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Esclavage. Regard des Européens dans l´Encyclopédie de Diderot et d'Alembert et le point de vue des auteurs Africains

Esclavage: Le rendez-vous de l´histoire

Essai Scientifique 2015 17 Pages

Histoire Europe - autres pays - Temps modernes, Absolutisme, Industrialisation

Extrait

Sommaire

Introduction

I. L'esclavage, un système aux profits multiples
1. L'Amérique: un besoin en main- d'œuvre
2. Les intérêts de l'Occident
3. Les nègres, un peuple à civiliser

II. L'esclavage et les droits de l'Homme
1. La condamnation d'une pratique «barbare» et «sauvage»
2. L'esclavage et le risque de la perte de l'identité

III. L'esclavage et la question de la dette.

Conclusion

Bibliographie du travail

Etudes portant sur l'esclavage (tirées de l'encyclopédie ou lui faisant référence)

Etudes secondaires

Introduction

Les explorations au XVe siècle ont mis les Européens en contact avec d'autres peuples. Les explorateurs se rendirent compte du caractère «policé» de ces peuples. Ils partirent ainsi à leur conquête avec l'idée de: Commercer – Christianiser – Civiliser. L'une des conséquences de ces rencontres avec les «Les Nègres d'Afrique» par exemple est l'esclavage. Ce commerce d'hommes, entre-temps officieusement aboli, trouva l'assentiment de certains grands hommes comme Bonaparte qui voulut le réintroduire après la Révolution Française de 1789, ce qui ne trouva pas écho favorable à Haïti par exemple.

Dans l'encyclopédie de Diderot et d'Alembert, lequel constitue le corpus de notre travail, l'appréhension que les uns et les autres ont de l'esclavage n'est pas la même. Les uns le soutiennent par le fait que Le Nouveau Monde est une nouvelle terre à mettre en valeur à tout prix. Pour ce faire, cette terre a besoin de la main-d’œuvre. Les «Nègres», partageant les mêmes caractéristiques qui définissent les peuples et les hommes, en constituent non seulement la main-d'œuvre abondante, mais aussi la plus adaptée. Le Romain par exemple, en fait subtilement une apologie inavouée dans son article «Nègres, considérés comme esclaves dans les colonies de l’Amérique». A l'inverse, les autres, à l'instar de Montesquieu et Le Chevalier de Jaucourt, pensent que c'est un crime contre l'humanité. De ces divers points de vue, se pose alors la question de la légitimité de l'esclavage. Le regard approbateur ou accusateur des encyclopédistes sur l'esclavage est donc à étudier. Le point de vue des peuples opprimés ne sera pas du reste dans ce débat qui constitue le rendez-vous de l'histoire.

Nous commenterons cet aspect du sujet à la lumière des différents points de vue d'auteurs dans l'œuvre phare des Lumières: L'encyclopédie de Diderot et D'Alembert. Les textes qui donneront matière à réflexion sur le sujet seront aussi mis à contribution.

I. L'esclavage, un système aux profits multiples

1. L'Amérique: un besoin en main- d'œuvre

Lorsque les explorateurs précisent peu à peu les vrais contours de la terre, les curiosités naissent. Ces curiosités ont pour la plupart comme corollaire la domination sur d'autres peuples, étant donné qu'ils sont moins «policés» que ceux des explorateurs. Ces peuples seraient encore dans un état de développement «primitif». Pour ce faire, il faut leur apporter la bonne nouvelle, les bonnes mœurs, bref les éduquer et réveiller en eux l'humanisme latent. C'est ainsi que la colonisation a commencé. Comme conséquence, l'esclavage est né dans le dessein de mettre en valeur les nouvelles terres d'Amérique. Cet esclavage conduit à la Traite négrière entre les trois continents: l'Europe, l'Afrique et l'Amérique.

Que comprend-on réellement de l'esclavage selon l'Encyclopédie de Diderot et d'Alembert? Selon Le Chevalier de Jaucourt, le plus prolifique des encyclopédistes, «L'esclavage est l'établissement d'un droit fondé sur la force, lequel droit rend un homme tellement propre à un autre homme, qu'il est le maître absolu de sa vie, de ses biens, & de sa liberté».[1] Ainsi, l'esclavage est-il l'usage de la force pour soumettre un homme ou un peuple. Ce faisant, l'esclavage fait de l'un le maître et de l'autre l'esclave, le premier ayant le droit de vie et de mort sur le second. Tous les biens de celui-ci lui reviennent aussi de droit. L'esclavage est donc très intrinsèque avec la servitude. Jaucourt en distingue deux formes:

Il y a deux sortes d'esclavage ou de servitude, la réelle & la personnelle: la servitude réelle est celle qui attache l'esclave au fonds de la terre; la servitude personnelle regarde le ministere de la maison, & se rapporte plus à la personne du maître. L'abus extrème de l'esclavage est lorsqu'il se trouve en même tems personnel & réel.[2]

Des deux sortes d'esclavage dont parle Jaucourt, le plus pratiqué en Amérique est la réelle, car attachant les esclaves aux terres. Ce travail consistait à labourer la terre, parfois avec des instruments rudimentaires, à cultiver des produits comme la canne à sucre, le café, le cacao… Se servir des esclaves est donc une main-d'œuvre bon marché et adaptée. Les hommes valides pouvant s'y prêter le mieux furent alors les «Nègres» d'Afrique. Sous la plume de plusieurs encyclopédistes, il en est beaucoup question. Une vraie apologie de ce système y est à lire.

L'excessive chaleur de la zone torride, le changement de nourriture, & la foiblesse de tempérament des hommes blancs ne leur permettant pas de résister dans ce climat à des travaux pénibles, les terres de l'Amérique, occupées par les Européens, seroient encore incultes, sans le secours des negres que l'on y a fait passer de presque toutes les parties de la Guinée. Ces hommes noirs, nés vigoureux & accoutumés à une nourriture grossiere, trouvent en Amérique des douceurs qui leur rendent la vie animale beaucoup meilleure que dans leur pays. Ce changement en bien les met en état de résister au travail, & de multiplier abondamment.[3]

Selon Le Romain et comme beaucoup d'autres encyclopédistes, les «Nègres» constituant la main-d'œuvre bon marché sont des animaux. «La vie animale» qu'il énonce est assévérative. Voilà pourquoi ils ont une «nourriture grossiere». Pour lui, l'esclavage fait aux «Nègres» un bien inouï: non seulement ils trouvent un bon climat en Amérique, mais aussi apprennent-ils des manières policées des maîtres. A l'inverse, Jaucourt tire un parallèle entre les «Nègres» et les «Blancs». Il trouve que la grande chaleur du Nouveau Monde et la nourriture qui y est servie ne sont pas des facteurs pouvant permettre aux «Blancs» de travailler dans lesdites plantations. Aussi, reconnaît-il que le «Blanc» est moins faible que le «Nègre» en termes de «tempérament». Et pour finir, il reconnaît que ces terres seraient «incultes» sans le «secours» des «Nègres». Ceci peut se comprendre comme un «satisfecit» indirect qu'il décerne aux «Nègres». Le mot «secours» dont il fait emploi révèle l'assistance salutaire de ceux-ci.

Considérant les «Nègres» comme des «animaux» à qui on fait du bien, on n'hésita pas à en prendre suffisamment pour les travaux dans les plantations. Les quelques peu «maniérés» ne travaillent pas dans les plantations, mais font partie de la domesticité des seigneurs.[4] Nous verrons cet aspect dans la seconde partie du travail.

Faisant la richesse du maître qui les «achète», une course effrénée est donc lancée. Le Romain nous apprend que «La majeure partie des negres qui enrichissent les colonies françoises se tire directement de la côte d'Afrique […]».[5] Cette assertion déchaîne les passions des Européens à se ruer sur l'Afrique et à en puiser à foison. L'auteur de l'article Commerce ne dira pas le contraire.

Les negres sont la principale richesse des habitans des îles. Quiconque en a une douzaine, peut être estimé riche.[6]

L'Afrique devient sur ce, le réservoir de main-d’œuvre abondante et facile. Etant donné que l'idée qui se propageait sur les «Nègres» est primitive, c'est-à-dire animale, il leur est infligé aussi un traitement animal. Le Boucher d'Argis dans son article Jurisprudence, étale quelques traitements à eux infligés. «Les esclaves n'étoient point mis au rang des personnes, on ne les regardoit que comme des biens.»[7] Cette réification des esclaves n'est que la résultante directe des idées reçues sur les «Nègres».

L'auteur de l'article Commerce nous précise, tout comme Le Romain, mais cette fois-ci avec un œil averti, ce qu'il pense du système:

Les Européens font depuis quelques siecles commerce de ces negres, qu'ils tirent de Guinée & des autres côtes de l'Afrique, pour soutenir les colonies qu'ils ont établies dans plusieurs endroits de l'Amérique & dans les Isles Antilles. On tâche de justifier ce que ce commerce a d'odieux & de contraire au droit naturel, en disant que ces esclaves trouvent ordinairement le salut de leur ame dans la perte de leur liberté; que l'instruction chrétienne qu'on leur donne, jointe au besoin indispensable qu'on a d'eux pour la culture des sucres, des tabacs, des indigos, &c. adoucissent ce qui paroît d'inhumain dans un commerce où des hommes en achetent & en vendent d'autres, comme on feroit des bestiaux pour la culture des terres.[8]

L'auteur, ne pouvant pas préciser la durée du système, parle de «siècles». Ceci se justifierait par le goût porté à ce commerce. Il reprend les arguments précédents chez Le Romain. La comparaison avec les «bestiaux» se comprend comme le refus de la grande masse d'admettre ce système comme contraire aux droits humains. Pour ce faire, tous ceux qui le dénonçaient sont mal vus. Enfin, l'auteur parle nommément en désignant sous le vocable de «Européens» tous ceux qui s'adonnaient audit commerce. Le passage suivant est plus exemplifiant: «Le commerce des negres est fait par toutes les nations qui ont des établissemens dans les indes occidentales, & particulierement par les François, les Anglois, les Portugais, les Hollandois, les Suédois & les Danois […]».[9]

[...]


[1] Le Chevalier de Jaucourt, Droit naturel, Morale, Religion, Encyclopédie. Sauf mention contraire, toutes les références suivront ce modèle et seront extraites de l'Encyclopédie.

[2] Le Chevalier de Jaucourt, op. Cit., Encyclopédie.

[3] Le Romain, Negres, considérés comme esclaves dans les colonies de l'Amérique, Encyclopédie.

[4] Ils font alors partie de la seconde vague d'esclavage (la personnelle) selon la définition susmentionnée de Jaucourt.

[5] Le Romain, ibd.

[6] L'auteur de cet article n'est pas connu. Il a écrit dans l'anonymat. Nous mentionnons toutefois l'article. Commerce, Encyclopédie.

[7] Le Boucher d'Argis, Jurisprudence, Encyclopédie.

[8] Commerce, op. Cit., Encyclopédie.

[9] Ibd.

Résumé des informations

Pages
17
Année
2015
ISBN (ebook)
9783668108660
ISBN (Livre)
9783668108677
Taille d'un fichier
509 KB
Langue
Français
N° de catalogue
v311918
Note
mots-clé
Esclavage Colonisation Morale peuples opprimés parlent

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