Ce dernier est significatif d’une avancée notoire en matière de libre circulation et d’ouverture de ses frontières aux acteurs étrangers en provenance du Cameroun. Par ailleurs, cette crainte de l’étranger et de l’exploitation des ressources destinées à la population a longtemps relégué la zone frontalière entre le Cameroun et le Gabon en ligne séparatrice des marchés nationaux.

I.2- PARTICULARITES DU MARCHE DE MANIOC ET DE PLANTAIN ENTRE LE CAMEROUN ET LE GABON

I.2.1- UN DIFFERENTIEL DE PRIX INCITA TIF

L’observation des prix de plantain et de manioc, pratiqués sur les marchés au Cameroun et au Gabon, laisse percevoir un écart important entre les prix de ces deux pays. Sur la période allant de 2007 à 2012, le graphe 1 montre que l’écart de prix entre Yaoundé et Libreville diminue progressivement entre 2007 et 2010, et varie entre 341,04 FCFA et 499,91 FCFA. Par contre, à partir de 2011, cet écart n’a cessé de croitre variant entre 339,88 FCFA et 666,98 FCFA.

Graphe 1: Evolution de l’écart de prix de plantain entre villes camerounaises et Libreville au Gabon

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Source : Construit par l’auteur à partir des données obtenues sur www.fao.org/giews/pricetool (2013), et au MINADER pour les prix à Kyé-Ossi 2007-2013

De même, la représentation du comportement de l’écart de prix de manioc sur la période allant de 2007 à 2012 (voir graphe 2), montre une évolution similaire entre les différentes paires de villes. Cette évolution laisse également apparaitre une période de décroissance et une période de croissance. La première va de 2007 à 2009 et varie entre 176,28 FCFA et 340,92 FCFA. La seconde période débute en 2010 jusqu'à la dernière période d’étude. Celle-ci varie entre 209,77 FCFA et 595,74 FCFA. La hausse de prix, observée dans cette dernière phase, s’explique par les perturbations climatiques qui affectent le calendrier agricole.

Graphe 2: Evolution de l’écart de prix de manioc entre villes camerounaise et gabonaise

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Source : Construit par l’auteur à partir des données obtenues sur www.fao.org/giews/pricetool (2013), et au MINADER pour les prix à Kyé-Ossi 2007-2013

Cette tendance haussière et baissière de l’écart de prix entre les villes du Cameroun et du Gabon est observée pour toutes les paires de villes. La baisse observée peut s’expliquer par la crise alimentaire qui affecte le Gabon et le Cameroun. Celle-ci débute en fin d’année 2007, prend de l’ampleur en 2008 avec la crise financière et, en 2009 la stabilité est rétablie autant dans la sphère économique que dans celle financière. La hausse quant à elle peut s’expliquer par l’augmentation des revenus pétroliers au Gabon qui sont passés de 2 282 milliards de FCFA en 2009 à 4 229 milliards de FCFA en 2011 (CEA, 2012). Celle-ci exerce une pression croissante de la demande au Gabon.

I.2.2- UNE OFFRE SUSCEPTIBLE DE REDUIRE LES DESEQUILIBRES ALIMENTAIRES

Le Cameroun occupe une place importante dans la configuration de l’offre alimentaire en zone CEMAC. En effet, sa production est assez diversifiée et intègre, en plus des produits de rente, des productions vivrières importantes notamment, les fruits et légumes, les racines et tubercules, et, les graines et céréales. Kouam et Henry de Frahan (2001) montrent que le Cameroun détient un avantage comparatif révélé pour les produits vivriers par rapport à ses voisins de la CEMAC. Le graphe 1 fournit un aperçu des volumes de production de manioc et de plantain au Cameroun et au Gabon.

Graphe 3: Évolution de la production de manioc et de plantain au Cameroun et au Gabon en milliers de Tonnes

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Source : Agristat No 16 ; annuaire statistique du Cameroun 2011 de l’INS, Annuaire statistique 2012 de l’UNECA

Nous remarquons que les volumes de production sont nettement plus importants au Cameroun qu’au Gabon, où les volumes ne pourraient satisfaire une demande extérieure. Notamment en 2003, sont enregistrées 2,048 millions de tonnes pour le manioc et 1,275 million de tonnes pour la banane plantain au Cameroun contre 0,234 million de tonne de manioc et 0,27 million de tonne de plantain. La production au Gabon est une production d’autoconsommation, concentrée en zone périurbaine de Libreville et au Nord, à Oyem et à Bitam. Seule la première essaie de satisfaire la demande urbaine. Par contre, la production agricole au Cameroun ne cesse de croitre, par exemple en 2010, elle est de 3,024 millions de tonnes pour le manioc et 2,604 millions de tonnes pour la banane plantain. Cette évolution s’explique par la politique de soutien de la production du manioc à travers le programme national des racines et tubercules (PNRT) lancé en 2002 pour une durée de 8 ans d’une part, et celle du plantain avec le Programme de Relance de la Filière Plantain mis en œuvre pour une période allant de 2010 à 2015 d’autre part. Néanmoins, à en juger par le tableau 1, des difficultés se greffent à l’activité notamment, le caractère périssable des denrées.

Tableau 1: Gestion des marchandises non écoulées

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Source : Auteur à partir des données de l’enquête

En effet, les commerçants utilisent les méthodes de conservation et d’entreposage traditionnelles qui exposent les produits au flétrissement. De ce fait, les commerçants réalisent des pertes importantes. Par exemple, 28,6% des acteurs ont déjà eu à détruire leur marchandise. Pour ne pas avoir recours à cette solution radicale, les commerçants adoptent les stratégies de vente à crédit pour 24.5%, d’autres liquident afin d’obtenir au moins leur capital de départ, ou alors stockent dans le magasin lorsqu’il est possible de conserver la marchandise assez longtemps pour 20%. Les deux premières stratégies sont adoptées pour 60,6% par les commerçants et 32.2% par les commerçants-transporteurs.

Le plantain, pour sa part, présente une capacité de conservation relativement longue. De plus, son murissement accroit sa valeur sur le marché. Les acteurs sont de ce fait plus portés à commercialiser ce produit au Gabon que le manioc. Ce denier a une très faible durée de conservation, si bien que sa commercialisation sous forme de cosette se limite aux zones frontalières en petites quantités. Les échanges de manioc se font particulièrement sous ses formes dérivés notamment le tapioca, le bâton de manioc, la farine de manioc, etc. ceux-ci peuvent être conservés plus longtemps que la cosette. Le graphe 4 montre que le volume de manioc exporté sous forme de cosette varie entre 0.3 tonne et 6 tonnes alors que les volumes exportés de bâton et de farine varient respectivement de 28,3 tonnes à 738.5 tonnes, et de 20,8 à 687 tonnes.

Graphe 4: Evolution des exportations de manioc du Cameroun vers le Gabon en Tonnes (2000-2010)

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Source : AGRI-STAT No9 au No17, DESA MINADER, bulletin des échanges 2008 Sem 1 et 2, estimations de Nkendah et al (2012) pour les valeurs du plantain, de la farine de manioc et du bâton de manioc en 2008.

Ainsi le choix du produit à arbitrer prend en compte le risque, lié à ce produit, auquel le commerçant doit faire face. C’est pourquoi, les acteurs sont plus portés à arbitrer le plantain que le manioc, car pour ce dernier, les risques de perte sont importants.

I.2.3- UNE DEMANDE DE PLUS EN PLUS IMPORTANTE

Comme nous l’avons vue dans la partie précédente, le Cameroun a une production de manioc et de plantain de plus en plus croissante. Cette production couvre les besoins alimentaires de sa population. Le tableau 2 montre qu’en 2008, pour des disponibilités locales s’élevant à 2 882 milliers de tonnes pour le manioc et à 2 501 milliers de tonnes pour le plantain, la consommation locale s’élève respectivement à 2 450 milliers de tonnes et à 2 250 milliers de tonnes (tableau 2).

Tableau 2 : Evolution des disponibilités alimentaires au Cameroun en Milliers de tonnes

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Source : République du Cameroun, MINADER/DESA/CSSRA/Bilan alimentaire du Cameroun année 2003, 2004, 2005, 2006, 2007.

Au Gabon la situation est tout autre (Voir tableau 3). Les disponibilités de manioc et de plantain n’ont cessé de baisser depuis 1960, allant de 685 kg/personne /an pour le manioc et 616 kg/personne/an pour le plantain à cette date pour se situer respectivement à 142 kg/personne/an et à 128 kg/personne/an en 2003. La production locale ne permet pas de couvrir les besoins alimentaire de sa population, car elle est déficitaire de 30% pour le manioc et de 26% pour le plantain.

Tableau 3 : Evolution des disponibilités alimentaires au Gabon

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Source[43]: République du Gabon/Ministère de l’Agriculture de l’économie et du Développement Rural (MAEDER), jan. 2004.

Le déficit alimentaire du Gabon s’explique par la place de plus en plus prépondérante des industries d’extraction dans son économie soit une part de 64,4% du PIB de ce pays contre 4,4% du PIB pour l’agriculture (tableau 4). Au fil des années, ce pays a abandonné l’agriculture exploitant ainsi les revenus pétroliers pour combler son déficit alimentaire.

Tableau 4: Structure du PIB (aux prix courants du marché) en pourcentage

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Source : Annuaire statistique 2012 de l’UNECA

Par ailleurs, le Gabon envoie un signal de richesse qui n’est aucunement négligé par les acteurs. D’après la classification de la Banque Mondiale, la Gabon est le seul pays à revenus intermédiaire de la CEMAC depuis plusieurs années.

Graphe 5: Evolution du PIB par habitant au Cameroun et au Gabon

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Source : Annuaire statistique 2012 de l’UNECA

Les acteurs de l’activité ne sont pas insensibles à l’évolution de la richesse du pays grâce aux recettes pétrolière. En effet, le revenu d’un individu varie entre 4 596 FCFA et 9 938 FCFA au Gabon, alors qu’elle varie entre 808 FCFA et 1 238 FCFA au Cameroun. La situation alimentaire du Gabon et les niveaux de prix pratiqués dans ce pays incitent à l’arbitrage. A ce propos, un commerçant à Mfoumbot affirme que « fournir les zones urbaines au Cameroun ne génère pas autant de profit que fournir les marchés au Gabon ». Néanmoins, la circulation des commerçants, dans le cadre de leurs activités entre le Cameroun et le Gabon, est soumise à des contraintes. Cela étant, nous analysons comment les instruments commerciaux de la CEMAC interviennent dans le choix des marchés à arbitrer.

II- MODALITES D’ARBITRAGE DES COMMERCANTS EN PRESENCE D’INFRASTRUCTURES COMMERCIALES DE LA CEMAC

Les commerçants arbitrent le différentiel de prix. De ce fait, les coûts liés à l’exportation des produits entre le Cameroun et le Gabon sont déterminants dans le choix des marchés.

II.1- PASSEPORT CEMAC INEFFICACE POUR ASSURER UNE LIBRE CIRCULATION TOTALE DES ACTEURS

II.1.1- INTEGRATION PARTIELLE DE L’IDENTITE COMMUNAUTAIRE

L’activité est soumise à la méconnaissance de l’identité communautaire par le Gabon. Celle-ci induit des discriminations sur les marchés régionaux de plantain et de manioc. En effet, pour accéder en territoire Gabonais, en plus du passeport CEMAC, les commerçants doivent se munir d’un visa et d’une carte de séjour. Le Cameroun pour sa part, par réciprocité, exige la présentation d’un visa en plus du passeport CEMAC aux ressortissants du Gabon.

Tableau 5 : Coûts et exonérations des droits de visas pratiqués entre Etats-membres de la CEMAC

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Source : Loungou S. (2010)

Le tableau 5 montre que les frais de visa imposés aux ressortissants Camerounais par les services de l’immigration Gabonais s’élèvent à 36 000 FCFA depuis plusieurs années. Alors que ceux exigés aux voyageurs Gabonais par le consulat du Cameroun à Libreville sont officiellement passés de 36 000 à 50 000 FCFA depuis 2005 (Loungou, 2010, idem)[44].

De même, les taxes informelles, instituées en règles par les agents administratifs des deux pays, sont imposées au Gabon uniquement aux ressortissants du Cameroun. Tandis qu’au Cameroun, elles sont appliquées indifféremment de la nationalité. A ce propos, le Président du SYNTRACOM au marché Mbankolo affirme : « les taxes informelles pèsent sur les coûts. Certes nous sommes à l’origine de ce système car nos véhicules sont constamment en surcharge. Mais, il est révoltant que dans notre propre pays, nous soyons taxés de la même manière que les Gabonais, si non pire. Tandis qu’au Gabon, les commerçants camerounais sont soumis aux taxes informelles alors que ceux Gabonais circulent librement même en situation de surcharge. Les agents de l’administration Camerounaise devraient un peu plus être solidaires envers leurs frères ». Ainsi, les commerçants Camerounais subissent doublement les taxes informelles pour deux raisons, d’une part la xénophobie de la population du Gabon, d’autre part, l’absence de distinction de nationalité dans le comportement de la population camerounaise.

II.1.2- COUT D’ACCES AU GABON A LA PORTEE DE CERTAINS ACTEURS

La ville de Libreville[45] constitue le principal lieu d’écoulement du manioc et du plantain pour les commerçants au Gabon. Tout comme la ville frontalière de Kyé-Ossi, elle attire les acteurs de toutes les zones des deux pays. Le tableau 6 montre que quatre raisons orientent le choix du marché d’écoulement notamment, la connaissance du marché, la présence des principaux clients, les possibilités d’écoulement ainsi que les formalités et tracasseries transfrontalières. Nous remarquons que 11 commerçants (soit 23,4%) choisissent Kyé-Ossi tout simplement parce qu’ils ne subissent pas les formalités et tracasseries transfrontalières. En effet, pour se rendre dans cette ville, la carte d’identité nationale est suffisante.

Tableau 6: Modalités de choix du marché d’écoulement

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Source : Auteur à partir des données de l’enquête

Par ailleurs, le tableau 7 montre que les 11 enquêtés qui s’orientent vers Kye-Ossi proviennent essentiellement de la zone rurale notamment des villes de Makénéné et de Mfoumbot. Ces acteurs sont pour la plupart dépourvus de pièces exigées.

Tableau 7: Répartition des acteurs par lieu de résidence et par marché d’écoulement

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Sources : Auteur à partir des données de l’enquête

Notons que, la population rurale représente 45,5% de la population totale du Cameroun (ECAM III, 2007). D’après les Enquêtes sur l’Emploi et le Secteur Informel (EESI, 2005, 2011), les activités agricoles représentent 55,2% et 53% de l’économie informelle camerounaise respectivement en 2005 et en 2007. Par ailleurs, les activités agricoles informelles en zones rurales absorbent 72,9% des emplois ruraux en 2005 et 75% en 2007. Les zones rurales renferment donc la part la plus importante de l’emploi informel au Cameroun. Pourtant, cette population est particulièrement pauvre. Le graphe 6 montre qu’entre 1996 et 2005, la pauvreté est restée importante en zone rurale. En 2001, sur 40,2 individus vivant en dessous du seuil de pauvreté, 49,9% sont en zone rurale et 22,1% en zone urbaine. Et en 2007, sur 39,9% de la population vivant en dessous du seuil de pauvreté, 56% de ces individus vivent en zone rurale et 12,2 dans les villes.

Graphe 6: Population vivant en dessous du seuil de pauvreté au Cameroun en pourcentage

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Source : INS-ECAM I, II, III : 1996, 2001 et 2007 ; PNUD, 2002

Ainsi, pour ces acteurs pauvres, la ville de Libreville est une destination pourvoyeuse de revenus. Pourtant, ils ne peuvent pas compter sur le système bancaire du Cameroun qui est aversif au risque. Ces acteurs ruraux et urbain à faible capital, utilisent des moyens de financement alternatifs, entre autre, un parent, un ami, une tontine, ou encore l’épargne personnel. Certes, les commerçant-transporteurs exploitent également ces canaux. Mais, compte tenu de la dynamique de leur activité (3 voyages par mois pour un transporteur), des immobilisations qu’ils détiennent (1 à 4 camions) et des marges bénéficiaires, ils peuvent recourir au système bancaire.

De ce fait, l’entrée sur le marché Gabonais représente un coût que tous les acteurs n’ont pas toujours la capacité de couvrir. Ces coûts sont liés à l’acquisition du passeport CEMAC et du visa ou encore de la carte de séjour exigible aux commerçants fournissant le Gabon. Ainsi, ils choisiront d’arbitrer entre les villes au Cameroun et la ville frontalière de Kyé-Ossi, d’autres s’associeront en groupe de 3 à 5 commerçants pour louer un véhicule pour leur activité, ou encore, ils transiteront de manière clandestine.

II.2- EFFETS DE L’INTERCONNEXION DES MARCHES PAR LE CORRIDOR YAOUNDE-LIBREVILLE

II.2.1- ASSOUPLISSEMENT DE LA RESISTANCE PHYSIQUE A LA PENETRATION DES DEUX PAYS

Le Cameroun partage une partie de sa frontière Sud avec le Gabon. Celle-ci suit successivement les cours des rivières Kyè, Ntem et Ayina. Cette configuration de la géographie frontalière met en difficulté toute forme d’échanges entre ces deux pays. Néanmoins, la proximité culturelle et géographique des populations limitrophes encourage les échanges entre celles-ci. De ce fait, les activités se sont développées au niveau des zones frontalières d’Ambang Minko’o ou de Kye-Ossi. Néanmoins, les possibilités d’accès aux marchés nationaux exigent de la part des acteurs de se servir des moyens de transport de fortune. Il s’agit entre autre des pirogues, des brouettes ou encore le transport de la charge sur la tête. Ces moyens ne permettent pas l’exportation de quantités importantes de marchandises. En outre, certains commerçants utilisent des voies de contournements qui ne sont pas toujours en bon état et ne facilitent pas de ce fait les exportations de marchandises. Pour exemple, les exportations du Cameroun en direction du Gabon se situaient à 611,5 tonnes en 2000 pour le plantain (confer tableau 8 ci-dessous).

Ainsi, la construction du corridor Yaoundé-Libreville facilite l’accès aux deux pays grâce au pont sur le fleuve Ntem. Ce dernier a longtemps retardé la finalisation de cet axe régional car les travaux étaient bloqués par la peur de l’invasion des expatriés de nationalité Camerounaise au Gabon. A présent, les activités commerciales entre les deux pays s’étendent à l’ensemble des grandes zones de production du plantain et du manioc. Il s’agit notamment de la zone forestière et de la zone côtière (voir Annexe 3). Ainsi, les commerçants sillonnent les régions du Centre, du Sud, et du Littoral au Cameroun afin de collecter les produits. La région de l’Est n’est pas tellement exploitée car les infrastructures routières y sont de mauvaises qualités.

II.2.2- ACCROISSEMENT DES VOLUMES ARBITREES ENTRE LES DEUX PAYS

La fin de la construction du corridor Yaoundé-Libreville en 2005 donne un nouvel élan aux relations commerciales entre les deux pays en venant compléter les infrastructures routières existant au sein des Etats.

En nous fiant aux statistiques du MINADER condensées dans le tableau 8, les volumes exportés de plantains sont quittés de 611,5 tonnes en 2000 à 2483 tonnes en 2004 et 3258,3 tonnes en 2005. De même, le bâton de manioc, produit dérivé du manioc est passé de 28,3 tonnes exportées en 2000 à 271,2 tonnes en 2004 et 246,1 tonnes en 2005. Nous constatons aisément que les exportations en direction du Gabon ont crues de manière vertigineuse à partir 2004.

Tableau 8 : Evolution des exportations de quelques produits vivriers du Cameroun vers le Gabon en Tonnes

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Source : AGRI-STAT No9 au No17, DESA MINADER, bulletin des échanges 2008 Sem 1 et 2, estimations de Nkendah et al (2012) pour les valeurs du plantain, de la farine de manioc et du bâton de manioc en 2008.

Par ailleurs, lorsque nous portons un regard sur la balance commerciale du Gabon par rapport au Cameroun (tableau 9), nous constatons une certaine stabilité dans les relations commerciales bilatérales entre ces deux pays depuis 2008. Le poids du Cameroun dans les échanges alimentaires bilatéraux est assez important et de l’ordre 77,7% en 2008, 83,1% en 2009 et 80,7% en 2010 du total des échanges entre les deux pays. Cela révèle l’importance des échanges entre ces deux pays en matière de réduction des disparités alimentaires.

Tableau 9: Balance commerciale du Gabon par rapport au Cameroun et à la CEMAC (en millions de FCFA).

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Source : annuaire statistique du Gabon 2010

Ainsi, l’infrastructure de transport, en reliant les marchés agricoles nationaux a réellement amélioré l’accessibilité au marché des deux pays. Par ailleurs, les commerçants s’appuient sur des modes de coordination alternatifs pour réaliser leur activité.

II.3- COORDINATION SPATIALE DES ACTEURS : SUPPORT DE L’ARBITRAGE

II.3.1- COORDINATION DES ACTEURS A TRAVERS L’ACTION COLLECTIVE

L’activité de commercialisation de produits vivriers du Cameroun vers le Gabon est réalisée par un certain nombre d’acteurs. Il s’agit principalement des commerçants-transporteurs, des commerçants et des transporteurs. Les commerçants-transporteurs sont des acteurs de grande taille, fonctionnant dans l’activité avec un capital élevé. Ils sont pour la plupart propriétaire de leur véhicule. Ces acteurs livrent et/ou approvisionnent les marchés frontaliers de Kyé-Ossi et de Libreville. S’agissant des transporteurs, ils peuvent être des grossistes, des porteurs d’argent ou des employés. Tandis que, les commerçants peuvent être à la fois des détaillants et des grossistes ou alors l’un et l’autre indépendamment. Ces acteurs travaillent en collaboration avec les chargeurs et les négociants encore appelés intermédiaires ou porteurs d’argent.

Le tableau 10 montre l’intérêt de l’action collective dans la coordination des activités, avec 22 enquêtés (44,9%) engagés au sein d’une association et 10 enquêtés (20,4%) dans les deux associations. Par exemple, l’enquête révèle la présence d’une association professionnelle au marché Mbankolo à Yaoundé avec la division du Syndicat des Transporteurs et Commerçants (SYNTRACOM) de produits vivriers et divers en zone CEMAC. Au marché du Mfoundi, il y a l’association des chargeurs, chauffeurs, fournisseurs du Gabon (ACCFG). L’existence de regroupement n’exclue pas les individualités. En effet, 17 individus (34,7%) n’appartiennent pas à une association. Cette proportion est particulièrement représentée par les commerçants des zones rurales, où nous n’avons observé aucune forme de regroupement des acteurs.

Tableau 10 : Appartenance des acteurs à des associations

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Source : Auteur à partir des données de l’enquête

Plusieurs raisons expliquent l’appartenance ou pas a une association. D’après le tableau 11 ci dessous, 32 acteurs (65,3%) considèrent que l’association est d’un apport pour le règlement des conflits entre acteurs tandis que 1es acteurs n’appartenant à aucune association n’y trouvent aucun intérêt. Par ailleurs, 28 acteurs (57,1%) trouvent que l’association devrait fournir des efforts pour dénoncer les tracasseries policières.

Tableau 11: Intérêts et faiblesses de l’association dans l’arbitrage

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Source : Auteur à partir des données de l’enquête

Ces associations essayent à leur niveau de peser sur les décisions et de gérer les conflits qui créent des désaccords entre les membres et l’administration du marché local, en jouant le rôle d’intermédiaire. Au niveau régional, l’organisation des acteurs reste absente. Conduisant ainsi, les acteurs à s’appuyer également sur la confiance qui peut régner entre eux.

II.3.2- CONFIANCE SUPPORT DE COORDINATION DES RESEAUX MARCHANDS

La coordination des acteurs ne se fait pas uniquement par simple confrontation de l’offre et de la demande, au regard de la structure de ce marché, A côté du système des prix, émerge la coordination par les règles, les conventions et accords propres aux acteurs. Le tableau 12 montre que pour la collecte des produits, 36.7 % d’acteurs travaillent avec des proches parents, 46,9% le font eux-mêmes, et 16.3% le délèguent un employé, soit respectivement les effectifs de 18 ; 23 et 8 acteurs. Ce résultat est compréhensif car, nous avons à faire à des entreprises non structurées. Pour limiter les risques, elles s’assurent toujours que les collaborateurs soient de confiance.

Tableau 12: Méthode de collecte de produits par catégorie d’acteurs

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Source : Auteur à partir des données de l’enquête

Par ailleurs, d’après le tableau 13, les relations contractuelles s’appuient sur les liens ethniques et familiaux respectivement pour 16 acteurs (32,6%) et 11 acteurs (22,4%). Pourtant, 18 commerçants (36,7%) entretiennent des relations professionnelles avec leurs collaborateurs. Dans ce dernier cas, l’appartenance à une même association motive un tel choix. Car, elle permet de mettre en relation différentes catégories d’acteurs.

Tableau 13: Rapports contractuels entre acteurs

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Source : Auteur à partir des données de l’enquête

Ainsi, sur les 18 individus entretenant des liens professionnels avec leur collaborateur, 9 appartiennent au moins à une des associations (voir tableau 14). La part des individus utilisant les liens ethniques, soit 22,44% de la population enquêtée, est représentée par les acteurs individualistes.

Tableau 14: Liens contractuels et appartenance à une association

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Source : Auteur à partir des données de l’enquête

Par ailleurs, les commerçants entretiennent tout aussi des relations avec leur client à Libreville ou à Kye-Ossi notamment, 23 se limitent à des relations commerciales, 15 entretiennent des liens familiaux et 11 n’ont aucun lien (voir tableau 13). Dans bien des cas, les liens familiaux s’expliquent par la présence d’un parent dans ces villes de consommation avec qui le commerçant s’associe pour la réalisation de son activité. Dans ce contexte, leur association aboutit à un partage des taches (l’un la commercialisation, l’autre la collecte) d’une part, et au partage des risques et profits d’autre part.

Tableau 15: Désaccord contractuel entre acteurs

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Source : Auteur à partir des données de l’enquête

Ce type de rapport n’est pas sans risque, en effet, d’après le tableau 15, les commerçants se plaignent à 42,86% pour retard de paiement, 32,65% pour paiement partiel et 6% de défaut de règlement. Les relations contractuelles sont de gré à gré sans aucune forme contractuelle formelle. Ainsi, le commerçant s’engage dans une collaboration avec un acteur soit à partir de la réputation de ce dernier. De tels rapports permettent de minimiser les risques et les coûts de formalisation des relations contractuelles.

CONCLUSION DU CHAPITRE II

L’analyse faite dans ce chapitre confirme l’existence d’un potentiel commercial entre le Cameroun et le Gabon. En effet, les échanges de plantain et de manioc confrontent les offres en provenance du Cameroun et les demandes exprimées par le Gabon. Le Cameroun a une production dynamique tandis que celle du Gabon ne parvient pas à satisfaire les besoins de sa population. Ces possibilités d’échange sont d’autant plus incitatives pour les commerçants qu’il existe une marge de plus de 75% susceptible d’être arbitré. De ce fait, les commerçants interviennent dans un cadre sous-régional particulièrement fourni en textes et règlements devant favoriser la libre circulation en zone CEMAC. Il s’agit notamment du règlement N° 03/08-UEAC-046-CM-17 portant adoption du réseau routier intégrateur de la CEMAC dont la mise en œuvre se matérialise par l’entrée en service du corridor Yaoundé-Libreville en 2005. Ce corridor lève les difficultés liées à la traversée des rivières Kyé, Ntem et Ayina, qui longent la frontière sud du Cameroun, avec la construction du pont sur la rivière Ntem. De fait, les volumes de plantain, ainsi que de produits dérivés du manioc, échangés entre les marchés de production du Cameroun et ceux de consommation du Gabon ont crus allant de 611,5 tonnes en 2000 à 7523,5 tonnes en 2010.

A l’opposé, pour l’acte additionnel N°08/CÉMAC-CEE-SE du 29 juin 2005, relatif à la libre circulation des personnes en zone CEMAC, ainsi que le règlement N°01/08-UEAC-042-CM-17 du 20 juin 2008 portant institution et conditions de gestion et de délivrance du passeport CEMAC, les résultats ne sont pas satisfaisants. Le Gabon continue à brandir l’argument de la gestion des immigrés sur son territoire, dont ceux originaires du Cameroun, afin de ne pas tenir compte de l’identité communautaire. De ce fait, l’accès à son marché exige de la part des commerçants la possession, en plus du passeport CEMAC, d’un visa et d’une carte de séjour. De plus, le coût du passeport, pris individuellement, n’est pas à la portée de tous les commerçants désireux d’arbitrer les prix du manioc et du plantain de ce pays. Compte tenu des revenus des producteurs et commerçants ruraux, seuls les commerçants d’une taille moyenne peuvent se permettre de s’y engager. En outre, au Gabon, la nationalité camerounaise est un motif pour s’acquitter de taxes informelles. Alors qu’au Cameroun, elles sont appliquées sans distinction à tous les commerçants.

CONCLUSION DE LA PARTIE I

Cette partie était consacrée à la mise en évidence du caractère incitatif des infrastructures commerciales de la CEMAC. Pour cela, nous analysons les possibilités d’arbitrage des commerçants sur les prix du manioc et du plantain en présence d’un axe routier régional Yaoundé-Libreville et du passeport CEMAC. L’objectif est de déterminer les facteurs incitant l’arbitrage des commerçants entre les marchés de plantain et de manioc du Cameroun et du Gabon.

Pour cela, dans le chapitre I, nous avons d’abord présenté les théories de l’intégration économique. Elles nous ont permis de percevoir le rôle de la formation d’une union douanière (Viner, 1950, idem ; Meade, 1955, idem ; Lipsey, 1960, idem) et d’une union monétaire (Mundell, 1961, idem ; McKinnon, 1963, idem) sur l’arbitrage. En effet, ces deux politiques commerciales réduisent les coûts de l’échange de manière différenciée. L’union douanière procède par la suppression des obstacles tarifaires et non tarifaires, ainsi que l’établissement d’un tarif douanier commun pour les Etats membres. L’union monétaire quant à elle s’appui sur une monnaie fixe ou un régime de change fixe entre les devises, afin de supprimer l’effet de la variabilité des devises sur le coût de l’échange. Ensuite, nous mettons en évidence le rôle des infrastructures régionales sur la configuration des échanges entre les régions (Krugman, 1991, idem ; Krugman et Venables, 1990, idem ; Krugman et Livas Elizondo, 1996, idem). Par ailleurs, les infrastructures domestiques entrainent une augmentation de la demande (Martin et Rogers, 1995, op cit) tandis que celles interrégionales ont un effet de variété sur la production. En outre, Meunier (2001, idem) montre que l’ensemble de ces infrastructures permet la coordination des acteurs. Ces éléments théoriques ont été confrontés aux réalités de l’arbitrage entre le Cameroun et le Gabon dans le deuxième chapitre.

Le chapitre II analyse comment le type d’infrastructure régionale détermine le choix des villes à arbitrer par les commerçants. Nous voyons que, l’entrée en service du corridor Yaoundé-Libreville en 2005 lève les difficultés liées à la traversée des rivières Kyé, Ntem et Ayina, qui longent la frontière sud du Cameroun. Ce, avec la construction du pont sur la rivière Ntem. De fait, les volumes de plantain, ainsi que des produits dérivés du manioc, exportés des marchés de production du Cameroun vers ceux de consommation du Gabon ont crus allant de 611,5 tonnes en 2000 à 7523,5 tonnes en 2010. Pour leur part, les volumes de cosette de manioc sont restés insensibles à cette évolution, du fait de la vitesse de flétrissement de cette denrée alimentaire. Par ailleurs, l’institution du passeport CEMAC n’a pas résolu le problème de l’identité communautaire. En effet, le Gabon continue d’utiliser la gestion des immigrés comme argument pour exiger en plus de la présentation du passeport CEMAC, celle du visa et de la carte de séjour aux commerçants camerounais voulant s’introduire dans son territoire. En plus, le coût du passeport, pris individuellement, représente un coût d’investissement initial important pour les petits commerçants intéressés par l’arbitrage entre le Cameroun et le Gabon. Et ce, d’autant plus que ces acteurs ne peuvent pas compter sur le système bancaire pour financer leur activité. De même, les taxes informelles, instituées en règles par les agents administratifs des deux pays, sont imposées, au Gabon, uniquement aux ressortissants du Cameroun. Tandis qu’au Cameroun, elles sont appliquées indifféremment de la nationalité. Ce faisant, ces commerçants de petite taille choisiront d’arbitrer la ville de Kyé-Ossi plutôt que Libreville. D’autres s’associeront pour accéder à cette dernière et pour les plus audacieux, transiteront clandestinement.

Ainsi, les marchés de Libreville sont sollicités par les commerçants du fait de la présence du corridor Yaoundé-Libreville et du prix auquel les biens y sont vendus. Pourtant, l’accès n’est pas à la portée de tous les acteurs qui doivent se munir du passeport CEMAC ainsi que d’un visa et d’une carte de séjour pour le Gabon. En plus des exigences de politique étrangère du Gabon, les acteurs font face au comportement xénophobe de la population Gabonaise. Celle-ci se matérialise par des taxes informelles liées à la nationalité du commerçant. De ce fait, nous validons l’hypothèse 1 selon laquelle « l’arbitrage des commerçants, entre les marchés de plantain et de manioc du Cameroun et du Gabon, est déterminé par l’accessibilité aux infrastructures commerciales de la CEMAC notamment le Passeport CEMAC et le corridor Yaoundé-Libreville ». Et, nous ajoutons que le niveau des prix au Gabon ainsi que les réseaux marchands jouent également un rôle important.

PARTIE II : INCIDENCE DE L’ARBITRAGE DES PRIX ENTRE LE CAMEROUN ET LE GABON SUR L’INTEGRATION DES MARCHES DE MANIOC ET DE PLANTAIN

INTRODUCTION DE LA PARTIE II

La configuration actuelle de l’économie ne limite plus l’efficacité des marchés à la seule confrontation des offres et des demandes exprimées sur un marché. La mise en évidence des gains fournis par l’intégration économique permet, aux marchés de divers pays et région d’écouler leur excédent d’offre ou de combler leur déficit. Dans ce contexte, la construction théorique regroupée dans le corpus de l’équilibre des marchés est initié par Marshall A. (1890) qui analyse les conditions de l’équilibre partiel et Walras (1874) celui de l’équilibre général. Par ailleurs, Enke (1951), Samuelson (1952), Takayama et Judge (1964) fournissent une représentation de l’équilibre spatial d’un bien entre plusieurs marchés. Ces travaux sont repris, en donnant une orientation nouvelle intégrant l’efficacité des marchés à partir d’analyses économétriques (Engle et Granger, 1987 ; Ravallion, 1986 ; Obstfeld et Taylor, 1997), afin de caractériser la relation temporelle entre les marchés. De telles études sont d’autant plus importantes que le Cameroun et le Gabon font partie d’un processus d’intégration régionale, la CEMAC, qui piétine depuis son institution. Par ailleurs, ces deux pays entretiennent une coopération bilatérale régionale rythmée notamment par le commerce de produits vivriers. En effet, les zones de production du Cameroun sont sollicitées par les commerçants afin d’approvisionner les marchés de Libreville au Gabon. Dans ce contexte, nous posons la question de savoir, quel comportement ont les marchés de manioc et de plantain lorsqu’ils sont arbitrés par les commerçants entre le Cameroun et le Gabon ? Ceci afin d’établir les effets de l’arbitrage entre le Cameroun et le Gabon sur la structure des prix du plantain et du manioc au niveau infranational. Ainsi, dans cette partie, il est question de vérifier l’hypothèse selon laquelle, l’arbitrage des commerçants entre le Cameroun et le Gabon induit une modification de la structure des marchés de plantain et de manioc infranationaux. Pour cela, nous présenterons les modèles d’analyse de l’intégration des marchés dans l’espace régional (chapitre 3) avant de faire une analyse empirique de l’intégration spatiale des marchés de manioc et de plantain du Cameroun et du Gabon (chapitre 4).

CHAPITRE III : MODELES D’ANALYSE DE L’INTEGRATION DES MARCHES DANS L’ESPACE REGIONAL

L’équilibre sur le marché permet tant aux politiques qu’aux agents économiques d’opérer des choix optimisant leur calcul économique. Il constitue donc un instrument de mesure de l’efficacité des politiques économiques. Ainsi, pendant longtemps, la théorie s’est évertuée à décrire la formation de l’équilibre sur les marchés ponctuels, mettant en évidence les forces de marché en présence. L’arbitrage se limitait ainsi à la confrontation des fonctions d’offre et de demande, ou encore à la prise de pouvoir d’un petit nombre d’acteurs sur un marché donné. Les modèles d’équilibre du prix spatial dépassent le modèle « un bien-un lieu », et mettent en présence des marchés dispersés dans l’espace. Ces marchés cherchent soit à combler leur déficit, soit à écouler leur excédent pour un ou plusieurs biens. Le point de départ de ces modèles est la loi du prix unique énoncée par Marshall (1890) puis par Cassel (1916) et Heckscher (1916). Dans ce contexte, l’arbitrage devrait permettre de réduire les disparités spatiales afin de construire un marché unique.

Ainsi, la première partie de ce chapitre présente le concept d’équilibre sur les marchés, et la seconde, les modèles d’intégration spatial des marchés.

I- CONCEPT D’EQUILIBRE SUR LES MARCHES

Il convient de rappeler que le marché est le lieu où se matérialise les demandes et les offres respectives des acheteurs et des vendeurs pour un ou plusieurs biens. Le mécanisme de formation de l’équilibre est singulier tant en concurrence pure et parfaite[46] qu’en concurrence imparfaite d’une part, mais également, lorsque sa formation se réalise en un lieu ou entre différents marchés d’autre part.

I.1- THEORIE DU PRIX SUR LES MARCHES PONCTUELS

I.1.1- L’EQUILIBRE CONCURRENTIEL
L’EQUILIBRE GENERAL SELON WALRAS

Les analyses aboutissant à un équilibre concurrentiel, décrivent la formation du prix en situation de concurrence pure et parfaite. Les premières sont celles de Walras L. (1874, op cit) pour qui, le prix se détermine en fonction de toutes les offres et demandes de façon identique et homogène. Il considère n biens vendus respectivement sur n marchés[47]. Ces biens s’échangent entre eux, aboutissant ainsi, à l’interdépendance des marchés. De ce fait, les agents économiques sont à la fois demandeurs et offreurs sur l’ensemble des marchés. Cet auteur, décrit l’équilibre comme suit : « l’échange de plusieurs marchandises entre elles sur un marché régi par la libre concurrence est une opération par laquelle tous les porteurs, soit d’une, soit de plusieurs d’entre ces marchandises, soit de toutes, peuvent obtenir la plus grande satisfaction de leurs besoins compatible avec cette condition que non seulement deux marchandises quelconques s’échangent l’une contre l’autre suivant une proportion commune et identique, mais que, de plus, ces deux marchandises s’échangent contre une troisième quelconque suivant deux proportions dont le rapport soit égal à la première » (1874, idem, [1988, p. 199-200]). Parmi les n marchés, Walras (1874, idem) considère un marché central pour lequel, l’équilibre est obtenu lorsque les n-1 autres marchés sont en équilibre. Cette analyse permet d’aboutir à une position d’équilibre de laquelle un prix d’équilibre, appelé «prix norme», est dégagé. Ce prix résulte de la combinaison des préférences des agents économiques et de la rareté[48] du bien. Le prix résulte donc à la fois des évaluations techniques du bien, en d’autres termes de la quantité et du type de facteurs de production incorporés, ainsi que des évaluations subjectives en termes de préférences.

Selon Walras (1874, idem), les prix sont dans un premier temps criés[49], par la suite, les agents expriment des offres et des demandes sur la base de ces prix et enfin, les prix préalablement émis sont modifiés sur la base de ces offres et de ces demandes. Cette confrontation se réalise sans toutefois qu’il y ait échange entre les acteurs. Ce mécanisme se répète jusqu'à ce que les prix d’équilibre soient atteints. Ce «tâtonnement Walrasien», est une représentation de la «loi de l’offre et de la demande». Une telle configuration de l’arbitrage exige la présence d’une instance qui regroupe, confronte, trouve les prix d’équilibre, et organise les échanges de façon à ce que chacun obtienne ce qu’il demande. Cela permet que l’information soit parfaitement diffuse. Pour cela, Walras émet l’hypothèse de la présence d’un « commissaire priseur ».

Cette analyse suppose un équilibre simultané sur plusieurs marchés. Ainsi, un déséquilibre sur un des marchés dévie de la position d’équilibre. Cet équilibre est donc le résultat de la pleine satisfaction de l’ensemble des besoins des acteurs. Pourtant dans une économie, la situation de plein emploi est rarement atteinte. Ainsi, l’émission monétaire n’assure pas toujours la satisfaction de toutes les demandes de crédits. De même, les agents n’épargnent pas toujours une partie de leurs revenus, dans la plupart des cas, soit ils le consomment soit ils le thésaurisent. De ce fait, l’analyse de la formation du prix sur un marché, faite par Marshall (1890), est intéressante.

I.1.1.2- LA NOTION D’EQUILIBRE SUR UN MARCHE

Le prix résulte de l’ensemble des transactions entre acteurs directs et intermédiaires commerciaux. Et de ce fait, le marchandage détermine la formation du prix. Ce mécanisme s’appui sur l’information détenue, par les acteurs, sur les conditions d’offre et de demande. Pour cela, en envisageant la possibilité que les acteurs s’entendent pour influencer les prix, Edgeworth (1881) montre que le marchandage permet d’aboutir à une multitude de positions d’équilibre en fonction du pouvoir de marché des co-contractants et du délai de livraison de la marchandise. Contrairement à la conception normalisée du prix de Walras (1874, idem), des biens identiques ont des prix différenciés à l’équilibre. Dans cette analyse, la position d’équilibre est le résultat d’une négociation entre les deux parties, indépendamment des autres acteurs. Cette conception de l’équilibre diffère de celle de Marshall (1980, op cit)

Marshall (1980, idem), quant à lui, s’oppose à l'approche de Walras en termes d’équilibre général et défend l’idée d’un équilibre partiel[50]. Ainsi, l’équilibre sur un marché ne signifie pas forcément l'équilibre sur tous les marchés, car les conditions d’équilibre entre l’offre et la demande peuvent être déterminées uniquement sur un marché. Il suppose que l’environnement économique est donné dans la mesure où, les prix sont déjà fixés sur tous les autres marchés. De ce fait, pour le marché faisant l’objet de l’étude, Marshall (1980, idem) cherche à déterminer la position d’équilibre qui n’affectera pas celle des autres marchés. Pour ce faire, il introduit dans l’analyse un prix d’offre et un prix de demande correspondant à la quantité offerte ou demandée et garantissant à l’offreur et au demandeur la satisfaction de leur objectif économique respectif.

De fait, à l’équilibre, pour une quantité donnée, si le prix proposé est supérieur à son prix d’offre, l’offreur obtient un gain plus élevé que celui qui suffit à l’engager dans la production de cette quantité. Ainsi, le prix d’offre représente la fonction d’offre conduisant à l’équilibre. Il en est de même pour le prix de demande qui représente la fonction de demande. A la différence de son prédécesseur Walras (1874, idem) où l’ajustement de l’équilibre se fait à la criée par les prix, chez Marshall (1980, idem) l’équilibre est obtenu par l’ajustement des quantités. Un prix d’offre supérieur au prix de demande conduit les offreurs à proposer davantage de produits et inversement.

Par ailleurs, pour Marshall l’équilibre est stable puisque, «Lorsque l’offre et la demande sont dans une position d’équilibre stable, si quelques accidents viennent écarter le niveau de la production de sa position d’équilibre, immédiatement entreront en jeu des forces tendant à ramener ce niveau à cette position.» Ainsi, l’échange se déroule sous les conditions de concurrence pure et parfaite. Cette dernière, à chaque fois qu’une perturbation dévie la demande ou l’offre de sa position d’équilibre, permet de rétablir l’équilibre. Tout comme Walras, l’équilibre se réalise sous les hypothèses strictes de concurrence pure et parfaite qui sont difficilement réalisables sur les marchés. Cet état des faits aboutit à des théories matérialisant la formation du prix en situation de concurrence imparfaite.

I.1.2- LA FORMATION DU PRIX D’EQUILIBRE EN CONCURRENCE IMPARFAITE

Les marchés de concurrence imparfaite violent les hypothèses de concurrence parfaite, car l’homogénéité du produit et la présence d’un commissaire priseur est rarement observée sur le marché. Ceci introduit des coûts d’entrée et de sortie sur le marché. De même, il y a des marchés dans lesquels soit les producteurs soit les consommateurs sont peu nombreux.

I.1.2.1- MODELE CLASSIQUE DE CONCURRENCE OLIGOPOLISTIQUE

Cournot (1838) fournit la première analyse de la formation du prix dans les marchés oligopolistiques. Pour son analyse, il suppose un marché ayant deux producteurs pratiquant chacun leur prix. Ceux-ci produisent des biens identiques avec un coût marginal constant et identique pour les deux firmes. Dans le modèle de Cournot (1838, idem), les producteurs fixent indépendamment et simultanément le niveau de production. Lorsqu’ils viennent sur le marché avec les quantités produites, ils découvrent la quantité produite par leur concurrent. Lorsque chaque producteur intervient sur le marché avec ses quantités, il propose son prix qui est le prix d’équilibre assimilé au prix de production (Kreps et Scheinkman, 1983).

L’analyse de Bertrand (1883) est une critique du modèle de Cournot (1838, idem). Selon sa conception, les producteurs sont libres de fixer de manière simultanée et indépendante le prix de leurs marchandises. Néanmoins, si un producteur propose un prix inferieur à ceux des autres producteurs présents sur le marché, il attirera toute la demande, et ses concurrents ne vendront rien. Dans ce cas, la rationalité des acteurs incitera chacun d’entre eux à pratiquer un prix légèrement inférieur à ceux de ses concurrents. Un tel comportement stratégique, puisqu’il est uniforme chez tous les acteurs, conduira à une baisse continuelle du prix du bien jusqu'au niveau du coût marginal. De ce fait, puisque les coûts marginaux, notés Cm, sont identiques pour tous les producteurs, les consommateurs se répartissent de manière égale entre les deux fournisseurs. Il n'y a plus d'incitation à modifier les prix ou les quantités, l'équilibre est ainsi atteint et correspond à l’équilibre Walrasien de concurrence pure et parfaite. Pourtant, pour ce niveau d’équilibre où, le prix est égal au coût marginal (P=Cm), les producteurs ne font aucun profit, puisque les recettes permettent juste de couvrir les coûts de production. Il est donc plus probable que les producteurs s’entendent sur les prix à pratiquer sur le marché, afin d’engranger des profits.

Ces analyses effectuent principalement une analyse des stratégies du producteur par rapport à ses concurrents. Ce, au travers d’une concurrence par les prix ou les quantités. Pourtant, le comportement du consommateur sur le marché peut influencer l’équilibre. C’est dans cette optique que l’analyse de Stahl (1989) intervient.

I.1.2.2- ANALYSE DE LA CONCURRENCE OLIGOPOLISTIQUE PAR STAHL

Dans son article[51], Stahl (1989, op cit) étudie la tarification oligopolistique dans un environnement où les consommateurs effectuent une consumer searcrecherche séquentielle sur les prix des biens. Il suppose que ceux-ci observent le premier devis gratuitement, cela implique que chaque acheteur fasse au moins une recherche. InLa recherche séquentielle optimale implique que le consommateur ait un prix à portée de main etcontinues searching if, and only if, the observed price is higher than a certain reservation continue de chercher si et seulement si, le prix observé sur le marché est supérieur à un certain prix appelé «prix de réservation». Ce dernier est le prix au dessus duquel aucun consommateur n’est prêt à acheter une marchandise. Il ne peut donc être appliqué par aucune entreprise.price. Therefore, under the assumption that obtaining the first price observation is costless,Ainsi, puisque l'obtention de la première observation de prix n’a pas de coût, les buyers dsearchT exactly once in equilibrium and buy at the observed priceacheteurs recherchent juste une fois dans l'équilibre et achètent au prix observé.

Par ailleurs, Stahl a étudié les effets d’une variation de la proportion de consommateurs pour lesquels la recherche de fournisseurs moins chers ne coûte rien. Selon lui, lorsque cette proportion se situe quelque part entre les deux extrêmes, aucune stratégie ne prévaut chez les producteurs. Intuitivement, le raisonnement est le suivant: les consommateurs pour qui la recherche ne coûte rien continueront de chercher le meilleur prix, tandis que les autres limiteront leur prospection à certains fournisseurs. Les entreprises auront donc le choix entre offrir le prix le plus bas ou essayer d’attirer les consommateurs ayant des coûts de recherche. Selon ce modèle, cette situation intermédiaire est donc source de dispersion des prix. Il est intéressant de noter que dans ce modèle, l’augmentation du nombre d’entreprises ne rapproche pas le prix d’équilibre du prix de concurrence parfaite. Au contraire, lorsque le nombre d’entreprises augmente, la probabilité pour un fournisseur d’être le moins cher décroît de façon exponentielle. Il sera donc moins incité à baisser ses prix, puisque, le fait d’être le moins cher ne peut lui rapporter autant d’avantages qu’il tirerait d’une clientèle captive avec des coûts de recherche élevés. Stahl en conclut que, l’arrivée de nouveaux fournisseurs, loin d’encourager la concurrence par les prix, mène au contraire à des politiques de prix plus monopolistiques.

Au final l’arbitrage sur un marché imparfait dépend du nombre de firmes présentes sur le marché (Bertrand, 1883, op cit ; Cournot, 1838, idem), des ententes entre producteurs (Edgeworth, 1881, idem) ou encore de la catégorie de consommateurs présent sur le marché (Stahl, 1989, op cit). De même, l’ensemble des analyses faites dans cette partie se réfère à l’échange sur un marché particulier, limitant l’équilibre à la confrontation entre l’offre et la demande. Dans ce contexte, les prix sont sensibles aux chocs qui affectent les conditions d’équilibre. De même, le déni de l’espace limite l’échange à un marché négligeant ainsi la formation de l’équilibre entre des marchés dispersés dans l’espace régional.

I.2- FORMATION DE L’EQUILIBRE EN SITUATION D’ECHANGE ENTRE REGIONS

L’EGALISATION DES PRIX CHEZ HECKSCHER-OHLIN- SAMUELSON

La théorie d’Hecksher (1919)[52] et Ohlin (1933)[53] développe une approche des échanges internationaux mettant en relief l’abondance relative d’un facteur de production détenu par les pays engagés dans l’échange. Cette théorie a par la suite fait l’objet d’analyse de la part de Samuelson (1948, 1949)[54].

Ils font une analyse à deux pays produisant deux biens avec deux facteurs. En supposant que les deux biens utilisent les deux facteurs de manière intensive. Hecksher et Ohlin (op cit) montrent que l’abondance relative d’un facteur est à l’origine de l’avantage comparatif et de l’échange. De ce fait, chaque pays a une production orientée vers le bien qui utilise de manière relativement intensive le facteur dont il est relativement bien doté et il tendra à l’exporter. Ainsi, chaque pays importe des biens qui incorporent de façon relativement intensive les facteurs qui sont relativement rares sur son territoire et exporte les biens qui incorporent des facteurs relativement abondants sur son territoire.

L’analyse de ces auteurs est intéressante dans la mesure où elle révèle l’influence du commerce international sur la rémunération des facteurs. Hecksher et Ohlin (idem) déterminent le facteur le plus intensif entre deux pays à partir de la comparaison du ratio de rémunérations des facteurs de ces pays. Ainsi, le pays domestique sera relativement doté en capital par rapport à l’étranger lorsque son ratio rémunération du facteur travail sur rémunération du facteur capital est supérieur à celui du pays étranger .[55] L’échange étant déterminé par la dotation en facteurs de production. Cette représentation de l’intensité des facteurs est d’autant plus importante que la rémunération des facteurs est déterminée par la confrontation entre l’offre et la demande des facteurs. Or, la demande des facteurs dépend de l’offre et de la demande sur le marché des produits. Dans ce contexte, lorsque les pays sont engagés dans l’échange, les prix des biens sur les marchés tendent à s’égaliser. Par conséquent, la dotation relative en termes de rémunération est identique dans les deux pays, soit . Cette relation aboutit à l’égalité des prix relatifs d’équilibre en autarcie et P = P*[56].

Heckscher (1919, op cit), Ohlin (1933, op cit) et Samuelson (1948, 1949, op cit) analysent l’échange entre marchés appartenant à des pays différents. Ils montrent les effets de l’échange dans la réduction de la dispersion des salaires. Pourtant, leur analyse ne fait pas intervenir, de manière claire, la dimension spatiale dans l’arbitrage.

I.2.2- MODELE D’EQUILIBRE DU PRIX SPATIAL DE SAMUELSON-TAKAYAMA -JUDGE

Ce modèle a été élaboré par Enke (1951), Samuelson (1952), Takayama et Judge (1964). Il a la particularité de reconnaitre l'importance de l’espace et des coûts de transport associés au transfert d'une marchandise d'un marché offreur à un Marché demandeur dans l’échange. Cette représentation de l’échange est particulièrement concurrentielle avec un grand nombre de producteurs et de consommateurs pour un ou plusieurs biens. Dans leur analyse, ils supposent que les fonctions de demande sont linéaires et le bien produit est homogène. Le modèle s’applique à m régions offreuses et n régions demandeuses. Notons que dj est la demande du bien sur le marché demandeur j et si l’offre du bien exprimée par le marché offreur i données. Tandis que Qij représente les quantités de biens transférées de i vers j pour toutes les paires de marchés offreurs et demandeurs (i,j). Le schéma 1, ci-dessous, décrit cette représentation de l’arbitrage spatial.

Schéma 1: Représentation de l’arbitrage spatial.

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Source : Nagurney A. (1999, 2002)

Le prix spatial d’équilibre est donné par le vecteur suivant (s*, Q*, d*). Ainsi à l’équilibre, il y a commerce entre les paires de marchés si le prix sur le marché de demande est égal au prix sur le marché d’offre plus les coûts de transfert. Par contre, lorsque le prix sur le marché de demande est inferieur ou égal au prix du marché d’offre plus les coûts de transfert, il n’y a pas de commerce entre les paires de marché. Les conditions d’équilibre du marché supposent une concurrence parfaite et se présente sous la forme suivante :

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Où représente le coût unitaire de transactions associé à la commercialisation du bien entre la paire de marchés (i,i). Par ailleurs, le coût unitaire de transaction incorpore le coût du transport d’un marché à l’autre ainsi que tous les autres coûts de commercialisation (taxes, tarif douanier, et frais divers). Ainsi, à chaque marché de demande j est associé une fonction de prix de la demande décroissante et représentée par Pj = Pj (dj). Et, à chaque marché de l’offre une fonction de prix de l’offre étant croissante est donnée par la relation Pi = Pi (si). de même, aux paires de marchés de demande et d’offre (i,j), est associées le coût unitaire de transport , cette fonction est croissante. Les auteurs formulent les conditions d’équilibre spatial des paires de marché comme suit :

Pour chaque paire de marchés (i,j),

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Cet équilibre n’est possible que si :

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L’optimisation de cette condition de l’équilibre spatial reste et prend la forme suivante :

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Sous les contraintes de faisabilité de la relation d’équilibre (2) présentée ci-dessus.

Dans cette formulation du problème, le terme représente aux fonctions du prix de l’offre, correspond aux fonctions de coûts de transaction et le terme aux fonctions du prix de la demande. Cette fonction d’optimisation permet d’obtenir le prix spatial d’équilibre des demandes, des flux du bien et des offres de ce même bien. Ainsi, l’équilibre spatial est donné par le vecteur (s, Q, d) qui minimise la marge bénéficiaire entre les marchés. Ce modèle est d’un apport dans la compréhension de l’arbitrage et de la formation du prix d’équilibre d’un bien vendu dans différentes régions.

Pour un ensemble de régions offrant et demandant un bien, Samuelson, Takayama et Judge montrent que, lorsque les marchés sont complètement séparés, la position d’équilibre correspond à un équilibre autarcique des régions. L’équilibre est déterminé ainsi de manière standard par la rencontre des fonctions d’offre et de demande afin de déterminer les prix et les quantités d’équilibre pour chaque région. Cependant, lorsque le coût du transport n’est pas trop élevé entre les régions, le commerce entre régions est possible et les disparités entre elles arbitrées. Ainsi le transfert de la marchandise des marchés si aux marchés di continuera aussi longtemps que ce différentiel existera. Par conséquent, les flux échangés atteindront les volumes permettant d’aboutir à l'égalisation des prix des produits et la mise en place d'un marché unique. A ce niveau d’intégration des marchés, le prix d’équilibre est le même dans toutes les régions lorsque le coût de transport est négligeable. Ainsi, à terme, l’arbitrage aboutit à l’égalisation des prix entre les régions. Car, les régions demandeuses bénéficient de prix plus compétitifs tandis que les régions offreuses écoulent leur excédent.

Néanmoins, ces modèles n’intègrent pas la dimension temporelle de l’analyse de la relation entre des marchés. Les marchés restent essentiellement liés à la confrontation entre l’offre et la demande des marchés engagés dans l’échange. Les coûts de transferts restent déterminants pour dégager le profit minimal qui incite à l’arbitrage, sans toutefois mettre en évidence les rapports entre arbitrage, relations entre lieux et intégration des marchés.

II- LES MODELES D’INTEGRATION SPATIALE DES MARCHES

Ces modèles prévoient que les changements intervenant dans les conditions de l’offre et de la demande sur un marché auront une influence sur le commerce et, donc, sur les prix des autres marchés dans la mesure où l’équilibre est restauré par le biais d’un arbitrage spatial.

II.1- ANALYSE ECONOMETRIQUE DE L’EQUILIBRE SPATIAL DES REGIONS

II.1.1- LOI DU PRIX UNIQUE ET AJUSTEMENT DU PRIX A L’EQUILIBRE

La loi du prix unique (LPU) suppose que les arbitrages sont instantanés et sans coût sur le marché des biens. Elle est présentée par A. Marshall (1890)[57] comme étant la tendance qu’ont les prix d’un même bien à s’égaliser au même moment et sur l’ensemble des points du marché lorsqu’un marché est proche de la perfection. Cassel (1916) l’assimile au principe d’unicité des prix pour des biens similaires quelle que soit leur localisation quand ceux-ci sont exprimés dans la même devise. Ce, si ces biens appartiennent au panier de chaque pays dans les mêmes proportions.

Pour sa part, Heckscher (1916) constate que le coût des transactions internationales peut occasionner des déviations de la LPU. Il suggère l’existence de « points de marchandises »[58] en rapport avec les « points d’or »[59] régulant les flux de pièces dans une économie soumise à un régime étalon d’or[60]. Pour ces économies, les « points d’or » correspondent aux limites supérieures et inférieures à l’intérieur desquelles le taux de change fluctue. Ainsi, dans un contexte de libre circulation de l'or entre les pays, Ces bornes tournent autour du niveau de parité de l’or. C’est de cette configuration qu’Hecksher s’inspire pour expliquer la variation du prix d’un produit échangé entre deux marchés. En, il détermine les « points de marchandises ». Ceux-ci correspondent aux bornes d’un intervalle qui délimitent une bande d’inaction à l’intérieur de laquelle les différentiels de prix peuvent fluctuer avant que l’arbitrage n’opère (Obstfeld et Taylor, 1997, op cit). La bande d’inaction correspond donc à l’intervalle à l’intérieur duquel il n’y a pas d’arbitrage. Ainsi, les “points de marchandises” peuvent être interprétés comme étant le résultat non seulement des coûts de transfert effectifs et barrières commerciales, mais aussi des coûts de transfert résultant de l’arbitrage international et de la tendance qu’ont les commerçants à réagir seulement lorsque le différentiel de prix est important. En d’autres termes, les “points de marchandises” sont définis par les dépenses liées à la circulation de la marchandise entre deux pays.

Dans son analyse, Heckscher (1916, idem) se situe en situation de concurrence parfaite. Il considère les niveaux de prix Pat et Pbt pour un bien dans deux lieux différents a et b à la date t. Son analyse est construite sur le gap de prix Zt = Pat - Pbt (1). Pour Obstfeld et Taylor (1997, idem), Zt représente l’objet de l’étude dans la mesure où, il permet de mesurer la différence entre les prix d’équilibre. De ce fait, il peut s’écrire sous la forme Zt = (2) avec les paramètres de la relation et la composante non tendancielle de la différence de prix Zt. ce dernier peut être approximé par les résidus issus de l’estimation par les Moindres Carrés Ordinaires (MCO) de la relation (2) ci-dessus. Dans cette relation, permet d’estimer la vitesse de convergence λ à partir du processus autorégressif représenté par : . L’estimation de ce processus montre que le différentiel de prix diminue par fraction de λ de la période considérée plus le terme d’erreur ( ). La vitesse de convergence λ mesure ainsi l’intégration des marchés et l’efficacité de l’arbitrage entre deux marchés spatialement séparés. Par ailleurs, il dépend du bien, du type de transactions, des coûts de transport de ce bien ainsi que toutes les autres formes de coûts liées à la distance entre les lieux (Obstfeld et Taylor, 1997, idem).

Cela étant, en considérant c comme étant le coût de transfert, il stipule qu’à l’intérieur du “points de marchandises”, lorsque , il n’y a pas d’arbitrage et le gap de prix ne présente pas de tendance centrale. Par contre, à l’extérieur des « points de marchandises », lorsque , il y a arbitrage. L’équilibre se présente comme suit :

Où et sont les termes d’erreur respectivement à l’extérieur et à l‘intérieur des « points de marchandises », , et est la vitesse de convergence hors des points de marchandises. Ainsi, l’équilibre des prix est obtenu lorsque appartient à ces derniers. Dans ce contexte, la bande d’inaction est représentée par l’intervalle [-c, +c] et non juste le point 0 comme le dit la forme absolue de la LPU. Ainsi, l’équilibre est en tout point de cet intervalle. L’arbitrage se fait donc autour du coût du transport. Ce dernier représente de ce fait, la condition de l’arbitrage spatial.

II.1.2- TRANSMISSION DE PRIX ENTRE REGION CENTRALE ET REGIONS PERIPHERIQUES CHEZ RAVALLION

Ravallion (1986, idem) utilise un modèle Vectoriel autorégressif (VAR) pour mesurer l’intégration économique. Il s’interroge sur les interrelations qui peuvent engendrer l’échange entre deux lieux. Pour cela il introduit les délais de transmission entre les variables de prix des différents marchés. En mettant en relation les prix, il introduit dans le modèle une variable Xit qui capte toutes les autres influences sur les marchés domestiques. Il formule le modèle statique de formation de prix entre n marchés où, le marché 1 est le marché central. Ce modèle se présente de la manière suivante : Pi = f i(Pi, Xi) avec i= 2, …, n et Xi (i= 1, …, n­), Où f i représente est une fonction linéaire.

Cette approche s’avère limitée car les écarts de prix spatiaux s’agrègent et induisent des difficultés déductives lorsqu’on s’intéresse à la localisation des liens de n’importe quel obstacle révélé lors de la commercialisation (Ravallion, M., 1986, p. 104, idem). Dans ce contexte, s'il y a un grand nombre de liens entre les marchés locaux, il devient difficile d’identifier les autres liens indirects qui peuvent exister entre ces marchés. De ce fait, il formule le modèle dynamique suivant :

Avec i = 2, …, n et a, b et c les paramètres de l’estimation.

Cette équation décrit les interrelations potentielles entre les marchés. Cependant, Ravallion (1986, idem) raisonne par rapport à un marché central autour duquel les autres marchés seront intégrés ou non. Ainsi, lorsque ce marché est en autarcie, ses variations de prix n’influencent pas le prix sur les marchés périphériques. Pourtant, lorsque les marchés sont ouverts, à court terme, tout changement de prix à la date t sur le marché de référence se répercute immédiatement sur les marchés périphériques à la date t+1. De même, à long terme, les prix sur chaque marché sont stables dans le temps et ne sont perturbés par aucun effet aléatoire domestique. Cette posture lui permet de décliner des degrés d’intégration des marchés en jouant sur les variations des valeurs. Son analyse permet donc de déterminer les facteurs qui expliquent l’intégration entre marché. De même, Ravallion (1986, idem) détermine la relation d’antécédence entre les marchés. En d’autres termes, qu’un mouvement de prix sur le marché périphérique peut précéder le mouvement de prix sur le marché centrale car, le premier marché réagit à une anticipation sur l’évolution des prix du second marché (Fackler et Goodwin, 2001). Pourtant, une telle relation n’établit pas la direction de la causalité entre les marchés.

III- MISE EN EVIDENCE DE LA RELATION ENTRE LES REGIONS

II.2.1- MODELES DE COINTEGRATION D’ENGLE ET GRANGER

La relation de base de l’analyse des modèles de cointégration est celle du principe de prix unique représenté par la relation entre les prix et respectivement des régions 1 et 2 suivante : (1). Cette relation implique que les deux régions sont parfaitement intégrées. Pourtant, cette relation est peu probable dans les faits, puisque l’arbitrage sur les marchés voudrait que le différentiel de prix soit au plus égal aux coûts de transaction, de sorte que, (2). Cette relation représente la condition de l’arbitrage et d’équilibre (Fackler et Goodwin, 2001).

Granger (1981, 1983, 1987) et Engle (1987, idem) cherchent à tester l’intégration économique des marchés à partir des modèles de cointégration. L’idée centrale du concept de cointégration est qu’une combinaison linéaire de deux séries temporelles intégrées d’ordre d peut, sous certaines conditions, être intégrée d’un ordre inférieur. Nous sommes dans le cadre d’une relation de cointégration bivariée. Granger et Engle stipulent qu’une série est dite intégrée d’ordre d notée lorsqu’elle n’as pas de composante déterministe et suit un processus Autorégressif à Moyenne mobile (ARMA) stationnaire et inversible après avoir été différenciée d fois. Il formalise donc la cointégration en posant que ; Si et , alors et avec (d-b) < d.

La nouvelle variable Zt est appelée «erreur d’équilibre» (Granger, 1981 ; Obstfeld et Taylor, 1997, idem) et représente la relation d’équilibre de long terme du système (Yt, Xt). Elle s’annule lorsque ce dernier est sur sa trajectoire d’équilibre, et prend la valeur 0 lorsqu’il évolue en dehors de cette trajectoire. Par ailleurs, Granger et Engle (1987, idem) analysent la relation de long terme entre les marchés à partir d’un modèle à correction. Ces derniers leur permettent de mettre en évidence les relations évolutives quasi similaires entre les séries de prix des régions, et par conséquent de caractériser la condition d’équilibre de long et de court terme.

Baulch (1997) définit l’intégration spatiale des marchés comme étant le différentiel de prix engendré par les coûts de transferts. Le niveau d’intégration spatiale des marchés est donc étroitement lié à l’organisation des marchés. Dans ce contexte, les agents intervenant sur le marché cherchent à exploiter les marges bénéficiaires générées par le calcul économique. L’arbitrage est au centre des actions des acteurs puisque ces derniers interviennent en fonction des opportunités qu’offre le marché en termes de différentiel de prix. L’arbitrage est donc efficace lorsque l’écart de coûts correspond aux coûts de transaction et de transport, ce qui reflète l’intégration des marchés (Baulch, 1997, op cit).

L’analyse de la cointégration effectuée par Granger et Engle[61] déterminent avec efficacité les rapports de prix fixés entre les partenaires de l’échange. Elle conduit à la caractérisation du comportement des acteurs impliqués dans l’arbitrage.

II.2.2- LA PRESENCE D’UN EFFET FRONTIERE

L’expérimentation de l’effet frontière émerge des études qui testent la parité des pouvoirs d’achat à partir des données sur les prix ou le taux de change entre pays, afin de comprendre le mouvement des prix à la consommation dans les villes de part et d’autre d’une frontière. Le fondement de l’analyse est la théorie de la parité des pouvoirs d’achat et celle de la loi du prix unique pour lesquelles, la frontière n’a aucune influence sur la variation des prix tant à l’intérieur du pays qu’au-delà des frontières. Ces analyses révèlent la difficulté pour des marchés, ayant des régimes de change différents, d’être intégrés (Araujo et Combes, 2010).

En effet, Engel et Rogers (1996, op cit) réalisent une étude sur des séries de prix relatifs pour des villes au Canada et aux Etats-Unis. Ils constatent que la variation des prix est nettement plus importante entre des lieux séparés par une frontière qu’entre des lieux équidistants à l’intérieur d’un même pays. Ainsi, le prix relatif entre deux villes aux USA a une variabilité beaucoup plus faible que celle entre une ville aux USA et une autre au Canada. Ce résultat est d’autant plus surprenant que les deux Etats se font des restrictions commerciales peu importantes, qu’il n’existe pas de différences particulières au niveau de la langue, des institutions et des spécialisations agricoles entre ces deux pays. De ce fait, ils concluent l’existence d’un effet non expliqué à partir du moment où la marchandise traverse la frontière entre deux Etats. Par conséquent, Engel et Rogers (1996, idem) considèrent que traverser la frontière est déterminant dans la variation des prix entre ville de différents pays, elle peut augmenter considérablementrelative price volatility and that exchange rate fluctuations explain about one-third of the la volatilité des prix relatifs. Ils précisent que les fluctuations des taux de change expliquent environ un tiers de lvolatility increase.’augmentation de la volatilité.

Cet exemple est repris par nombre d’études similaires à l’instar de celle de Mc Callum (1995) et Cheung, Yin-Wong, Lai, Kon-Sun (2006). Les seconds, en réévaluant l’effet frontière trouvé par Engel et Rogers (1996, idem), montrent que, lorsque la volatilité des prix à travers la frontière est forte, l’effet frontière l’est également. Par ailleurs, Mahbub Morshed (2003) pour sa part teste la LPU dans deux pays en développement à savoir le Bangladesh et l’inde. Il constate que, la variabilité du prix d'un bien entre deux places situées chacune dans un countries (one location in Bangladesh and another in India) is significantly higher than thepays est significativement plus élevé que variability of the price of the same good at different locations in the same counla variabilité du prix de ce bien à différentes places d’un même pays. Ainsi, tout en mettant en évidence le rôle du temps, comme dans les pays développés, il constate que le franchissement de la frontière ajoute une quantité importante de fluctuation du prix de consommation price also in developing countriedans les pays en développement.

Pour Araujo et Combes (2010, op cit), en situation de concurrence imparfaite, les effets du taux de change sur les fluctuations des prix domestiques peuvent inciter les producteurs à baisser les prix. Cela pour ne pas perdre des parts de marché. Par ailleurs, lorsque ces transactions transitent par le marché de change, elles donnent lieu à des spéculations. Celles-ci affectent l’intégration des marchés des pays en voies de développement.

CONCLUSION DU CHAPITRE III

Le présent chapitre présentait le cadre analytique et évolutif du concept d’intégration des marchés. Les analyses classiques montrent qu’en situation de concurrence, les marchés sont intégrés lorsque les demandes s’égalisent avec les offres sur un marché (Walras, 1874, idem ; Marshall, 1890, idem). Cette position d’équilibre est stable et satisfait l’ensemble des agents présent sur le marché. Hecksher (1916, idem) construit un intervalle à partir des «points marchandises». Cet intervalle donne les bornes à l’intérieur desquelles, il n’y a pas échange. L’échange étant le principal instrument de réduction des disparités socio-économiques, sa réalisation est bénéfique pour l’ensemble des acteurs des régions concernées. L’introduction de l’espace dans l’analyse de l’intégration entre marchés par Enke, Samuelson, Takayama et Judge montre que, l’arbitrage permet la formation d’un marché unique de biens. Par ailleurs, les analyses de la transmission des prix (Granger, 1981, 1983 ; Engle et Granger, 1987, idem ; Ravallion, 1986, idem) ajoutent la dimension temporelle à l’analyse. Ces modèles permettent ainsi de comprendre le fonctionnement des marchés d’une part et de tester l’efficacité des ajustements de l’équilibre d’autre part. Ainsi, il est aisé de mesurer l’impact de l’arbitrage des acteurs sur l’amélioration du bien être des agents. De fait, le chapitre suivant sera une application de ces modèles sur les marchés de manioc et de plantain du Cameroun et du Gabon.

CHAPITRE IV : ANALYSE EMPIRIQUE DE L’INTEGRATION DES MARCHES DE MANIOC ET DE PLANTAIN DU CAMEROUN ET DU GABON

Le Cameroun et le Gabon constituent le principal «duo commercial» de la CEMAC avec plus de 50% du total des échanges intracommunautaires de cette région (voir tableau 12, p.). Les relations commerciales entre les deux pays concernent principalement les produits vivriers. Pourtant, la production de ces produits est soumise à des contraintes de plusieurs ordres à savoir climatiques, saisonnières, financières et technologiques. Par ailleurs, l’activité commerciale entre ces pays est particulièrement déstructurée au niveau sous régional, laissant ainsi place à la prise de pouvoir de marchés par les commerçants impliqués. Ce, d’autant plus que le différentiel de prix est arbitré. Il est question dans ce chapitre de tester l’intégration des marchés de plantain et de manioc du Gabon et du Cameroun impliquant la ville de Libreville et quelques villes Cameroun à savoir Yaoundé, Douala, Kyé-Ossi et Bafoussam d’une part, et la ville frontalière Kyé-Ossi avec Yaoundé, Douala et Bafoussam d’autre part. Pour cela les outils économétriques d’analyse de la cointégration des prix, développés par Granger (1987), sont mis à contribution. Ceux-ci permettent de mettre en évidence le degré d’intégration des marchés et le lien causal qui pourrait exister entre les paires à l’intérieur du Cameroun et entre le Cameroun et le Gabon.

De ce fait, nous effectuons une analyse économétrique de l’intégration des marchés de plantain et de manioc au Cameroun et au Gabon avant d’analyser le degré d’intégration de ces marchés.

I- MODELISATION ECONOMETRIQUE DE L’INTEGRATION SPATIALE DES MARCHES DU CAMEROUN ET DU GABON

Nous analysons la relation de long terme entre les séries de prix des paires de villes suivantes : Yaoundé, Douala, Bafoussam, Kyé-Ossi et Libreville. Cette analyse se fait au niveau régional entre Libreville et les quatre autres villes, et au niveau du Cameroun entre Kyé-Ossi et, Yaoundé, Douala et Bafoussam. Pour cela, nous suivons une méthodologie que nous détaillons dans cette partie.

I.1- MODÉLISATION DE LA TRANSMISSION DES PRIX

I.1.1- APPROCHE EMPIRIQUE DE L’ANALYSE
I.1.1.1- ANALYSE DU COMPORTEMENT DES SERIES DE PRIX

Nous allons débuter par une étude préliminaire des séries de prix. Celle-ci se fera en deux phases, la première consiste à analyser les séries de prix brutes à partir de graphes qui reflètent la tendance tout au long de la période. Par la suite, nous allons caractériser le type de dépendance temporelle dans les séries à partir du corrélogramme du prix du plantain à Libreville (PLANTLIB), du prix du plantain à Kye-Ossi (PLANTKYE), du prix du manioc à Libreville (MANLIB) et du prix du manioc à Kye-Ossi (MANKYE). Ces analyses nous permettrons de déterminer s’il y a une tendance saisonnière dans la série ou alors si les séries renferment soit un processus autorégressif (AR), soit un processus à Moyennes Mobiles (MA) ou encore les deux en même temps. A ce niveau, le corrélogramme fournit le diagramme des autocorrélations[62] et des autocorrélations partielles[63] dont le comportement renferme les renseignements sur le type de modèle à appliquer. Ainsi, lorsque pour tous les retards, les coefficients de corrélation et d’autocorrélation partielle sont différents de zéro, cela signifie que les résidus de la série ne sont pas corrélés. Cette analyse faite, nous appliquerons les méthodes de cointégration.

I.1.1.2- IDENTIFICATION DE L’ORDRE D’INTEGRATION DES PAIRES DE VILLES

Les méthodes de cointégration sont de plus en plus utilisées dans les analyses économiques des marchés agricoles. Cette technique se fonde sur quatre séries de tests économétriques. Le premier concerne les tests de cointégration qui détectent la relation de long terme entre les paires de prix. Le deuxième applique le test de causalité afin d’établir la relation de cause à effet entre les villes. Le troisième utilise les mécanismes de correction d’erreur pour déterminer à la fois la relation de long et de court terme entre les séries de prix des paires de villes. Et enfin, le dernier s’appui sur le test de symétrie pour montrer à quel rythme une baisse ainsi qu’une hausse de prix dans les villes fournisseuses affectent le comportement du prix dans les villes consommatrices. Chacun des ces tests permet de mettre en évidence les composants de la transmission et, ce faisant, de fournir des renseignements spécifiques sur la nature même de celle-ci. Mises en commun, ces techniques donnent un cadre d’évaluation de la transmission des prix et de l’intégration des marchés. Toutefois, nous nous limiterons aux trois premiers tests pour les besoins de cette étude.

Par ailleurs, nous allons suivre la méthodologie proposée par Rapsomanikis G., Hallam D.et Conforti P. (2003, 2004). Ainsi, dans un premier temps, pour chaque paire de prix, nous allons déterminer l’ordre d’intégration. Pour cela, à chaque série de prix nous appliquons les tests de racine unitaire notamment le test de Dickey-Fuller Augmenté[64] (1979) et celui de Phillips et Perron[65] (1988), le nombre de retards est donné automatiquement par Eviews 5.0. Ces tests vérifient si le paramètre ρ de la variable retardé de la série de prix est égal à 1 (H0) ou inferieur à 1 (H1). Dans le cas où le test révèle que ce coefficient est égal à 1, cela signifie que la série contient une racine unitaire donc, le prix actuel du bien sera continuellement affecté par tous les chocs économiques qui influencent le comportement de ce prix à la période directement précédente. Ainsi, l’hypothèse nulle de ces tests permet de conclure que les termes d’erreurs sont non-stationnaires puisque leurs variations ne sont pas stables dans le temps. Par contre, lorsqu’elle est rejetée, nous affirmons que les termes d’erreurs sont stationnaires. Par ailleurs, lorsque les tests de DFA et de PP sont appliqués aux séries de prix, si l’hypothèse H0 est rejetée, les séries sont dites intégrées d’ordre 0 notée I(0), car leurs termes d’erreurs sont stationnaires sans avoir à être différenciés. Et, lorsque ces tests sont appliqués aux séries de prix différenciées d’une période, le rejet de l’hypothèse H0 implique que les séries sont intégrées d’ordre 1 notée I(1).

I.1.1.3- DETECTION DE L’EXISTENCE D’UNE RELATION DE COINTEGRATION

Le résultat précédent nous permet de prime abord d’entrevoir une possible relation d’intégration entre les séries de prix. Ainsi, si les séries présentent un ordre d’intégration différent, nous en concluons que la paire de marchés n’est pas intégrée. Dans le cas contraire, si elles présentent un même ordre d’intégration notamment I(0) ou I(1), nous estimons la régression simple (relation 2 du titre suivant) entre les deux séries de prix par les moindres carrés ordinaires (MCO). Cette estimation nous permet d’extraire les résidus auxquels nous appliquons le test de DFA afin de déterminer l’ordre d’intégration du résidu. A l’issue de ce test, si l’ordre d’intégration du résidu de l’estimation est inferieur à l’ordre d’intégration commun des deux séries[66], nous concluons que la paire de prix est intégrée de cet ordre (0 ou 1).

Dans un deuxième temps, l’estimation précédente donne l’ordre d’intégration des séries, I(0) pour les paires de marchés intégrées en niveau, et I(1) pour les paires de marchés intégrées en différence première. La suite du processus d’analyse diffère selon l’ordre d’intégration des villes. Ainsi, pour les paires de villes d’ordre I(0) nous procédons à l’appréciation de la dynamique de la relation de court et de long terme au moyen du modèle autorégressif à retards échelonnés (ARE) et du modèle à correction d’erreur (MCE).

Pour les paires intégrées d’ordre I(1), nous vérifions la relation de cointégration des séries à l’aide de la méthode de Johansen (1988, 1991). Ce test est mieux adapté pour l’analyse de la relation de long terme pour des séries différenciées. Ce, à partir d’une estimation du rang et de la valeur propre maximale de la relation, ainsi que l’estimation du coefficient d’intégration qui précède le vecteur de cointégration. Nous vérifions donc l’hypothèse nulle de non-cointégration, que nous confrontons à l’hypothèse alternative d’un vecteur de cointégration. En cas de rejet de H0, nous vérifions l’hypothèse nulle de non-cointégration à partir du test de causalité de Granger (1987). Les résultats permettant d’infirmer l’hypothèse nulle de non-cointégration et indiquent que les prix affichent des mouvements similaires et que les marchés sont intégrés. Si l’hypothèse nulle de non-cointégration n’est pas infirmée, nous en concluons que les marchés ne sont pas intégrés et/ou que nous sommes dans l’incapacité de conclure que la transmission des prix le long de la chaîne d’approvisionnement est complète. Par la suite, si les tests révèlent que les séries de prix sont cointégrées, nous portons notre attention sur le modèle à correction d’erreur, sous la forme d’un modèle vectoriel à correction d’erreur.

En dernier lieu, nous terminons en testant la causalité de Granger entre toutes les paires de villes, qu’elles soient intégrées I(0) et I(1) ou pas, dans le cadre d’une autorégression vectorielle (VAR). Ce test permet de déterminer la dynamique à court terme, la vitesse d’ajustement et la direction de la causalité de Granger à court ou à long terme, selon les principes de Granger (1969, 1988).

Par ailleurs, la méthode d'estimation qui sera utilisée est la méthode des moindres carrés ordinaires. Celle-ci se fera à l'aide du logiciel Eviews 5. La validation économique est faite sur la base des signes prévus tandis que la validation statistique de la qualité globale des modèles est appréciée par le coefficient de détermination (R2)[67] des modèles et par le test de Fisher. La validation statistique de la qualité individuelle des variables sera appréciée par la probabilité associée à chaque variable. En effet, la significativité de chacune des variables explicatives est déterminée par la lecture des probabilités critiques qui seront inférieures à 5% ou les « t-Statistic » qui seront supérieurs à la valeur correspondante dans la table statistique. Quant à la significativité globale du modèle, elle est déterminée à travers la valeur « F-Statistic » qui doit être inférieure à 5%. Enfin, nous discutons des résultats et formulons des observations sur la nature de la transmission générale des prix et de l’intégration des marchés. Le processus ainsi décrit nous permettra d’effectuer l’estimation du modèle d’intégration des marchés de manioc et de plantain entre le Cameroun et le Gabon.

I.1.2- SPECIFICATION DU MODELE UTILISE

Le modèle que nous utilisons s’inspire du modèle standard de transmission spatiale de prix basé sur des corrélations entre paires de marchés d’Engle et Granger (1987). Soit le modèle de cointégration suivant :

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Avec , , les paramètres de la relation représentant respectivement la constante, le coefficient d’intégration simple et le coefficient lié au temps. Pour chaque bien analysé, notamment le manioc et le plantain, représente le prix réel dans la ville de commercialisation j au temps t, et représente le prix réel dans la ville d’approvisionnement i à la date t. T, pour sa part, représente le coût de transport nécessaire pour déplacer une unité de bien entre les deux villes et le terme d’erreur. La détermination des coûts de transport le long de la période d’étude est difficile. Nous aurions pu introduire comme mesure alternative des coûts de transport, la densité routière entre les paires de ville. Celle-ci étant la moyenne de la densité routière des différentes villes traversées par l’axe routier qui lie les villes de la paire. La densité routière étant le rapport entre la longueur de la route et la population de la ville traversée. Nous ne disposions pas d’informations sur l’évolution de la population pour les villes au Gabon, nous considérons que les coûts de transport sont absorbés par le terme d’erreur.

En outre, nous n’introduisons pas une variable muette pour mesurer l’impact du corridor Yaoundé-Libreville dans l’analyse. Celui-ci intervient en 2005, or nous disposons des données sur les prix entre Janvier 2007 et Mars 2013. Par ailleurs, les échanges entre Libreville et les villes au Cameroun se déroulent sous le cadre règlementaire de la CEMAC. Ce dernier institue le passeport CEMAC dont l’utilisation est effective depuis juillet 2008. De ce fait, nous aurions pu introduire dans l’analyse une variable muette CEMAC qui prendrait la valeur 0 entre Janvier 2007 à juin 2008 et la valeur 1 à partir de juillet 2008. Nous choisissons d’analyser l’impact de cet instrument commercial en comparant le degré d’intégration des marchés domestiques camerounais entre eux, avec leur degré d’intégration avec la ville de Libreville. Cette comparaison nous permettra donc d’établir l’existence ou pas d’un effet frontière. Ainsi, le modèle (1) devient :

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Cette relation nous permettra de vérifier l’existence d’une cointégration entre les deux villes, pour cela il faudra que les prix et aient le même ordre d’intégration (Engle et Granger, 1987, idem). Lorsque les résidus sont stationnaires, les prix sont dits cointégrés. Même lorsque l’ordre d’intégration est de 1, d’après le modèle de Granger, la relation entre les séries peut se prêter à un modèle vectoriel à correction d’erreur. Le théorème de représentation de Granger (Engle et Granger, 1987, idem) permet d’écrire le modèle autorégressif à retards échelonnés sous la forme suivante :

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Avec et les prix de la période précédente respectivement du marché consommateur j et du marché fournisseur i. Et , , , les paramètres de la relation à estimer permettant de déterminer la relation entre le prix actuel de consommation et les autres variables de prix associées. Par ailleurs, après l’introduction de la variation par rapport à la valeur retardée, nous obtenons la relation suivante :

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et sont les variations respectives des prix et avec leurs variables retardées d’une période, est l’erreur, le coefficient de cointégration, le vecteur de cointégration, le terme constant de la relation.

Ces modèles permettent d’analyser les informations contenues dans les séries de prix présentées dans la partie suivant.

I.2- ANALYSE DES DONNEES SUR LES PRIX

I.2.1- DESCRIPTION DES DONNEES UTILISEES

Les prix sur les marchés vivriers en Afrique Centrale en général, du Cameroun et du Gabon en particulier sont des données particulièrement instables et difficilement prévisibles (graphes 7 et 8). En effet, quel que soit le marché, le prix du manioc et du plantain sont volatiles dans le temps.

Graphe 7: Prix moyen mensuel en valeur réelle du plantain sur les marchés de Douala, Yaoundé, Bafoussam, Kyé-Ossi au Cameroun et Libreville au Gabon.

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Source : Construit par l’auteur à partir des données obtenues sur www.fao.org/giews/pricetool (2013), et au MINADER pour les prix à Kyé-Ossi 2007-2013

Nous remarquons la présence d’une saisonnalité[68] à en juger par l’évolution du prix du plantain. Celle-ci laisse entrevoir des pics durant la période couvrant la fin du premier semestre de chaque année jusqu'à la fin du second semestre dans chaque ville. Par exemple, les prix du plantain sont de 105 FCFA, 96 FCFA, 109 FCFA, 101 FCFA, 112 FCFA, 114 FCFA, respectivement de 2007 à 2012 (graphe 7). Ces prix peuvent s’expliquer par le fait qu’au cours de ces périodes les productions sont assez faibles dans les zones de production Camerounaises de plantain. Néanmoins, les marchés semblent entretenir une relation de long terme, puisque les séries de prix évoluent de manière similaire (graphe 7).

Graphe 8: Prix moyen mensuel en valeur réelle du manioc sur les marchés de Douala, Yaoundé, Kyé-Ossi au Cameroun et Libreville au Gabon.

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Source : Construit par l’auteur à partir des données obtenues sur www.fao.org/giews/pricetool (2013), et au MINADER pour les prix à Kyé-Ossi 2007-2013

Nous constatons également la présence d’une saisonnalité au regard de l’évolution du prix de ces biens. En effet, durant la période couvrant la fin du premier semestre de chaque année jusqu'à la fin du second semestre dans chaque ville, le prix du manioc à Yaoundé atteint ainsi le pic de 132 FCFA, 118 FCFA, 114 FCFA, 142 FCFA, 131 FCFA, et 137 FCFA respectivement pour les années allant de 2007 à 2012. Par ailleurs, les séries semblent ne pas être stationnaires, car l’évolution du prix réel du manioc révèle une instabilité des prix sur l’ensemble de la période pour tous les marchés étudiés. De même, nous ne décelons pas une relation de long terme entre les marchés de manioc, car le prix du manioc ne laisse pas entrevoir une similarité du comportement du prix du manioc sur les différents marchés (graphe 8).

Par ailleurs, l’analyse du corrélogramme montre le caractère aléatoire des séries puisque les autocorrélations ont des probabilités proches de zéro (voir annexe 7 ; p .131). Et même lorsqu’elles s’en écartent, cela est négligeable. De même, la présence de pic dans le corrélogramme (voir annexes 5 et 6 ; pp.129-130), révèle que les séries de plantain et de manioc renferment un effet saisonnier. De ce fait, nous allons transformer les séries en séries logarithmiques afin d’isoler cet effet. En outre, bien qu’il y ait ces variations, le graphe des autocorrélations montrent que celles-ci décroissent rapidement au fur et à mesure que le retard augmente à partir du premier retard. Cela dénote de la présence d’un processus aléatoire d’ordre 1. Tandis que, l’autocorrélation partielle oscille, avec des écarts minimes, autour de zéro à partir du premier décalage également. De fait, nous pouvons appliquer à ces séries un modèle autorégressif d’ordre 1.

De manière générale, le prix du manioc et de la banane-plantain sont restés considérablement élevés sur toute la période de 2007 à Mars 2013 au niveau de Libreville, laissant percevoir l’écart entre le prix à Libreville et celui dans les villes du Cameroun, et justifiant ainsi l’arbitrage entre ces deux pays.

I.2.2- ANALYSE DE LA STATIONNARITE DES SERIES DE PRIX

Nous avons appliqué les tests de Dickey-Fuller Augmenté (DFA) et de Phillip Perron (PP) aux séries de prix de l’ensemble des villes soumises à cette étude pour atteindre les résultats escomptés (tableaux 16 et 18). Le test DFA est réalisé en incluant 11 termes retardés des variables différenciées de la régression. Nous utilisons également le critère d’information d’Akaike (CIA) pour sélectionner la durée de retard adéquate. Les statistiques des tests DFA obtenues correspondent à la régression qui a maximalisé le CIA.

Le tableau 16 fournit les résultats des tests de racine unitaire de DFA et de Phillip-Perron appliqués aux séries de prix de plantain sur l’ensemble des villes étudiées. Sur la base à la fois des tests DFA et des tests PP, avec et sans tendance déterministe, nous constatons que le coefficient ρ estimé pour chaque ville est significatif en niveau au seuil de 5%. Cela permet de dire que les séries de ces villes ne contiennent pas de racine unitaire. De ce fait, nous infirmons l’hypothèse nulle de non stationnarité. Ainsi, les séries de prix pratiqués à Bafoussam, à Douala, à Yaoundé et à Kyé-Ossi (Cameroun), ainsi qu’à Libreville (Gabon) sont stationnaires. De fait, les séries de prix de ces villes sont I(0). A partir de ces résultats, nous n’avons pas suffisamment d’éléments pour affirmer que les paires de marchés de plantain sont intégrées.

Tableau 16 : Tests des racines unitaires pour les prix du plantain

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Source : Auteur à partir d’Eviews 5.0

Tableau 17: Valeurs critiques de Student

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Source : Eviews 5.0

Nous appliquons également les mêmes tests aux séries de prix de manioc pour quatre villes Douala, Yaoundé, Kyé-Ossi et Libreville. En appliquant les mêmes conditions que celles soumises aux séries de prix de plantain, le tableau 17 indique l’absence de racine unitaire pour les séries de chaque ville. Nous rejetons ainsi l’hypothèse nulle de non stationnarité pour l’ensemble des villes en se référant à la fois aux tests de Dickey-Fuller augmenté et des tests de Phillips et Perron, avec et sans tendance déterministe. Cela implique que les séries de prix sont intégrées d’ordre 0 (soit I(0)).

Tableau 18 : Tests des racines unitaires pour les prix du marché de manioc

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Source : Auteur à partir d’Eviews 5.0

Comme pour le plantain, ce résultat ne suffit pas pour affirmer la présence d’une relation d’intégration entre les marchés. Ainsi, l’intégration des marchés sera vérifiée en appliquant le test DFA sur les résidus de l’estimation de la relation de cointégration simple (2) par les MCO (voir tableau 19 ci-dessous).

Tableau 19: Estimation de la relation (2) de cointégration entre les paires de villes pour les marchés de plantain et de manioc

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Source : Auteur à partir d’Eviews 5.0

L’estimation de la relation (2) donné plus haut par , révèle pour le plantain (tableau 19) que le coefficient ci estimé est significatif pour toutes les paires de villes échangeant le plantain et le manioc à l’exception des paires Libreville- Kyé-Ossi, Kyé-Ossi-Yaoundé pour le plantain et Kyé-Ossi-Yaoundé pour le manioc. Ces résultats montrent qu’à long terme une variation des prix à la hausse sur les marchés de manioc de Yaoundé, de Douala et de Kyé-Ossi se traduit par une variation des prix sur les marchés de consommation à Libreville. Pareillement, une variation de prix du manioc à Douala a une incidence sur les prix du manioc à Kyé-Ossi. De même, pour le plantain, les prix à Libreville subissent les fluctuations du prix à Bafoussam, à Yaoundé et à Douala, et ceux de Kyé-Ossi subissent les chocs qui affectent Bafoussam et Douala. Cette estimation permet d’entrevoir le lien pouvant exister entre les séries de prix. L’analyse de la relation de long terme entre les termes d’erreurs nous permettra de confirmer cette relation. De fait, nous appliquons le test de DFA sur les résidus extraits de cette estimation afin de détecter la présence d’une intégration entre les marchés.

Tableau 20: Test de Dickey Fuller Augmenté appliqué aux résidus issus de la relation (2)

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Le tableau 20 applique le test de DFA aux résidus, issus de l’estimation par les MCO de la relation de cointégration (2). Il montre que l’hypothèse nulle de non-cointégration est rejetée en niveau pour les résidus des paires de villes de Libreville-Yaoundé, Libreville-Douala, Libreville-Kyé-Ossi, Kyé-Ossi-Yaoundé et de Kyé-Ossi- Douala en ce qui concerne le marchés du manioc et, Libreville-Bafoussam, Libreville-Yaoundé, Libreville-Douala, Kyé-Ossi-Yaoundé, Kyé-Ossi-Douala, et Kyé-Ossi- Bafoussam pour ce qui est du plantain. En effet, le test DFA montre que les résidus de ces paires de villes sont intégrés d’ordre 0. Cet ordre d’intégration se trouve égal à celui des séries individuelles. De ce fait, nous pouvons dire que les prix observés dans les villes formant chacune de ces paires sont intégrés d’un ordre égal à 0. Seule la paire de marché Libreville-Kyé-Ossi n’est pas intégrée car son résidu est stationnaire en différence première et donc intégré d’ordre 1. Cet ordre est supérieur à l’ordre d’intégration des séries de prix individuelles de cette paire. De ce fait nous allons uniquement analyser la relation de cause à effet entre les deux villes à l’aide du test de causalité de Granger.

Étant donné que les paires de villes citées ci-dessus sont intégrées, nous pouvons donc caractériser le type de relation d’intégration qui les lie dans les parties suivantes.

II- ANALYSE DU DEGRE D’INTEGRATION REGIONALE ENTRE LES MARCHES DE PLANTAIN ET DE MANIOC

II.1- CARACTERISATION DE LA RELATION DE COURT ET DE LONG TERME ENTRE LES PAIRES DE VILLES

II.1.1- DETERMINATION DU RETARD OPTIMAL

L’analyse de la relation de cointégration de court et de long terme entre les séries de prix est déterminée par le modèle autorégressif de la relation (3). Pour cela, nous déterminons dans un premier temps le retard optimal. Ainsi, nous estimons successivement un modèle autorégressif simple avec 0, 1, 2, 3, 4 retards, et nous sélectionnons le retard qui minimise le Critère d’information Akaike (CIA) et le Critère Schwarz (CS). Par exemple, pour le cas de la paire de villes Yaoundé-Libreville (Tableau 21), nous trouvons que les deux critères sont minimisés pour un retard optimal égal à 1. Ces résultats confirment les résultats obtenus lors de l’analyse du corrélogramme des séries de prix (voir titre I.2.1).

Tableau 21: Choix du retard optimal pour la paire Yaoundé-Libreville

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Les valeurs en gras correspondent aux valeurs minimales respectives de chaque critère.

Source : Auteur à partir d’Eviews 5.0

En appliquant la même procédure à l’ensemble des paires de villes pour le plantain et le manioc, nous obtenons également p = 1 comme valeur optimale du retard (voir annexe 4). Ainsi, la mémoire des séries se limite à la valeur de période précédente. Ce résultat nous permet d’estimer, dans la suite de l’étude, un modèle autorégressif en intégrant un (1) retard dans les analyses.

II.1.2- LIEN ENTRE PRIX ACTUEL ET PRIX PASSE DANS LES VILLES DE CONSOMMATION

Les résultats de l’estimation du modèle autorégressif à retards échelonnés sont fournis par les tableaux 22 et 23. Le tableau 22 révèle que pour toutes les paires de villes, le paramètre de la valeur retardée d’une période du prix du plantain sur les marchés de consommation à Libreville et à Kyé-Ossi est significatif au seuil de 5%. Cela signifie que, la détermination du prix sur les marchés de plantain de ces villes dépend significativement du prix pratiqué le mois précédent dans ces villes. En d’autres termes, les commerçants, qui fournissent les villes de Kyé-Ossi et de Libreville, fixent le prix actuel du plantain en fonction du prix qui prévalait le mois dernier sur le marché. Par ailleurs, la significativité du paramètre du prix du plantain à Douala montre que ce dernier explique également le prix du plantain pratiqué à Libreville. De fait, toute baisse de prix de 1% à Douala se répercute par une baisse de 34,4% du prix à Libreville.

Tableau 22: Résultats de l’estimation du modèle ARE appliqué aux séries de prix de plantain

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En parenthèses l’erreur standard et en crochet la statistique de Student des coefficients estimés, notons qu’au seuil de 5%, la valeur critique de la statistique de Student est tlu= 1,95, * pour les paramètres significatifs à ce seuil.

Source : Auteur à partir d’Eviews 5.0

Pour ce qui est du comportement du manioc sur les marchés de consommation, le tableau 23 révèle également que pour toutes les paires de villes, les coefficients des valeurs retardées des prix observés dans les villes de consommation de Libreville et de Kyé-Ossi sont significatifs au seuil de 5%. Ainsi, le prix actuel sur ces marchés de consommation dépend essentiellement de sa valeur au cours du mois précédent. Tout comme pour le plantain, les commerçants ont la possibilité d’anticiper sur le prix futur du manioc dans les villes de consommation pour le Gabon, ce, à partir de sa valeur actuelle dans ces villes. Par ailleurs, les coefficients affectés au prix actuel du manioc dans les villes d’approvisionnement ne sont pas significatifs au seuil de 5%. Par conséquent, les prix au sein des villes de ravitaillement ne se transmettent donc pas sur les marchés de consommation.

Tableau 23: Résultats de l’estimation du modèle ARE appliqué aux séries de prix de manioc

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En parenthèses l’erreur standard et en crochet la statistique de Student des coefficients estimés, notons qu’au seuil de 5%, la valeur critique de la statistique de Student est tlu= 1,95, * pour les paramètres significatifs à ce seuil.

Source : Auteur à partir d’Eviews 5.0

L’estimation du modèle ARE nous a permis d’établir que le prix pratiqué dans les villes, tant au niveau régional qu’au niveau frontalier, dépend du prix antérieurement pratiqué dans cette ville. Cette situation s’explique en partie par l’incapacité de la production Camerounaise à couvrir à la fois la demande domestique et celle Gabonaise, qui sont sans cesse croissantes. Par ailleurs, les marchés de plantain et de manioc de ces deux pays sont fortement « intermédiés » ce, en partie à cause du faible accès des producteurs ruraux aux marchés Gabonais. Cela dénote du pouvoir de marché des commerçants sur ces marchés.

II.1.3- LA RELATION DE COURT ET DE LONG TERME ENTRE LES PAIRES DE VILLES

L’estimation du modèle à correction d’erreur de la relation (4) permet d’établir la relation de court terme et de long terme entre les villes. Ainsi, l’estimation de la relation de court terme, pour les marchés de plantain, indique que le coefficient associé à la valeur retardé du prix pratiqué dans les villes de Douala et Yaoundé est significatif au seuil critique de 5% pour les paires de villes Libreville-Yaoundé, Libreville-Douala, Libreville-Bafoussam (le tableau 24, p. 90). En d’autres termes, pour chaque paire, la variation du prix du plantain à Libreville dépend du prix du plantain pratiqué le mois dernier dans les villes de Douala et Yaoundé. Cela s’explique par le fait que les prix sur les marchés de ces deux villes sont compétitifs. En effet, ces villes se situent à proximité des grandes zones de production de plantains notamment le centre et le littoral (voir Annexe 3). Par contre, la ville de Bafoussam n’en fait pas partir. De plus le signe négatif de ce paramètre indique qu’une baisse du prix de plantain de 1% à Yaoundé et Douala se traduit par une hausse dans la ville de Libreville. Cette hausse est proportionnelle au degré d’intégration de court terme entre les villes, soit 49,8% par rapport à Yaoundé et 81,8% par rapport à Douala. Cela peut s’expliquer par le fait que le Gabon est un importateur net de plantain et de manioc en provenance des marchés au Cameroun. Par ailleurs, pour la ville de consommation de Kyé-Ossi, elle n’entretient aucune relation de court terme avec les autres villes au Cameroun. Cela peut s’expliquer par le fait que cette ville est directement fournie par les grandes villes de production du plantain de la région du sud Cameroun ainsi que les localités environnantes.

Par ailleurs, l’estimation de la relation de long terme montre que, le coefficient de cointégration est significatif au seuil de 5% pour toutes les paires de villes (le tableau 24, p. 90). De ce fait, les marchés de consommation de plantains de Libreville et Kyé-Ossi entretiennent une relation de long terme avec ceux d’approvisionnement de Douala, de Yaoundé et de Bafoussam. Ainsi, le comportement des prix dans les deux villes est étroitement lié. Par ailleurs, la significativité du paramètre de la différence première du prix de plantain à Bafoussam montre que, l’écart de prix entre deux périodes successives (deux mois successifs) à Bafoussam affecte l’écart de prix entre deux périodes successives à Libreville.

Tableau 24 : Estimation du modèle à correction d’erreur pour les séries de prix de plantain

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En parenthèses l’erreur standard et en crochet la statistique de Student des coefficients estimés, notons qu’au seuil de 5%, la valeur critique de la statistique de Student est tlu= 1,95, * pour les paramètres significatifs à ce seuil. Source : Auteur à partir d’Eviews 5.0

De même, pour les paires de villes de manioc, l’estimation de la relation de court terme pour les paires de villes Libreville-Yaoundé, Libreville-Douala, Libreville-Kyé-Ossi, montre que le coefficient associé à la valeur retardé du prix pratiqué dans les villes de Douala, Kyé-Ossi et Yaoundé est significatif au seuil critique de 5% (tableau 25 ci-dessous). Par ailleurs, ce coefficient est négatif. Cela signifie qu’une baisse de prix de l’ordre de 1% à Douala, Kyé-Ossi et Yaoundé, se traduit par une hausse de prix à Libreville. En effet, tout comme pour le plantain, ces villes se situent a proximité des grandes zones de production de manioc notamment le centre et le littoral (voir Annexe 3). Kyé-Ossi n’entretient aucune relation de court terme ni avec Douala ni avec Yaoundé, car les coefficients de ces derniers ne sont pas significatifs.

Tableau 25: Estimation du modèle à correction pour les séries de prix de manioc

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En parenthèses l’erreur standard et en crochet la statistique de Student des coefficients estimés, notons qu’au seuil de 5%, la valeur critique de la statistique de Student est tlu= 1,95, * pour les paramètres significatifs à ce seuil.

Source : Auteur à partir d’Eviews 5.0

En outre, l’analyse de la relation de long terme pour le manioc (tableau 25 ci-dessus) révèle qu’au seuil de 5% les paires de villes Libreville-Douala, Libreville-Kyé-Ossi, Kyé-Ossi-Yaoundé, Kyé-Ossi-Douala ont un coefficient de cointégration significativement négatif. Ainsi, elles entretiennent chacune une relation d’intégration. Par conséquent, la transmission de prix entre les marchés de manioc de ces paires de villes est effective. Seule la paire de villes Libreville-Yaoundé n’est pas cointégrée. Cela s’explique par le fait que, les cosettes de manioc ne soient pas véritablement arbitrées par les commerçants. Ceux-ci exportent généralement ses produits dérivés.

Réciproquement, le tableau 26 montre que les villes de consommation ont une incidence négligeable sur le comportement des prix pratiqués dans les villes d’approvisionnement. En effet pour le plantain, le coefficient de cointégration est significativement négatif au seuil de 5% pour la paire de villes Libreville-Bafoussam. A long terme, le prix pratiqué dans la ville de Libreville se répercute à Bafoussam. Dans cette ville, les disponibilités alimentaires dépendent des volumes arbitrés dans la ville de Libreville. Ce résultat indique que, lorsque le prix baisse de 1% à Libreville, en d’autre termes lorsque les quantités arbitrées augmentent, le prix du plantain à Bafoussam augmentent de 6,8% car les quantités disponibles pour la population de cette ville baisse. Pour ce qui est du manioc, le coefficient de cointégration est significativement négatif au seuil de 5% pour la paire de villes Kyé-Ossi-Douala. Ainsi, le prix pratiqué dans la ville de Kyé-Ossi se répercute à Douala. Cela implique que, les quantités arbitrées sur les villes de consommation affectent les disponibilités de plantain pour la population de la ville de Douala au Cameroun. Quant aux paires de villes Libreville-Douala pour le plantain ; Libreville-Yaoundé, Libreville-Douala, Libreville- Kyé-Ossi, Kyé-Ossi-Yaoundé pour le manioc, la relation d’intégration réciproque de long terme est rejetée car le coefficient de cointégration est positif. Au sens économique, cette relation est difficilement explicable.

Tableau 26: Transmission de prix à long termes des villes de consommation sur les villes de ravitaillement

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En parenthèses l’erreur standard et en crochet la statistique de Student des coefficients estimés, notons qu’au seuil de 5%, la valeur critique de la statistique de Student est tlu= 1,95, * pour les paramètres significatifs à ce seuil.

Source : Auteur à partir d’Eviews 5.0

Par ailleurs, les grandes villes, notamment Douala et Yaoundé, jouent un rôle majeur dans la transmission des prix à court et à long terme. Celles-ci détiennent les degrés d’intégration à long et à court terme les plus élevés avec les villes de consommation de Libreville et de Kyé-Ossi. A court terme, les prix du plantain observés à Douala se répercutent immédiatement à la période suivante dans les villes de Libreville et de Kyé-Ossi. Tandis que le prix du manioc à Yaoundé se transmet à court terme à Libreville. A long terme, les marchés de plantain des villes de Libreville et de Kyé-Ossi entretiennent une relation de cointégration forte respectivement avec les villes de Yaoundé et de Douala, tandis que ceux du manioc entretiennent cette relation respectivement avec les villes de Kyé-Ossi et de Douala. Dans ce contexte, les chocs de prix ne se répercutent pas entre ces villes. En supplément à ces analyses, nous allons déterminer la direction de la causalité entre les paires de marchés, dans la partie suivante, à partir des résultats du test de causalité de Granger.

II.1.4- ETABLISSEMENT DU LIEN CAUSAL ENTRE DIFFERENTES VILLES

Le test de causalité de Granger permet de comprendre à quel point la valeur actuelle du prix appliqué sur les marchés d’approvisionnement, peut être expliquée à partir de ses valeurs passées. Et comment, en ajoutant le même nombre de retard optimal à sa variable explicative, le lien entre ces variables peut être établi. Nous introduisons dans l’analyse un terme retardé afin de tester l’hypothèse nulle de Granger. Notons que nous rejetterons l’hypothèse nulle lorsque la probabilité est inferieure au seuil critique de 10%, soit une probabilité de 0,10%.

Ainsi, le résultat du test de causalité sur les séries de prix de plantain des paires de villes (voir tableau 27, p.94), montre que la relation de causalité est unidirectionnelle pour deux paires de marchés à savoir :

- Le prix du plantain à Douala cause au sens de Granger le prix du plantain à Kyé-Ossi,
- Le prix du plantain à Yaoundé cause au sens de Granger le prix du plantain à Libreville,

En d’autres termes, les prix du plantain à Yaoundé ont une incidence certaine sur le comportement du prix du plantain à Libreville. De même, le prix du plantain à Douala influence le comportement du prix du plantain à Kyé-Ossi. Cette ville frontalière subit les chocs qui affectent les prix à Douala tandis que les marchés de plantain à Libreville sont étroitement liés au marché de plantain de Yaoundé. Ce résultat confirme ceux issus de l’estimation du MCE. En effet, celle-ci montre que les villes de Libreville et de Kyé-Ossi entretiennent une relation de cointégration forte respectivement avec les villes de Yaoundé et Douala. Bien qu’à court terme, ce soit le niveau de prix observé dans la ville de Douala qui se transmette le plus dans ces villes. Pour ce qui est des autres marchés, il n’existe pas une relation de causalité au sens de Granger puisque l’hypothèse nulle du test est acceptée.

Tableau 27: Test de causalité de Granger appliqué aux marchés de plantain

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Source : Auteur à partir d’Eviews 5.0

Par ailleurs, le même test, appliqué aux séries de prix des marchés de manioc (voir tableau 28, p.95), détecte une relation de causalité au sens de Granger notamment, celle impliquant que, le prix du manioc à Libreville cause au sens de Granger le prix du manioc à Yaoundé. Ainsi, bien qu’il n’y ait pas d’échange direct de manioc de Yaoundé en direction de Libreville, les chocs observés dans cette ville se transmettent sur le prix du manioc à Yaoundé. Ce résultat renforce ce que nous avons déjà obtenu comme résultat. En effet, à court terme, le prix du manioc à Libreville dépend du prix à la période précédente à Yaoundé, tandis qu’à long terme, Libreville est cointégré à Kyé-Ossi. Cela peut-être expliqué par le fait que le manioc produit au Cameroun, se vend au Gabon sous ses formes dérivés en circuit long, et sous forme de cosette en circuit court à proximité de la frontière ou de la zone frontalière vers le Gabon. Ainsi, l’offre du Cameroun intègre la demande de cosette pour les besoins de consommation sur les marchés domestiques ainsi que la demande pour la transformation.

Tableau 28: Test de causalité de Granger appliqué aux marchés de manioc

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Source : Auteur à partir d’Eviews 5.0

Ainsi il existe une relation de cause unidirectionnelle entre les marchés.

II.2- ANALYSE DE L’INCIDENCE DE L’ARBITRAGE ENTRE LE CAMEROUN ET LE GABON SUR LA STRUCTURE DES MARCHES

Les analyses économétriques faites plus haut ont permis d’établir le degré de la relation de court et de long terme entre les paires de villes pour les marchés de plantain et de manioc. Nous analysons ces résultats par rapport au comportement de l’offre et de la demande.

II.2.1- INEFFICIENCE DES MARCHES DE MANIOC ET DE PLANTAIN

Dans l’analyse économique classique, un marché est dit efficient lorsque, le prix sur ce marché reflète complètement l’information disponible sur ce marché. Cette situation étant quasi improbable, les marges des commerçants ne devraient pas être exorbitantes. Le tableau 29 montre qu’à court terme, les prix sur les marchés de plantain de Libreville sont anticipés à plus de 55% par rapport aux prix observés dans les villes de Yaoundé, de Douala et de Bafoussam. En effet, sur les marchés de consommation, le prix actuel dépend du prix passé autant pour le plantain que pour le manioc. Ainsi, les commerçants peuvent donc s’en servir pour anticiper le prix futur. En d’autres termes, le prix passé sert de référentiel aux commerçants pour la fixation du prix sur les marchés en fonction de la conjoncture (offre, demande et concurrence). Par ailleurs, les marchés à Libreville sont plus anticipés que ceux à Kyé-Ossi. Ces derniers sont anticipés à moins de 50%. Tandis que, pour les marchés de manioc, les taux d’anticipation dépassent 70% entre les villes du Cameroun et la ville frontalière Kyé-Ossi tandis qu’avec Libreville, ils varient entre 51,5% et 73,5%. Ces degrés d’arbitrage s’expliquent par le fait que le manioc est moins arbitré que le plantain. En effet, lorsque les marchés sont fortement arbitrés, les marchés tendent vers une situation de concurrence. Cela accroit l’intégration entre les marchés.

Tableau 29 : Récapitulatif des résultats des estimations

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Source : Auteur à partir d’Eviews 5.0

Ces résultats reflètent le pouvoir de marché détenu par les commerçants sur les marchés de manioc et de plantain. Ceux-ci constituent le lien entre marchés de production et marchés de consommation. En effet, Les marchés de production sont cloisonnés et isolés des marchés de gros et de consommation de Libreville et de Kyé-Ossi. L’information y circule très peu car, les producteurs ont peu accès à l’information sur les marchés de gros et de consommation. De ce fait, leur seul lien avec ces marchés sont les commerçants. Ces derniers fixent ainsi les prix et les modalités de paiement à la fois en amont à leurs fournisseurs des marchés de production et en aval à leurs clients des marchés de consommation (voir schéma 2).

Schéma 2: Structure des flux entre le Cameroun et le Gabon sur les marchés de manioc et de plantain.

Marchés de production Marché de gros Marchés de consommation

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Flux d’informations Flux de manioc et de plantain

Source : Auteur.

Ainsi, fort de leur position, ils n’accueillent pas à bras ouvert l’effectivité de la libre circulation annoncée par la CEMAC à travers l’Acte Additionnel N° 01/13-CEMAC-070 U-CCE-SE du 25 juin 2013, portant suppression de Visa pour tous les ressortissants de la CEMAC circulant dans l’espace communautaire. Le tableau 30 montre que pour 32.6% des commerçants, soit 16 individus, elle va accroitre la concurrence. Dans ce contexte leur pouvoir oligopolistique sera entaché par une concurrence plus intense. Pour 63.3% soit 32 individus, elle n’a aucun intérêt autant pour leur activité que pour les Gabonais si elle n’est pas bâtie sur des bases solides. En d’autres termes sur une volonté véritable des autorités nationales ainsi que de leur population.

Tableau 30: Intérêt de la libre circulation

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Source : Auteur à partir des données de l’enquête

Par ailleurs, Le tableau 31 détaille la répartition des charges de transfert d’un Kg de plantain telle que donnée par Nkendah et al (2012, idem). Celui-ci révèle que le coût du transfert des produits représente 22% du prix de vente au Gabon. De même, l’enquête menée montre que le prix du plantain dans les zones de forte production (soit les régions du centre et du Sud) varie entre 1300 et 1500 FCFA le régime de 12,5 Kg. En outre, le transfert de ce même régime de ces zones pour Libreville est évalue par les acteurs à environ 2000 FCFA. A Libreville, le prix de ce régime varie entre 7200 et 7500 FCFA. Il se dégage donc de la vente de ce régime un profit allant de 3900 et 4000 FCFA. Soit une marge de 82,5% de la valeur du coût marginal de ce régime.

Tableau 31: Répartition des charges de commercialisation pour un Kg de plantain au Gabon.

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Source : Nkendah et al (2012, idem)

Ainsi les commerçants ont la possibilité d’arbitrer sur plus de 75% du prix de vente du manioc et du plantain. Ce qui représente le niveau minimal de sa marge bénéficiaire. Ainsi, l’imperfection de ces marchés permet aux commerçants d’avoir des revenus après vente importants.

II.2.2- AJUSTEMENT DE LA DEMANDE DOMESTIQUE A LA REDUCTION PARTIELLE DE LA VARIABILITE DES PRIX

L’estimation des modèles de cointégration nous révèle le degré d’intégration des marchés de plantain d’une part et de manioc d’autre part (condensée dans le tableau 29, p.96). Pour les marchés de manioc, le degré d’intégration est de 18% pour la paire Libreville-Douala, 28,9% pour la paire Libreville-Kyé-Ossi, 28,6% pour la paire Kyé-Ossi-Yaoundé et 29,2% pour la paire Kyé-Ossi-Douala. Ce faible degré d’intégration s’explique par le fait que, ce marché est faiblement arbitré par les commerçants. Par contre, pour les marchés de plantain ce degré est relativement plus élevé. Il est de 35,2%, 43,6% et 51,9% respectivement pour les paires de villes Libreville-Bafoussam, Libreville-Douala, Libreville-Yaoundé. Tandis que pour les paires Kyé-Ossi-Yaoundé, Kyé-Ossi-Douala, et Kyé-Ossi-Bafoussam, ce degré est respectivement de 54,5%, 61,1% et 56,3%. En outre, les villes du Cameroun sont plus intégrées à la ville de Kyé-Ossi qu’avec la ville de Libreville au Gabon. Cela dénote de la présence des contraintes à l’entrée du Gabon. Nous pouvons dire qu’en général, le degré d’intégration des villes dépend de l’ampleur de l’arbitrage des commerçants entre elles.

L’existence d’une intégration de long terme entre les villes implique que l’équilibre au Gabon soit assez stable. En effet, le signe négatif devant le degré d’intégration entre les villes représente la force de rappel qui ramène le prix dans chacune des villes vers la position d’équilibre spatial. Le degré d’intégration des villes détermine la quantité d’informations captée des villes d’approvisionnement et prise en compte dans la formation du prix à Libreville. Ainsi, la formation du prix à Libreville, et au Gabon en générale, n’est plus soumise aux seules variations de l’offre domestique de manioc et de plantain du Gabon. De ce fait, le prix dans cette ville intègre les chocs qui affectent l’offre de manioc et de plantain du Cameroun. Ainsi, bien que le Gabon produise ces deux denrées alimentaires, les prix pratiqués dans les villes au Cameroun jouent un rôle important au Gabon.

Par ailleurs, à court terme il existe également une relation d’intégration. le signe négatif devant le degré d’intégration de court terme montre que toute baisse du prix du plantain ou du manioc dans les villes fournisseuses du Cameroun se traduit par une hausse du prix à Libreville et à Kyé-Ossi. Cette hausse est proportionnelle au degré d’intégration entre les villes arbitrées. Par exemple, pour la paire de ville Yaoundé-Libreville, une baisse du prix du plantain de 1% à Yaoundé se répercute par une hausse du prix du plantain de 49,8% à Libreville. En effet, lorsque le prix baisse à Yaoundé, cela signifie que sa population a accès à plus de plantain. Ce mouvement de la courbe d’offre domestique à Yaoundé implique une baisse de l’offre de plantain en direction de Libreville. Ainsi, les disponibilités alimentaire au Gabon sont tributaires des mouvements de la consommation domestiques à Yaoundé.

L’arbitrage sur les marchés de consommation des villes de Libreville et de Kyé-Ossi n’est pas sans incidence sur les villes d’approvisionnement du Cameroun. En effet, l’estimation du MCE nous montre que, les prix du plantain pratiqués à Libreville se répercutent à Bafoussam à 25,8%. A long terme, le prix à Libreville explique 25% du prix pratiqué à Bafoussam. La force de rappel étant négative, toute baisse de 1% du prix à Libreville se traduit par une hausse de prix de 25% à Bafoussam. Ainsi une augmentation des quantités de plantain arbitrées à Libreville réduit les disponibilités de ce produit pour la population de Bafoussam. Pour le manioc, les prix observés à Kyé-Ossi se répercutent, à long terme, pour 17,9% à Douala. La force de rappel étant négative, toute baisse du prix de 1% à Kyé-Ossi se traduit par une hausse de prix à Douala proportionnelle au degré d’intégration réciproque entre les deux villes. Par ailleurs, le test de causalité de Granger montre que le comportement du prix du manioc à Yaoundé dépend du prix pratiqué à Libreville. Dans ce cas, les acteurs peuvent prévoir le prix futur du manioc dans la ville de Yaoundé en fonction de la pression sur la demande actuelle des dérivés du manioc. Ainsi, la formation du prix du manioc intègre la demande de cosette pour la consommation directe à Yaoundé ainsi que celle pour la transformation, destinée à satisfaire les marchés domestiques et du Gabon.

Ainsi, autant au Cameroun qu’au Gabon, l’existence d’une relation de long et de court terme affecte la formation du prix, les disponibilités domestiques ainsi que les revenus des acteurs.

CONCLUSION DU CHAPITRE IV

Ce chapitre testait l’intégration économique entre les paires de villes du Cameroun et du Gabon afin de comprendre comment l’arbitrage entre le Cameroun et le Gabon des commerçants induit une modification de la structure des marchés de plantain et de manioc. Pour cela, nous nous appuyons sur la méthode d’Engle et de Granger (1986, idem), condensée en une approche méthodique par Rapsomanikis G., Hallam D.et Conforti P. (2003, 2004, op cit). L’estimation du modèle VAR nous dévoile que le prix pratiqué sur les marchés de plantain et de manioc, des villes de Libreville et de Kyé-Ossi, dépend du prix observé sur ces marchés à la période précédente. Par ailleurs, sur les marchés de manioc le taux d’anticipation varie entre 51,5% et 78,4%. Tandis que les marchés de plantain, il varie entre 44,1% et 58,4%. Cela montre le pouvoir de marché détenu par les commerçants qui dégagent des marges dépassant 75% du prix de vente du produit. De l’estimation du MCE, nous apprenons que les marchés de plantain des paires de villes Libreville-Douala, Libreville-Yaoundé, Libreville-Bafoussam, Kyé-Ossi-Yaoundé, Kyé-Ossi-Douala et Kyé-Ossi-Bafoussam, de même que les marchés de manioc des paires de villes Libreville-Douala, Libreville-Kyé-Ossi, Kyé-Ossi-Yaoundé, Kyé-Ossi-Douala, sont intégrés. Pour le plantain, ce degré est plus élevé pour les paires Libreville-Yaoundé et Kyé-Ossi-Douala soit respectivement 51,9% et 61,1%. Tandis que pour le manioc, la relation d’intégration est forte entre les paires de villes Libreville-Kyé-Ossi et Kyé-Ossi-Douala avec des degrés respectifs d’intégration de 28,9% et 29,2%. Ainsi Douala joue un rôle majeur dans le comportement de long et de court terme des marchés de manioc et de plantain à Kyé-Ossi alors que, la relation entre Yaoundé et Libreville sur ces marchés dépend de l’ampleur de l’arbitrage. De ce fait, le prix sur les marchés de Libreville n’est plus soumis aux seules variations de l’offre domestique ainsi que de la demande domestique, et intègre les chocs que subit l’offre du Cameroun. Dans ce contexte, pour le Gabon, la stabilité partielle induite par l’arbitrage permet aux consommateurs d’ajuster leurs demandes et d’accéder à plus de produits. Par contre au Cameroun, cette situation affecte l’accessibilité des populations aux produits. Car, un accroissement de l’arbitrage vers le Gabon, réduit les disponibilités domestiques et de ce fait accroit le prix du plantain et du manioc dans les villes au Cameroun. Cela réduit l’accès des populations les plus pauvres à ces produits. Ainsi, les perturbations, qui peuvent affecter les grandes villes de ces deux pays, se transmettent dans un pays comme dans l’autre selon le produit, la ville et l’intensité de l’arbitrage.

CONCLUSION DE LA PARTIE II

Tout au long de cette partie, nous avons cherché à mettre en évidence les effets de l’arbitrage des commerçants entre le Cameroun et le Gabon sur la structure des marchés de plantain et de manioc. Pour cela, dans le chapitre III nous avons passé en revue le concept d’équilibre en présentant les notions d’équilibre général de Walras (1874, idem), d’équilibre partiel (Marshall, 1890, idem) ou encore d’équilibre en situation de concurrence oligopolistique proposé par Cournot (1838, idem), Bertrand (1883, idem) et Stahl (1989, idem). De même, les théories d’analyse de l’équilibre du prix spatial nous apprennent que l’arbitrage spatial contribue à la réduction des disparités de prix entre les marchés (Hecksher, 1916, idem ; Samuelson, 1954, idem). A ce propos, la représentation d’Enke. Samuelson, Takayama et Judge, permet de déterminer l’équilibre spatial des marchés engagés dans l’échange. Elle montre que la diminution continuelle des marges accroit le degré d’intégration des marchés et conduit à la formation d’un marché unique du bien échangé. Cette analyse est à la base de nombreuses constructions théoriques qui mesurent l’intégration des marchés avec ou sans échanges. Elles mettent en évidence la relation de cointégration de long terme entre les séries de prix (Engle et Granger, 1986, idem) ou encore le lien causal entre les marchés (Ravallion, 1987, idem).

Par ailleurs, le chapitre IV intervient afin d’établir les effets de l’arbitrage spatial sur le comportement des marchés de manioc et de plantain. Il utilise le modèle de cointégration d’Engle et de Granger (1987, idem) et aboutit aux résultats suivants :

- Les marchés de manioc et plantain sont inefficients car, les commerçants détiennent un pouvoir sur le marché. Ceux-ci manipulent l’information entre les villes et dégagent des marges bénéficiaires supérieures à 75% de leur prix de vente. En effet, l’estimation montre que les commerçants peuvent prédire le prix futur à partir du prix passé. Ce, quel que soit le marché avec des taux qui varient entre 51,5% et 78,4% pour le manioc et 44,1% et 58,4% pour le plantain.

- lorsque l’arbitrage des commerçants entre les villes, sur les marchés de manioc et de plantain, est important, le degré d’intégration des ces villes est également important et le taux d’anticipation moindre. En effet, nous constatons que les marchés de plantain des paires de villes Libreville-Douala, Libreville-Yaoundé, Libreville-Bafoussam, Kyé-Ossi-Yaoundé, Kyé-Ossi-Douala et Kyé-Ossi-Bafoussam, de même que les marchés de manioc des paires de villes Libreville-Douala, Libreville-Kyé-Ossi, Kyé-Ossi-Yaoundé, Kyé-Ossi-Douala, entretiennent une relation de long terme. Le degré d’intégration des marchés de manioc se situe entre 18% et 29,2%. Tandis que celui des paires de marchés de plantain est plus élevé et varie entre 35,2% et 61,1%.

- l’arbitrage spatial, en intégrant les marchés de manioc et de plantain des villes, réduit la variabilité du prix de ces deux produits à Libreville ainsi qu’à Kyé-Ossi et par conséquent au Gabon. La formation du prix de ces biens ne dépend plus uniquement de l’offre domestique, mais tient également compte de l’ensemble des perturbations qui peuvent affecter l’offre dans les zones de production au Cameroun. De ce fait, le Cameroun joue un rôle majeur au Gabon dans l’accroissement des disponibilités de plantain et de manioc à travers la réduction de la sensibilité des prix aux chocs idiosyncratiques.

- Réciproquement, un accroissement de l’arbitrage vers le Gabon, réduit les disponibilités domestiques au Cameroun. En effet, le prix pratiqué dans les villes du Cameroun n’est pas insensible à l’instabilité du prix à Libreville et à Kyé-Ossi. En effet, le prix à Libreville se répercute à 25,4% sur le prix pratiqué dans la ville de Bafoussam pour le plantain. Tandis que Kyé-Ossi affecte 17,9% du prix du manioc observé dans la ville de Douala. Ce résultat montre que les quantités arbitrées sur les marchés de consommation pour le Gabon, à savoir Libreville et Kyé-Ossi, déterminent les disponibilités dans les villes au Cameroun ainsi que le prix d’accès au produit. Dans ce dernier cas, elle réduit l’accessibilité des populations les plus pauvres à ces produits.

- L’arbitrage des commerçants, détermine plus le type de relation d’intégration entre les marchés au niveau régional qu’au niveau infranational. Il met également en évidence le rôle que les grandes villes du Cameroun jouent sur le comportement des marchés de consommation de Libreville et de Kyé-Ossi. En effet, au niveau domestique, quel que soit le marché de bien, les prix pratiqués dans la ville de Douala se répercutent à long et à court terme dans la ville de Kyé-Ossi. Tandis qu’au niveau régional, le rôle de l’arbitrage est perceptible car, la ville de Yaoundé entretient avec la ville de Libreville une relation de long terme pour le plantain et une relation de court terme pour le manioc. De même, la relation de long terme pour les marchés de manioc est observée entre Libreville et Kyé-Ossi.

De fait, compte tenu des caractéristiques des marchés induites par l’arbitrage entre les villes au Cameroun et le Gabon, nous affirmons l’hypothèse selon laquelle, « l’arbitrage entre le Cameroun et le Gabon induit une modification de la structure des marchés de manioc et de plantain infranationaux »

RECOMMANDATIONS

L’objectif de cette étude était d’analyser l’incidence de l’arbitrage entre le Cameroun et le Gabon sur la structure des marchés de plantain et de manioc en particulier, et des marchés agricoles en général. Par ailleurs, à partir de cette analyse, il est indéniable que la commercialisation contribue à la sécurité alimentaire au Gabon et est source de revenus pour les acteurs directs. Cependant, l’arbitrage présente certaines limites qui sont présentés dans la grille suivante :

Analyse FFOM de l’arbitrage entre le Cameroun et le Gabon sur les marchés de manioc et de plantain

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Cette analyse permet de formuler ces recommandations à la fois pour les autorités de la CEMAC, les autorités du Cameroun et pour les responsables des organisations de commerçants et les commerçants.

AUX AUTORITES DE LA CEMAC

Nous proposons à celles-ci d’entrevoir les actions suivantes :

- l’ Accélération du processus d’informatisation des fichiers sur les migrants afin de centraliser et de mieux gérer les mouvements de la population,
- la Création d’un Observatoire des migrations de la CEMAC, afin de surveiller et de maitriser les flux migratoires entre les Etats membres. Cela permettra aux autorités de la CEMAC de mettre en œuvre des stratégies efficaces.
- la Mise en place d’un Observatoire des marchés vivriers de la CEMAC, afin de collecter les informations sur les marchés agricoles et d’assoir les stratégies adéquates pour le développement de ces marchés.
- la Mise en place d’un système d’information des marchés vivriers de la CEMAC, afin que les acteurs disposent d’une information en temps réel sur les prix, les offres, les demandes d’une part, et de mettre en relation commerçants et producteurs à l’échelle régionale.
- le Renforcement du dispositif de surveillance et de contrôle régional au niveau des postes frontaliers.
AUX AUTORITES DU CAMEROUN
A ces dernières, nous proposons :
- l’ Amélioration des mécanismes de financement des chaines de valeurs agricoles,
- le Renforcement des capacités productives des acteurs ruraux, afin de ne pas mettre à mal les disponibilités alimentaires domestiques,
- la Dotation des producteurs de capacités commerciales, afin que ces derniers puissent négocier les prix de leurs produits,
- l ’Institution de mesures répressives pour les agents de l’Etats véreux et les commerçants en infraction, en particulier sur les axes routiers et au niveau des postes frontaliers.
- le Renforcement de la coopération commerciale avec les Etats de la CEEAC, afin d’ouvrir de nouveaux marchés aux commerçants Camerounais.

AUX RESPONSABLES DES ORGANISATIONS DE COMMERÇANTS ET AUX COMMERÇANTS

A ces derniers, nous préconisons :

- la création d’une plateforme inter-Etats des organisations d’acteurs , afin de renforcer les liens entre les acteurs à l’échelle régionale, de débattre des difficultés rencontrées et de défendre les intérêts des acteurs,
- l’ Organisation d’ateliers de formation et d’information des acteurs, afin que ceux-ci maitrisent mieux la règlementation de la CEMAC en matière de commerce.

CONCLUSION GENERALE

Cette étude s’interrogeait sur la manière dont les décisions commerciales des acteurs structurent les marchés de plantain et de manioc entre le Cameroun et le Gabon. Pour cela, deux objectifs sont fixés pour apporter une réponse à cette interrogation. D’une part, déterminer les facteurs incitant l’arbitrage des commerçants entre les marchés de plantain et de manioc du Cameroun et du Gabon et d’autre part d’établir les effets de l’arbitrage des commerçants sur la structure des marchés de plantain et de manioc entre les deux pays. La réalisation de l’étude n’a pas été sans difficultés. Celles-ci ont été de plusieurs ordres, notamment financière et technique. Nous ne disposions pas totalement de ces ressources de manière à conduire cette étude comme nous l’aurions voulu. Par ailleurs, l’étude concerne une branche d’activité qui relève de l’informel, l’obtention des données sur les prix s’est avérée être une tâche ardue. Celle-ci limite ainsi l’analyse économétrique à la période allant de Janvier 2007 à Mars 2013. De même, la collecte, des données sur le terrain, n’a pas été facile. En effet, les acteurs, conscient de la nature de leurs activités, sont suspicieux et n’aimeraient pas que les autorités s’y intéressent de près. Néanmoins, les informations que nous avons réussies à collecter, sont exploitées dans le cadre d’une approche hypothético-déductive pour atteindre les objectifs que nous nous sommes fixés.

Le premier volet de cette étude cherchait à déterminer les facteurs incitant l’arbitrage des commerçants entre les marchés de plantain et de manioc du Cameroun et du Gabon. Sur ce point, le chapitre II montre que dans un premier temps, les commerçants s’appuient sur une analyse classique en termes d’opportunité et de coût. L’appartenance du Cameroun et du Gabon à la CEMAC introduit d’autre élément d’arbitrage notamment, l’accessibilité au marché Gabonais. Pour cela, trois éléments sont analysés : l’accès physique au Gabon à travers l’infrastructure de transport, les conditions d’accès au pays pour les étrangers et enfin la connaissance du marché. Le premier élément est résolu par le corridor Yaoundé-Libreville qui lie les deux pays depuis 2005. En effet, L’infrastructure de transport vient lever les difficultés que les acteurs rencontraient pour traverser le fleuve Ntem.

Pour le second élément, l’institution du passeport CEMAC, en 2008, ne modifie pas les conditions d’accès à ce pays. En effet avant 2008, les commerçants devaient se munir d’un passeport, d’un visa et d’une carte de séjour pour se déplacer dans l’espace CEMAC en général, et entre le Cameroun et le Gabon en particulier. Pourtant, l’entrée en vigueur du passeport CEMAC ne modifie pas les conditions d’accès au Gabon, car les commerçants en plus de ce document doivent toujours se munir d’un visa et d’une carte de séjour. L’identité communautaire n’est pas encore effective entre les deux pays. De ce fait, les commerçants ne bénéficient pas des avantages de la libre circulation des personnes. Au delà de cet aspect, le coût du passeport, représente un coût d’investissement initial important pour les petits commerçants intéressés par l’arbitrage. Ce, d’autant plus que ces acteurs ne peuvent pas compter sur le système bancaire pour financer leur activité. De même, les taxes informelles, instituées en règles par les agents administratifs des deux pays, sont imposées au Gabon uniquement aux ressortissants du Cameroun. Tandis qu’au Cameroun, elles sont appliquées indifféremment de la nationalité. Cela fait ressortir le comportement xénophobe de la population Gabonaise, qui semble être opposée à la circulation des ressortissants du Cameroun sur leur territoire. Tandis que, pour le dernier élément, les commerçants s’aident de réseau humain bâti sur la confiance et soutenu par l’action collective pour mener leur activité, limiter le risque et ainsi accéder au marché aisément.

Le second volet consistait à établir les effets de l’arbitrage spatial sur la structure des marchés au niveau infranational. Pour y parvenir, nous nous sommes appuyés sur l’application du modèle de cointégration d’Engle et Granger (1987, idem) aux séries de prix de plantain et de manioc de quatre villes du Cameroun notamment Yaoundé, Douala, Bafoussam et Kye-Ossi, fournissant la ville de Libreville au Gabon. Nous aboutissons plusieurs résultats, d’abord, quel que soit le marché de consommation, notamment Libreville et Kyé-Ossi, de plantain et de manioc, le prix actuel dépend du prix pratiqué sur ces marchés à la période précédente. Mais également, les marchés de manioc sont fortement anticipés à un taux variant entre 51,5% et 78,4%. Tandis que les marchés de plantain le sont relativement et ce taux varie entre 44,1% et 58,4%. Ensuite, que les marchés de plantain des paires de villes Libreville-Douala, Libreville-Yaoundé, Libreville-Bafoussam, Kyé-Ossi-Yaoundé, Kyé-Ossi-Douala et Kyé-Ossi-Bafoussam, de même que les marchés de manioc des paires de villes Libreville-Douala, Libreville-Kyé-Ossi, Kyé-Ossi-Yaoundé, Kyé-Ossi-Douala, sont intégrés. Par ailleurs, le degré d’intégration des marchés de manioc des paires de villes est faible et varie entre 18% et 29,2%. Tandis que celui des paires de marchés de plantain est plus élevé et varie entre 35,2% et 61,1%. Et enfin, que les prix du plantain pratiqués à Yaoundé et à Douala expliquent respectivement ceux observés sur les villes de Libreville et de Kyé-Ossi. Tandis que le prix du manioc à Yaoundé est causé par celui de Libreville. Le MCE quant à lui ajoute que, les prix de manioc et de plantain pratiqués dans les villes de douala et Yaoundé, se transmettent à Libreville. Aussi, le prix du plantain à Kyé-Ossi est expliqué par le prix observé à Douala alors que le prix du manioc qui y est observé explique celui de Libreville.

L’analyse de ces résultats, nous permet de faire les conclusions suivantes :

- lorsque l’arbitrage des commerçants entre les villes du Cameroun et Libreville au Gabon est important sur les marchés de manioc et de plantain, le degré d’intégration des ces villes est également important et le taux d’anticipation moindre.
- l’arbitrage spatial, en intégrant les marchés de manioc et de plantain des villes, réduit la variabilité du prix de ces deux produits à Libreville ainsi qu’à Kyé-Ossi et par conséquent au Gabon. Dans ce pays, la formation du prix de ces biens ne dépend plus uniquement du jeu de l’offre et de la demande domestique, mais tient également compte de l’ensemble des perturbations qui peuvent affecter l’offre dans les zones de production au Cameroun. De ce fait, les besoins en consommation au Gabon réalisent un bon non négligeable surtout pour les populations pauvres.
- Réciproquement, un accroissement de l’arbitrage vers le Gabon, réduit les disponibilités domestiques au Cameroun. En effet, le prix pratiqué dans les villes du Cameroun n’est pas insensible à l’instabilité du prix à Libreville et à Kyé-Ossi. En effet, le prix à Libreville se répercute à 25,4% sur le prix pratiqué dans la ville de Bafoussam pour le plantain. Tandis que Kyé-Ossi affecte 17,9% du prix du manioc observé dans la ville de Douala. De même, le prix du manioc à Libreville cause au sens de Granger le prix du manioc à Yaoundé. Ces résultats montrent que les quantités arbitrées sur les marchés de consommation pour le Gabon, à savoir Libreville et Kyé-Ossi, déterminent les disponibilités dans certaines villes au Cameroun ainsi que le prix d’accès au produit. Dans ce dernier cas, elle réduit l’accessibilité des populations les plus pauvres à ces produits.
- Néanmoins, les marchés de manioc et plantain sont inefficients car, les commerçants détiennent un pouvoir sur le marché. Ceux-ci manipulent l’information entre les villes et dégagent des marges bénéficiaires de plus de 75% du prix de vente. Par ailleurs, le degré d’intégration des villes Camerounaises avec Kyé-Ossi est en général plus élevé que le degré d’intégration de ces villes avec Libreville au Gabon, montre que, le fait de franchir la frontière entre les deux pays induit un coût supplémentaire. Celui-ci est lié aux taxes informelles et aux documents exigés pour accéder aux pays. Cela affecte ainsi la formation du prix à Libreville. Ce résultat explique la faible concurrence sur les marchés de manioc et de plantain, et par conséquent leur inefficience.
- L’arbitrage des commerçants, détermine aussi le type de relation d’intégration entre les marchés au niveau régional qu’au niveau infranational. Il met également en évidence le rôle que les grandes villes du Cameroun jouent sur le comportement des marchés de consommation de Libreville et de Kyé-Ossi. En effet, au niveau domestique, quel que soit le marché de bien, les prix pratiqués dans la ville de Douala se répercutent à long et à court terme dans la ville de Kyé-Ossi. Tandis qu’au niveau régional, le rôle de l’arbitrage est perceptible car, la ville de Yaoundé entretient avec la ville de Libreville une relation de long terme pour le plantain et une relation de court terme pour le manioc. De même, la relation de long terme pour les marchés de manioc est observée entre Libreville et Kyé-Ossi.

Ce faisant, compte tenu des résultats de l’enquête et des résultats des analyses économétriques, nous validons l’hypothèse 1 et l’hypothèse 2 émises au début de ce travail. Nous affirmons par conséquent que : « l’accessibilité des commerçants aux infrastructures commerciales de la CEMAC, notamment le passeport CEMAC et le corridor Yaoundé-Libreville, détermine l’arbitrage entre le Cameroun et le Gabon. Ce dernier induit une modification de la structure des marchés de manioc et de plantain de ces deux pays ».

Par ailleurs, l’analyse de l’incidence de l’arbitrage entre le Cameroun et le Gabon laisse des questions sans réponse notamment son incidence réelle sur la pauvreté dans les deux pays ainsi que, sur la sécurité alimentaire à long terme. Ces limites pourront faire l’objet de recherches futures.

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ANNEXES

ANNEXE 1: Questionnaire d’enquête

QUESTIONNAIRE D’ENQUETE

Dans le cadre de la recherche en vue de l’obtention d’un Master professionnel à l’Institut Panafricain pour le Développement-Afrique Centrale (IPD-AC) de Douala, nous vous remercions de votre compréhension et du temps que vous mettrez à notre disposition pour répondre afin à ce questionnaire d’enquête. L’objectif général de l’enquête est d’obtenir des informations qualitatives et quantitatives sur le commerce transfrontalier de produits vivriers entre le Cameroun et le Gabon afin de déterminer les modalités d’arbitrage.

NB : Nous vous assurons que vos réponses resteront STRICTEMENT CONFIDENTIELLES ET NE SEVIRONT QUE POUR LES ANALYSES DANS LE MEMOIRE. Ces informations ne seront en aucun cas utilisées à des fins de contrôle ou de répression économique, conformément à la loi N° 91/023 du 16 décembre 1991 sur les Recensements et Enquêtes Statistiques

Numéro du questionnaire : …

I- IDENTIFICATION

Q1. Catégorie d’acteur : commerçant commerçant-transporteur

Transporteur Autre (Préciser)…

Q2. Sexe du répondant : Féminin Masculin

Q3. Age du répondant : De 18 ans à 29 ans De 30 ans à 49 ans 50 ans et Plus

Q4. Quel est votre niveau d’instruction ?

Aucun primaire secondaire universitaire

Q5. Quel est votre pays d’origine ? Gabon Guinée Equatoriale Cameroun

Q6. Dans quelle ville residez vous ? Yaoundé Mfoumbot Makénéné

II- L’ACTIVITE ET SON FINANCEMENT

Q7. Depuis combien d’année êtes-vous dans l’activité ? De 0 à 6 ans

De 7 ans à 15 ans 16 ans et plus

Q8.quelle autre activité avez-vous exercé avant celle-ci ? Aucune intermédiaire

Commerçant dans un marché Autre (Préciser)…. …..

Q9. Comment avez-vous commencé votre activité ? Propre épargne Parents ou ami

Crédit bancaire Crédit dans les établissements de Microfinance

Crédit dans les Tontines Autre (préciser) ….

Q10. Quels sont les événements qui vous ont poussé à interrompre votre activité ? Aucun

Maladie perte de capital Autre (Préciser)… .

Q11. Pourquoi vous êtes vous lancé dans le commerce transfrontalier ? La qualité de la route

Les activités commerciale est plus facile vous avez des clients sûr

Vous avez la confiance des anciens partenaires le niveau des prix de vente sur le marché

La capacité de jouer sur les prix Autre (Préciser)….

Q12. Dans quelle association liée a votre activité êtes-vous ? Aucune ACCFG

SYNTRACOM Autre (Préciser)…..

Q13. Quels aspects de l’association vous satisfont le plus ? Tontine l’épargne

Appui en cas de difficultés commerciales Autre (Préciser)

Q14. Quels sont les points faibles de l’association ? Incapacité d’agir sur les taxes

Incapacité d’influencer les prix indifférence face aux tracasseries policières

Incapacité d’influencer les décisions régionales en matière de commerce Aucun

III- SOURCES D’APPROVISSIONNEMENT

Q16. Quelle est votre fréquence d’approvisionnement ? 1 fois/ mois

2 fois/ mois 3 fois/mois 4 fois/mois

Q17. Auprès de qui vous approvisionnez-vous ? Producteur urbain

Revendeur semi-grossiste producteur rural

Q18. Comment effectuez-vous la collecte de vos la collecte de vos produits ? Vous le faites vous-même

Vous confiez l’argent à des employés vous travaillez avec un ami/ un parent

Vous êtes contacté par les producteurs vous travailles avec des rabatteurs

Q19. Quels liens entretenez-vous avec vos collaborateurs ? Des liens ethniques

Des liens familiaux des liens professionnels Aucun

Q20. Comment transportez-vous vos produits vers le marché d’écoulement ? Transport interurbain

Location individuelle d’un camion location collective d’un camion

Propre camion

Q22. Quel est le montant de vos charges par voyage de : carburant/lubrifiant :

Transport : . Manutention :… taxes : …..

Chargement et déchargement : … Autres (précisez)

Q23. Quels sont les charges et les pertes qui peuvent être partagées ? .

…. Q24. Avec qui partagez-vous les pertes et les charges ? Le transporteur

Personne le partenaire Autre (précisez) …

IV- STRATEGIE DE COMMERCIALISATION

Q25. Dans quel marché vendez-vous votre marchandise ? Libreville

Kye-ossi Abang Minko’o Autre (préciser)

Q26. Pourquoi choisissez-vous ce marché ? J’ai une parfaite connaissance du marché

Mes principaux clients y sont présents Les marchandises sont faciles à écouler

Les marchandises se vendent à un bon prix

La présence de formalités et tracasseries transfrontalière

Autre (préciser) ..

Q27. Quels types de relations avez-vous avec vos clients ? Relations d’amitié

Relations purement commerciales relations familiales

Affinités ethniques

Q28. Lorsque vous vendez a crédit, après combien de temps doit-on vous rembourser ? 1 jour

2 jours 1 semaine au gré du marché

Autre (préciser) …

Q29. Quel type de désaccords avez-vous avec vos clients? Aucun

Règlement en retard règlement partiel défaut de règlement

Q30. Que faites-vous lorsque vous ne vendez pas tous vos produits ? Vous les donnez à crédit

Vous cherchez juste le capital vous vendez en détail vous les détruisez

Je conserve au magasin si possible Autre (préciser) …

V- DIFFICULTES DE L’ACTIVITE

Q32. Quelles difficultés rencontrez-vous dans l’exercice de vos activités ?

Trop de taxes à payer Tracasseries policières mauvais état des routes

Absence de moyen de transport approprié Passage de la frontière trop long

Variation de la production/des prix Autre (précisez)

Q33. A votre avis, quelles mesures devrait-on prendre pour améliorer votre activité ?

Construire des routes lutter contre les tracasseries policières Réduire les taxes douanières

Faciliter l’accès aux crédits commercial soutenir la création de coopératives des acteurs

Autre (précisez)

Q34. La libre circulation en zone CEMAC pourrait-elle améliorer votre activité ?

MERCI DE VOTRE DISPONIBILITE.

ANNEXE 2: Calendrier agricole du Cameroun

Abbildung in dieser Leseprobe nicht enthalten

Source : PAM, bureau du Cameroun

NB :

1 - selon les années, la soudure peut commencer en juin ou juillet.
2- pratiqués sur les terres hydromorphes, récolte moins abondante que la récolte principale.
3 - on ne peut à proprement parler de soudure dans la partie méridionale.
4 - l'importance des semis varie d'une région à l'autre et d'un agriculteur à l'autre.

ANNEXE 3 : Répartition des principaux produits par zones agro écologiques du Cameroun

Abbildung in dieser Leseprobe nicht enthalten

Sources : Rapport du PAM sur l’Analyse Globale de la Sécurité Alimentaire et de la Vulnérabilité au Cameroun, 2011

ANNEXE 4: Comparaison des critères d’Akaike et de Schwarz par paires de villes

PLANTAIN

Abbildung in dieser Leseprobe nicht enthalten

ANNEXE 5: Corrélogramme des séries de prix de plantain

Abbildung in dieser Leseprobe nicht enthalten Abbildung in dieser Leseprobe nicht enthalten

Kyé-Ossi

Abbildung in dieser Leseprobe nicht enthalten

ANNEXE 6: Corrélogramme des séries de prix de manioc

Abbildung in dieser Leseprobe nicht enthalten

Kyé-Ossi

Abbildung in dieser Leseprobe nicht enthalten

ANNEXE 7: Probabilités issues des Corrélogramme

Abbildung in dieser Leseprobe nicht enthalten

ANNEXE 8: Carte représentant le Cameroun et le Gabon

[...]


[1] Cite par Bourguinat (1966), « Réalisme et théorie de l'union douanière», In Revue économique. Vol 17, n°6.

[2] Robbins (1937, pp. 275-276) considère les politiques protectionnistes comme des «instruments de guerre» dans la mesure où, la mise en place de barrières commerciales induit le repli des Etats sur eux-mêmes et de ce fait à un nationalisme économique. Pour Robbins, cela accroit les risques de guerre dus aux causes économiques.

[3] Faucheux, Benoît; Hermelin, Bénédicte; Medina Julieta (2005) « Impacts de l’Accord de partenariat économique UE–Afrique de l’Ouest. », Synthèse bibliographique, GRET, Politiques publiques et régulations internationales, décembre 2005, Paris, 73p

[4] D’après le diagnostic institutionnel de la CEMAC (pp. 23-24), il existe beaucoup d’entorses à l’application des codes et règlements fiscalo-douaniers, les entraves tarifaires et non tarifaires au commerce intra-régional, l’observation insuffisante des règles d’origine et des dispositions communautaires sur la réglementation de la concurrence. Par exemple en 2002, seul le Cameroun remplissait l’ensemble des critères de convergence que les pays ont adoptés, les autres ne les respectant pas totalement. Ces critères sont : Solde budgétaire de base sur PIB (norme 0), Taux d’inflation annuel moyen (norme <3%), Encours de la dette publique totale rapporté au PIB nominal (norme 70%), Arriérés gestion courante (norme : arriérés<120 jours). De même, les cotisations des Etats ne sont pas respectées.

[5] La guerre froide intervient quatre décennies après la fin de la seconde guerre mondiale. Elle oppose deux idéologies, d’une part le communisme soutenu par l’ex URSS et d’autre part le capitalisme porté par les Etats-Unis d’Amérique.

[6] Sachwald (1997) : « La mondialisation comme facteur d'intégration régionale. » In: Politique étrangère, N°2, 62eme année, pp. 257-264.

[7] Dans son ouvrage paru en 1964 , l'Afrique doit s'unir, Etudes et Documents Payot

[8] Dans son article intitulé “The study of regional integration: reflections on the joy and anguish of pretheorizing", International Organization, Vol.24, N04, Automne 1970, p.610.

[9] Les Etats de la CEMAC sont caractérisés par un appareil productif rudimentaire datant de la période coloniale, des économies dépendantes de quelques productions de rente, l’abandon des productions locales et des instabilités politiques répétitives.

[10] Ce taux est le résultat des calculs de l’auteur, à partir des données sur les relations commerciales entre le Gabon et les Etats de la sous-région CEMAC fournies par l’annuaire statistique du Gabon 2008.

[11] Rapport de la Direction du Trésor Français intitulée : «Ouverture commerciale et intégration régionale en zone franc», mars1998, P. 63

[12] Cahier économique, 2011

[13] Objectif du Millénaire pour le Développement 1 : Eliminer l’extrême pauvreté et la faim. Cet objectif a trois cibles parmi lesquels une cible revenu et une cible emploi.

[14] Voir PER CEMAC (Vol I et II)

[15] Ce taux de croissance a été calculé par Nkendah et al (2011, idem) à partir des données du MINADER issues d’AGRISTAT N013 et No14 et des enquêtes aux frontières.

[16] «Echanges transfrontaliers et intégration régionale en Afrique subsaharienne», In Autrepart Nº6.

[17] "Intra-subsaharan African trade : is it too little ?", Journal of African Economies, Vol. 2, N°1, May 1993

[18] Dans son ouvrage de 2002 « Commerce frontalier en Afrique Centrale : acteurs, espaces, pratiques », Karthala Editions, France.

[19] “The customs union issue”, The Canergie Endorment for International Peace, 1951.

[20] International Centre for Trade and Sustainable Development

[21] Statistical Package for Social Science

[22] Balassa B. (1961): The Theory of Economic Integration, Irwin, Homewood, Illinois.

[23] Krugman P.R. (1991b): “The Move toward Free Trade Zones,” Federal Reserve Bank of Kansas City Economic Review.

[24] Meade J. (1955a): “The theory of customs union”, Amsterdam.

[25] Gehrels (1957): “Customs union from a single country”, Viewpoint, Dans The Review of Economic Studies.

[26] Meade J (1955b): Trade and Welfare, Dans Oxford University Press, Oxford, Angleterre.

[27] Tiré d’Armagan (1999), les hypothèses de Gehrels (1956-57) sont les suivantes :

- Le pays A prélève un droit de douane sur ses importations avant l’union

- La concurrence est parfaite

- Les coûts d’opportunité des deux biens sont constants

- Les prix des deux biens ne dépendent pas du montant des échanges

- Le revenu des tarifs est totalement redistribué

- La totalité du revenu national est dépensée en biens de consommation

- Les courbes d’indifférence sont identiques chez tous les consommateurs.

[28] Lipsey (1957) :”The theory of customs union, trade diversion and Welfare”, Dans Economic Journal, Fevrier.

[29] C’est à dire que la zone monétaire est unique.

[30] Taux d’ouverture = bien échangeable/ bien non échangeable où les biens non échangeables représentent encore le Produit National Brut (PNB)

[31] Extrait de Bourguinat H. (2000), p.6

[32] Pays qui n’est pas totalement ouvert, puisqu’il continue à produire des biens non échangeables bien qu’ils soient inferieurs à la part des biens échangeables. Inversement pour un pays relativement fermé.

[33] Soit 6/40 X 100

[34] Les deux secteurs sont constitués d’un secteur produisant a rendement constant et sans coût de transport un bien homogène échangeable, tandis que l’autre secteur produit a toujours à rendement constant, mais en situation de concurrence monopolistique avec technologie, un bien différencié. Les régions du modèle sont : une grande région centrale et une petite région périphérique.

[35] Déplacement journalier des agents économiques de leur domicile au lieu de travail et vis versa.

[36] Baudry B. (1995) : L'économie des relations interentreprises, La Découverte, Paris, 125 p.

[37] Selon Baudry (1995, op cit), l’organisation par l’autorité signifie que le transfert de bien dépend pouvoir décisionnel d’un agent par rapport à un autre. Par ailleurs, l’organisation par l’incitation correspond à la manière dont le consommateur pousse le producteur à fournir un effort maximal et à participer activement à la conception du produit. De même, l’organisation par la confiance quant à elle combine les deux autres formes de coordination

[38] Franc de la Coopération Financière en Afrique Centrale

[39] A savoir le Cameroun, la RCA, le Tchad et le Congo qui ont accepté sans réserve la libre circulation. Tandis que le Gabon et la Guinée Equatoriale ont demandé une période transitoire non déterminée.

[40] Enquête de la population ECAM3 réalisée par l’institut nationale des statistiques du Cameroun en 2010.

[41] Population totale au milieu de l’année à partir de l’Annuaire statistique de la CEA (2012).

[42] D’après Jeune Afrique, n° 1096, 1981, pp. 20-21 ; et Le Monde, 27 mai 1981, p. 44, En 1981, 8000 Camerounais ont été rapatriés du Gabon suite à un incident survenu lors d’un match de football

[43] Tiré de AGROCOM, «Etude sur le commerce intra-régional des produits bioalimentaires dans les pays de la CEMAC», pp. 98-99

[44] Notons que, Loungou énonce les raisons justifiant la politique migratoire sous-régional appliquée par chaque pays. Le Gabon explique son choix par le souci de limiter les flux migratoires étrangers, alors qu’au Cameroun la raison avancée par les agents des postes frontières est le “respect de la loi des finances”

[45] Deux marchés y sont sollicités par les acteurs, le marché mondial et le marché container. Le premier est un marché journalier et le second est un marché hebdomadaire. C’est de ces marchés que les produits sont redistribués dans l’ensemble des régions du Gabon.

[46] Il s’agit de l’atomicité de l’offre et de la demande, de l’homogénéité du produit, de la transparence du marché et de la liberté d’entrée et de sortie sur le marché.

[47] Dans la théorie néoclassique, quatre marchés sont considérés dans la représentation de l’équilibre général. Il s’agit du marché des biens et services, des titres, du travail et celui de la monnaie. Ainsi les ménages demandent des produits sur le marché des biens, offrent leur force de travail sur le marché du travail, demandent des actifs financiers sur le marché des titres, demandent de la monnaie.

[48] La rareté d’un bien peut se mesurer soit par la technologie incorporée lors de la production du bien, soit par les dotations en facteurs. En effet, les indicateurs de rareté influencent les préférences des acteurs et donc la position d’équilibre. De ce fait, la détermination du prix d’équilibre se fait hors des circuits de commercialisation, elle précède donc l’échange.

[49] Expression utilisée par Walras (1874, idem) pour dire que les prix sont proposés

[50] L’analyse en équilibre partiel suppose que l’activité d’un marché est indépendante de celle des autres marchés.

[51] «Oligopolistic pricing with sequential consumer search». American Economic Review, Vol 79, pp. 700–12

[52] Hecksher (1919) : «L’effet du commerce international sur la répartition du revenu», Dans Lassudrie Duchêne, Echange international et croissance, Economica, 1972.

[53] Ohlin (1933): «Interregional and international trade», Cambridge, Harvard University Press.

[54] Samuelson (1948): «International trade and the equalization of factor prices», Economic Journal, juin. Et en (1949) : «International factor-price once again», Economic Journal, juin.

[55] w et r, w* et r* sont les rémunérations respectives des deux facteurs dans le pays domestique et le pays étranger.

[56] Notons qu’ils supposent similaires les gouts et les préférences des consommateurs dans les deux pays, des dotations différentes en facteurs ce qui implique une rémunération différente de facteurs.

[57] Cité dans Fackler et Goodwin (2001): «Spatial price analysis» Dans Handbook of Agricultural Economics, Vol. 1B, ed. B. Gardner and G. Rausser, Amsterdam: Elsevier.

[58] Appelé par Heckscher (1916) les « commodity points ».

[59] En anglais «gold points», Le plus bas taux de change de la monnaie est parfois appelé le point d'or d'exportation et le taux le plus élevé, au point d’or d'importation.

[60] Encore appelé « Gold Standard », il s’agit d’un système monétaire dans lequel l’unité de compte ou étalon monétaire correspond à un poids fixe d’or

[61] Idem

[62] Lorsque les valeurs du coefficient d’autocorrélation sont non nulles, cela signifie que la série est corrélée de l’ordre du retard. De même, si celui-ci diminue plus ou moins géométriquement lorsque le retard augmente, la série obéit à un AR d’ordre inferieur, et lorsqu’il chute après un petit nombre de retard, il suit un MA d’ordre inferieur.

[63]

[64] Nous l’abrégerons DFA

[65] Nous l’abrégerons PP

[66] Notons que, lorsque les séries sont I(0), il faut tout simplement que l’ordre d’intégration des résidus soit également 0.

[67] Ce coefficient explique la part de l'évolution de la variable dépendante qui est expliquée par les variables exogènes.

[68] La présence d’une saisonnalité signifie que les variables climatiques affectent le comportement des prix.

Résumé des informations

Pages
149
Année
2014
ISBN (Livre)
9783668118645
Taille d'un fichier
1.6 MB
Langue
Français
N° de catalogue
v312643
Note
17/20
mots-clé
intégration marchés CEMAC infrastructures arbitrage cointégration équilibre concurrence

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Titre: Analyse de l'intégration des marchés de plantain et de manioc dans le cadre du commerce en zone CEMAC. Cas de l'arbitrage entre le Cameroun et le Gabon