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Le relativisme et la métaphysique dans le conte philosophique „Micromégas“ de Voltaire

Dossier / Travail 2012 20 Pages

Etudes des langues romanes - Français - Littérature

Extrait

Table des matières

1. Introduction

2. Méthodologie et Théorie
2a. Le terme du relativisme
2b. Les questions métaphysiques de l’homme

3. Micromégas – un conte philosophique

4. Le relativisme dans Micromégas
4a. Le « petit » et le « grand »
4b. La représentation de la Terre et de ses habitants
4c. Les sens et la connaissance humaine

5. La métaphysique dans Micromégas
5a. Les questions métaphysiques dans le conte
5b. Limite de la connaissance humaine

6. Une critique de l’anthropocentrisme

7. Résumé et Conclusion

8. Bibliographie

1. Introduction

Avec son œuvre « Micromégas » du dix-huitième siècle Voltaire inaugure une nouvelle forme de fiction : le conte philosophique. Il s’agit d’une histoire sur deux habitants venant d’autres planètes qui visitent la terre et commencent à la décrire, l’examiner et donc la juger.

Dans ce travail je souhaite analyser non seulement le relativisme et les aspects métaphysiques rencontrés dans le conte, mais encore la description objective que les deux extraterrestres donnent de l’homme. Avant tout je présenterai le concept théorétique derrière l’analyse qui en suit. Tout d’abord j’examinerai le terme du « relativisme » et ce qui se cache derrière. Ensuite je décrirai la notion de « métaphysique ». Ces deux concepts assez abstraits jouent un grand rôle dans ce conte de Voltaire et doivent donc alors être définis et expliqués avant d’être appliqués en détail au conte Micromégas. Ensuite, je souhaite donner quelques informations générales concernant Micromégas et une explication brève sur ce qu’est « un conte philosophique » et ce qui a motivé Voltaire de se décider pour ce genre.

Le but principal de cette analyse est de trouver une réponse aux questions suivantes: Comment le relativisme et la métaphysique sont-ils intégrés au conte ? Quel message Voltaire veut-il transmettre à travers leur utilisation ? Pour cela j’analyserai le conte entièrement à l’exemple des termes relatifs comme « petit » et « grand », j’envisagerai la représentation de la Terre et de ses habitants ainsi que la comparaison permanente entre les hommes et les extraterrestres.

En outre j’étudierai la façon de Voltaire de critiquer l’humanité par la bouche du géant Micromégas et son compagnon le nain de la planète Saturne. Ils font des commentaires sur la connaissance de l’homme et son attitude envers le monde. Nous retrouvons alors dans le conte les deux extraterrestres qui jugent la Terre et ses habitants d’un point de vue objectif. Voltaire laisse donc parler des étrangers qui n’ont pas d’idées préconçues de ce qu’est l’homme. A la fin de ce travail, je tirerai un bilan sur le relativisme et les questions métaphysiques traitées dans le conte ainsi que la critique de Voltaire en ce qui concerne l’anthropocentrisme.

2. Méthodologie et Théorie

La problématique de ce travail repose sur la représentation des hommes par les yeux des extraterrestres. Il faut donc examiner les questions suivantes en détail: Comment Voltaire présente-t-il l’homme dans son conte? Et par quel moyen les idées du relativisme y sont-elles intégrées ? De plus, en lisant le conte, il devient évident que les questions métaphysiques de l’humanité jouent un grand rôle dans le conte. Pour être en mesure par la suite d’analyser le conte Micromégas à l’aide de ces termes, il faut tout d’abord expliquer ce qui se cache derrière ces notions.

2a. Le terme du relativisme

Pour examiner le conte dans ce travail à l’aide du terme « relativisme », il faut trouver une définition du sens exact de cette notion. Quand on regarde dans Le dictionnaire de notre temps on trouve les définitions suivantes :

1. « Doctrine selon laquelle la connaissance humaine ne peut être que relative.
2. Doctrine selon laquelle les notions de bien et de mal sont fonction des circonstances et n’ont donc rien d’absolu » 1

Dans ce dictionnaire le terme du relativisme est divisé en deux parties.

(1) Premièrement le concept du relativisme concernant la connaissance humaine, qui dit qu’elle doit être toujours subjective car on a toujours une vue relative sur les choses, parce qu’on ne peut pas connaitre la vérité absolue. Cela est déjà prouvé par les sciences dont les théories et connaissances se réforment constamment. Une fois acceptée, il y a déjà une nouvelle station de recherche qui remplace l’ancienne « vérité » par une nouvelle.
(2) Deuxièmement le concept du relativisme qui se réfère à la morale, qui peut être distingué dans les différentes cultures. Les valeurs et les normes sont toujours relatives dépendant des circonstances. On ne peut donc pas fixer une morale universelle.

Raymond Boudon, qui s’est lui aussi penché sur le terme du relativisme, le divisa également en plusieurs composants. Le deux plus importants, qu’il traite en détail dans son œuvre Que sais-je ? Le relativisme, sont le relativisme cognitif, qui « assure que la connaissance est le produit d'une construction et qu'elle ne saurait pour cette raison être tenue pour objective » 2 et le relativisme normatif, qui « affirme que les normes et les valeurs sont propres à chaque culture ou sous-culture et qu'elles ne peuvent par suite être considérées comme fondées objectivement»3. Le relativisme normatif est comparable au terme du relativisme culturel. Concernant le relativisme cognitif, Boudon écrit: „Depuis toujours, des penseurs ont nié la possibilité pour la connaissance d’accéder au réel tel qu’il est“ 4. Même en sciences il n’y a pas de connaissance certaine. Alors le relativisme nie l’existence des vérités universellement valables et établit seulement les relations entre deux points de référence l’objet de leur étude. Chaque connaissance dépend par conséquent du point de vue de son observateur.

2b. Les questions métaphysiques de l’homme

Les questions de la métaphysique jouent un rôle important dans le conte « Micromégas ». Mais avant d’analyser en détail le rôle de la métaphysique dans le conte, il faut examiner tout d’abord la signification exacte de cette notion. Dans le trésor de la langue française informatisée on peut trouver en premier lieu la définition suivante : « Partie fondamentale de la réflexion philosophique qui porte sur la recherche des causes, des premiers principes »5. Dans l’œuvre Métaphysik : Ein Grundkurs elle est décrite comme la science qui a pour tâche de saisir la vérité dans sa totalité6. En lisant ces définitions il se pose la question sur ce qu’on doit comprendre de la vérité totale. C’est pour cela qu’il faut regarder quelques questions plus précises qui font partie de la métaphysique. Des questions importantes traitées dans ce domaine de la philosophie sont par exemple: Quel est le sens de l’existence du monde et de la vie? Pourquoi sommes-nous ? Qu’est-ce que l’homme ? « Y a-t-il un Dieu : n’y en a-t-il pas ? »7. Quel rôle est-ce que l’homme joue dans l’univers entier ?8 Quelle est l’origine du monde ? Quelle est sa fin ? Qu’est-ce que la pensée ? Où réside-t-elle ? Comment se forme-t-elle ?9 Qu’est-ce que l’âme ? Etc.

La fonction de la métaphysique est de trouver une réponse à toutes ces questions et de découvrir la vérité derrière les choses, de trouver le premier sens de toute l’existence du monde. La science de la métaphysique se rapporte donc à des questions auxquelles les hommes et surtout les philosophes s’intéressent depuis toujours. C’est pour cela qu’on peut y trouver une grande variété de conceptions et d’hypothèses. Des célébrités qui se sont penchées sur la métaphysique sont par exemple les philosophes Descartes, Leibniz, Kant et Nietzsche. Il s’agit d’un domaine difficile à traiter car personne ne connaît la vraie réponse. Ainsi c’est une partie de la science dont les résultats ne seront jamais clairs. Il s’agit donc de savoir si l’homme a absolument la capacité de répondre à ces questions. Comme Kant l’avait dit dans son œuvre Kritik der reinen Vernunft :

« Die menschliche Vernunft hat das besondere Schicksal in einer Gattung ihrer Erkenntnisse : dass sie durch Fragen belästigt wird, die sie nicht abweisen kann, denn sie sind ihr durch die Natur der Vernunft selbst aufgegeben, die sie aber auch nicht beantworten kann, denn sie übersteigen alles Vermögen der menschlichen Vernunft. »10

Kant aborde ici le problème principal de la métaphysique, c’est-à dire la question si l’homme a les possibilités de saisir la réalité totale et le sens de l’origine de toute chose. Dans le conte Micromégas Voltaire aborde aussi ce problème, ce que sera traité encore plus tard dans ce travail.

3. Micromégas – un conte philosophique

« Vers 1740, en ébauchant Micromégas, Voltaire inaugure une nouvelle forme de fiction : le conte »11. En ce qui concerne la date de la composition, les opinions se divisent. D’après Bellessort la date de naissance de Micromégas est 1752, pendant que Voltaire était à Berlin, tandis que d’autres pensent qu’il l’avait écrit plutôt durant l’année 174712. Par ailleurs, des rumeurs disent qu’il existe une première version sous le nom Voyage du Baron de Gangan en 1739, une histoire qui est presque identique à la version de Micromégas publiée en 175213.

Mais pourquoi parle-t-on du genre « conte philosophique » ? Voltaire le désigne lui-même comme « une fadaise philosophique » en envoyant la version de Gangan14 à Frederick15. Concernant le genre du conte il faut mentionner que chez Voltaire il ne s’agit pas du tout d’une histoire qui sert à nourrir les esprits de jeunes. Au contraire : avec son conte il entre en philosophie. Le conte devient « un concept de la pensée des Lumières, un instrument de la lutte contre l’infâme qui mérite plus ample examen »16.

Selon Mme Châtelet, une amie de Voltaire, celui-ci est devenu « tout à fait philosophe »17 juste avant qu’il écrive Micromégas, ce qui pourrait être une explication au caractère philosophique de cette œuvre.

Voltaire fit une rééducation lors de son séjour en Angleterre. Dans la période de 1734 à 1739 il s’intéressa surtout à la civilisation anglaise où il se familiarisa avec quelques approches des philosophes anglais, comme celles de Locke et de Newton, auquel il dédia même une œuvre : Eléments de la philosophie de Newton. A la même époque il s’occupa intensivement avec la science, un thème qu’il traite aussi dans Micromégas. Selon Ira Wade, Voltaire dans ce temps-là se métamorphosa de poète en philosophe18.

Dans les années précédentes il avait aussi écrit les œuvres Traité de métaphysique et Discours envers sur l’homme, où il abordait déjà des thèmes métaphysiques et philosophiques. Toutes ces œuvres sont des études, des livres spécialisés.

L’œuvre Micromégas représente une fusion partielle entre les idées du Traité de métaphysique et Eléments de la philosophie de Newton. Le conte devint donc un produit final qui comporta d’un côté ses études de sciences et de l’autre côté ses principes philosophiques19. Pour exprimer ses idées Voltaire eut en fin de compte besoin d’un nouveau genre: „He could not find a satisfactory way of fusing the elements of his intellectual activity, nor could he find a satisfactory form for expressing them. There is every reason to believe that it was this dilemma which drove him to the invention of the ‚conte philosophique’“20 Avec Micromégas il introduit donc un nouveau genre de sa littérature.

4. Le relativisme dans Micromégas

4a. Le « petit » et le « grand »

« Comme son titre le laisse assez entendre, le conte est placé sous le signe de la relativité »21 Avec le titre Micromégas Voltaire introduit donc un des thèmes principaux de son conte : la relativité derrière les choses. Le nom du protagoniste incarne ce concept. Le nom « Micromégas » se compose de deux racines grecques qui forment un paradoxe, à savoir „micros“ (petit) et „mégas“ (grand). Les exemples pour la relativité des choses les plus importants sont les relations entre les différents protagonistes du conte. Le Sirien Micromégas, un être de la planète Sirius, qui est beaucoup plus grand que son compagnon le Saturnien, peut être ainsi considéré par rapport à ce dernier comme un géant. Pourtant quand les deux arrivent sur la Terre ils font la connaissance des hommes qu’ils appellent « les atomes »22 à cause de leur flagrante petitesse. Sur la Terre le Saturnien est maintenant un géant comparé aux hommes, mais reste en même temps un nain quand on le regarde à côté de Micromégas. La désignation d’un être comme nain ou comme géant dépend alors de la perspective du spectateur, dans cet exemple de la perspective de l’homme ou de celle de Micromégas. Le fait de désigner le Saturnien comme un nain ou un géant est donc un avis relatif. Cela vaut également pour Micromégas qui raconte aux hommes qu’il y a même des animaux plus grands que lui-même23. Le nom «Micromégas » comporte alors l’idée qu’il est en même temps petit et grand, et le nom du protagoniste qui est en même temps le titre du conte introduit donc le motif du relativisme qui se retrouve tout au long du conte. Cette paire opposée de micro et mégas, petit et grand, clarifie donc que des termes en général n’ont pas une signification absolue. « Micromégas […] contient, renfermé en lui-même, le sens de toute l’histoire : chaque être dans l’univers, qu’il soit sirien, saturnien, ou terrien, apparaît en définitive comme une tension entre le micron et le megan24 »

Dans le déroulement suivant du conte, on trouve de façon ostensible une comparaison permanente des choses petites et grandes ou des comparaisons entre Micromégas, le Saturnien et les hommes ainsi qu’entre leurs planètes. Le mot « petit » est encore plus utilisé que le mot grand. La Terre par exemple est toujours décrite comme un petit globe: « notre petite fourmilière », « notre petite terre », « notre petit tas de boue »25. Mais la planète de Saturne est perçue également comme petite par Micromégas qui doit se retenir à son arrivée de ne pas rire à cause de « la petitesse du globe »26, ce qui montre que cette perception est aussi relative car à travers les yeux des hommes la planète Saturne parut très grande puisqu’elle est « neuf cents fois plus gros que la terre »27. Dans le tableau suivant sont énumérées toutes les expressions comportant les mots « petit » et « grand » qui se trouvent dans le conte :

[...]


1 Le Dictionnaire de notre temps. Paris: Hachette, 1991.

2 Boudon, Raymond: http://www.puf.com/wiki/Dictionnaire:Dictionnaire_des_sciences_humaines/RELATIVISME

3 ibid.

4 Boudon, Raymond: Que sais-je? Le relativisme. Paris: Presses Universitaires de France, 2008, p. 23

5 Dendien, Jacques : Le trésor de la langue française informatisé. Nancy : ATILF/CNRS, 2002.

6 cf. Schmidinger, Heinrich: Metaphysik: Ein Grundkurs. Stuttgart: W. Kohlhammer, 2000, p. 21

7 Voltaire : « Traité de métaphysique ». dans: Bestermann, Theodore : The complete works of Voltaire 14 (1734 – 1735). Oxford : Voltaire Foundation, 1989, p. 424

8 Schmidinger (2000): pp. 20

9 Voltaire: Dictionnaire de la pensée de Voltaire par lui-même. Textes choisis et éd. établie par André Versaille. Paris : Ed. Complexe, 1994, p. 592

10 Kant (1781) cité d’après Schmidinger (2000), p. 341

11 Pomeau, René: Voltaire: par lui-même. Paris : Éd. du Seuil, 1966, p. 12

12 cf. Wade, Ira O.: Voltaire’s Micromégas. A study in the fusion of science, myth, and art. Princeton: Princeton University Press (1950), p.12

13 cf. Van den Heuvel, Jacques: Voltaire dans ses contes: de „Micromégas“ à „L’ingénu“. Paris: Colin, 1970, p. 68

14 Gangan est un conte qui est consideré comme la version de Micromégas à l’origine

15 Wade, Ira O (1950): p. 107

16 Cambou, Pierre: Le traitement voltarien du conte. Paris: Editions Champion, 2000, p. 24

17 Châtelet cité d’après Porset, Charles (1997): „Position de la philosophie de Voltaire“, dans: Kölving, Ulla (ed.): Voltaire et ses combats, Oxford: p. 733.

18 cf. Wade, Ira (1969): The intellctual development of Voltaire. Princeton: Princeton Universits Press, p. 241

19 cf. Ibid.: p. 78

20 Ibid.: p. 79

21 Sareil, Jean: Le Vocabulaire de la relativité dans Micromégas de Voltaire, Romanic Review, 64:4 (nov. 1973), p. 274

22 Voltaire: Micromégas. p. 141

23 voir: Voltaire: Micromégas. pp. 141

24 Van den Heuvel (1967): p. 70

25 ibid.: pp. 131

26 ibid.: p. 133

27 ibid.: p. 133

Résumé des informations

Pages
20
Année
2012
ISBN (ebook)
9783656896401
ISBN (Livre)
9783656896418
Taille d'un fichier
502 KB
Langue
Français
N° de catalogue
v289313
Institution / Université
Johannes Gutenberg University Mainz – Universität
Note
1,0
mots-clé
micromégas voltaire

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Titre: Le relativisme et la métaphysique dans le conte philosophique „Micromégas“ de Voltaire