Chargement...

Jean Cocteau et le surréalisme

Avec une analyse du drame "La Machine infernale"

Exposé Écrit pour un Séminaire / Cours 2011 21 Pages

Didactique - Français - Litérature, Œuvres

Extrait

Table des matières

I. L'origine du surréalisme

II. Cocteau et le surréalisme
II.1 André Breton et Jean Cocteau
II.2 La vie et l'œuvre de Jean Cocteau
II.3 Les influences des différents courants artistiques

III. Une analyse exemplaire: La machine infernale [1934)
III.1 ACTE I
III.2 ACTE II
III.3 ACTE III
III.4 ACTE IV

Bibliographie

I. L'origine du surréalisme

C'est en mai 1917 dans le programme du ballet Parade de Jean Cocteau que Guillaume Apollinaire utilise pour la première fois le mot « surréalisme ». En juin de la même année le terme apparaît de nouveau dans le sous-titre de sa propre pièce « Les Mamelles de Tirésias - drame surréaliste ». Apollinaire écrit dans la préface des Mamelles: « Quand l'homme a voulu imiter la marche, il a crée la roue qui ne ressemble pas a une jambe, il a ainsi fait du surréalisme sans le savoir »[1] et trouve ainsi une première définition de ce mot.

Plus tard, en 1922, c'est André Breton, qui reprend le terme en hommage à Apollinaire et donne une première vague définition de sa part:

Ce mot, qui n'est pas de notre invention et que nous aurions bien pu abandonner au vocabulaire critique le plus vague, est employé par nous dans un sens bien précis. Par lui, nous avons convenu de designer un certain automatisme psychique qui correspond assez bien à l'état de rêve, état qu'il est aujourd'hui fort difficile de délimiter.[2]

Breton était à la recherche d'une nouvelle idée après que son groupe des artistes du mouvement avant-gardiste à Paris avait abandonné le mouvement Dada.

Le Cubisme, le futurisme mais surtout Dada sont des mouvements précédents du surréalisme. La génération Dada qui était née des désastres de la guerre voulait une rupture absolue et abstraite avec l'art conventionnel.[3] C'était une révolte contre toutes les règles de l'art bourgeois, un mouvement foncièrement antidogmatique. Comme le dit Gérard de Cortanze, « les manifestes [de Dada] sont là pour signifier que les manifestes doivent disparaître. »[4]. Selon Tristan Tzara, un des fondeurs du mouvement, Dada a essayé « non pas autant de détruire l'art et la littérature mais l'idée qu'on s'en est faite. »[5]. C'est cette idée de révolte que Breton avait aussi repris dans son idée du surréalisme. En tout cas le surréalisme aussi était un mouvement qui s'était opposé aux règles dominantes de l'art à ce temps-là. Pour Breton et ses amis le mouvement Dada n'était quand même qu'un état d' « anarchisme permanent », qu'ils voulaient dépasser.

Breton était d'avis que le surréalisme succéda à Dada « comme une vague vient recouvrir une vague ».[6] Les surréalistes reprochent au mouvement Dada son nihilisme et sa désinvolture.[7] Ils ne voulaient plus jouer les démolisseurs, mais rester à l'écoute des conditions sociales environnantes.

Deux ans plus tard, en 1924, Breton précisait la définition de sa conception du surréalisme dans son premier Manifeste du surréalisme :

SURRÉALISME : n.m. Automatisme psychique pur par lequel on se propose d'exprimer, soit verbalement, soit par écrit, soit de toute autre manière, le fonctionnement réel de la pensée, en l'absence de tout contrôle exercé par la raison, en dehors de toute préoccupation esthétique ou morale.[8]

Jusqu'à aujourd'hui c'est peut-être la définition la plus reconnue du surréalisme. Dans son manifeste Breton souligne que la poésie n'est pas seulement un mode d'écriture, c'est-à-dire qu'elle ne se limite pas { l'activité littéraire, mais qu'elle s'étend à toutes les formes de la vie, qu'elle est une activité mentale.[9] Cette activité mentale doit être un « automatisme psychique » donc elle ne doit pas être contrôlée par la raison ou une norme en vigueur. Dans la littérature c'est l' « écriture automatique » qui est une pratique directement liée à cette définition. L'auteur essaie de se mettre dans un état le plus passif ou réceptif que possible pour se libérer de presque toute influence de la raison. Dans un état qui doit être proche d'un état hypnotique, un état de transe ou bien plus précisément un état entre le sommeil et le réveil. Le texte obtenu n'a aucune intention pragmatique, ce n'est plus le texte qui compte, mais l'enchaînement. Avant l'époque du surréalisme cette pratique avait déjà été appliquée en quelque sorte par des auteurs comme Horace Walpole, Archim von Arnim, Hamson ou Hoffman.[10]

Autres éléments au centre de la définition bretonienne du surréalisme, inspirés de la psychanalyse de Sigmund Freud, sont le rêve et l'inconscient :

Le Surréalisme repose sur la croyance à la réalité supérieure de certaines formes d'associations négligées jusqu'à lui, à la toute-puissance du rêve, au jeu désintéressé de la pensée. Il tend à ruiner définitivement tous les autres mécanismes psychiques et à se substituer à eux dans la résolution des principaux problèmes de la vie.[11]

Le rêve, qui est constitué d'éléments réels, déborde quand même de la réalité. Il donne accès à l'intérieur, à l'inconscient. Le surréalisme tire parti de cet inconscient en dévoilant la vie intérieure.[12] Pour les surréalistes le rêve seul laisse à l'homme tous ses droits à la liberté. Breton disait même que le rêve pourrait être applique à la résolution « des questions fondamentales de la vie. ».[13] La psychanalyse de Freud est la base de cette théorie de rêves. Breton remercie Freud d'avoir institué une science des rêves mais pourtant les surréalistes s'opposent, par certains côtés, fondamentalement aux théories freudiennes parce que la psychanalyse limite l'inconscient à un instrument pour révéler un comportement. Pour les surréalistes, par contre, l'inconscient est au centre, une « arme libératrice ». Breton attendait de la psychanalyse « d'autres exploits que des exploits d'huissier ».[14]

Des thèmes centraux traités par les surréalistes sont par exemple l'enfance et le mythe. Breton écrit dans le premier Manifeste du surréalisme :

L'esprit qui plonge dans le surréalisme revit avec exaltation la meilleure part de son enfance. [...] Des souvenirs d'enfance et de quelques autres se dégage un sentiment d'inaccaparé et par la suite de dévoyé, que je tiens pour le plus fécond qui existe. C'est peut-être l'enfance qui approche le plus de la « vraie vie » ; [...] Grâce au surréalisme, il semble que ces chances reviennent.[15]

Les surréalistes s'occupent de la conscience d'un enfant car celui est différent à la conscience d'un adulte, la raison ne prend pas une place dominante et déformante. L'inconscient d'un enfant s'exprime d'une façon plus immédiate et apparait plus souvent que celui d'un adulte. Selon Artemenko Breton s'intéresse pour l'enfance parce que l'enfant parviendrait « spontanément à la naïveté, à la fraîcheur de sensation, au sens du mystère du monde à une pensée affranchi des cadres logiques et apte a saisir le hasard des rencontres, autant d'objectifs que la poésie ou la peinture surréalistes visent a retrouver ».[16]

II. Cocteau et le surréalisme

II.1 André Breton et Jean Cocteau

Si l'on parle du surréalisme dans les œuvres de Jean Cocteau, il est aussi indispensable de traiter d'abord la relation entre Cocteau et Breton car c'était une relation assez compliquée. Tous les deux étaient des personnalités influentes sur le mouvement artistique et avant-gardiste du XXe siècle à Paris. Néanmoins c'étaient des personnages tout différents on pourrait même dire des rivaux. Cocteau s'abandonnait parfois à une sentimentalité sans retenue, contrairement à Breton, qui abjura tout sentiment. Cocteau essayait d'attirer les sympathies de tout le monde tandis que Breton n'hésitait pas à combiner des intrigues contre ses nombreux adversaires.[17] En plus Cocteau était apprécié aussi de la haute société car il était d'origine bourgeoise alors que Breton, en partageant la méfiance de son classe d'origine, avait l'intention de plutôt choquer la société bourgeoise et non pas collaborer avec elle. Luis Buñuel, pionnier du cinéma surréaliste et membre du groupe autour de Breton décrit cette rébellion dans son autobiographie de la manière suivante :

Comme tous les membres du groupe, je me sentais attiré par une certaine idée de la révolution. Les surréalistes qui ne se considéraient pas comme des terroristes, des activistes armés, luttaient contre une société qu'ils détestaient en utilisant comme arme principale le scandale. Contre les inégalités sociales, l'exploitation de l'homme par l'homme, l'emprise abrutissante de la religion, le militarisme grossier et colonialiste, le scandale leur parut pendant longtemps le révélateur tout-puissant, capable de faire apparaître les ressorts secrets et odieux du système qu'il fallait abattre.[18]

Cocteau aussi était intéressé aux scandales mais il ne se considérait pourtant pas comme révolutionnaire. C'est peut-être aussi pour cela que Breton n'ait pas une haute idée de Cocteau. Pour lui le monde de Cocteau était « celui des coulisses ».[19] Il s'entend que Cocteau, dans ces conditions, ne fût jamais un membre du groupe des surréalistes autour de Breton. Pourtant on peut dire que l'œuvre de Cocteau était influencé du mouvement surréaliste comme il était influencé d'autres mouvements artistiques de son temps. Pendant sa vie Cocteau a fait la rencontre des nombreux grands noms et célébrités de tous les milieux et de tous les genres. Noailles, Proust, Picasso, Apollinaire, des surréalistes à Édith Piaf, de Stravinsky à Poulenc - en côtoyant tous ces milieux différents Cocteau a crée une œuvre aussi variée que ses connaissances. Pour comprendre mieux l'art de Jean Cocteau dans l'ensemble et la relation avec les différents groupes des artistes contemporaines, il est ici en tout cas nécessaire de donner un bref aperçu de sa vie.

II.2 La vie et l'œuvre de Jean Cocteau

Né le 5 juillet 1889 à Maisons-Laffitte Cocteau a une enfance protégée dans une famille fortunée. Son père vit de ses rentes, aime le théâtre et fréquente des artistes. De cette façon Cocteau entre en contact avec l'art très tôt dans sa vie. Pourtant en 1898 le suicide de son père marque une grande coupure dans cette période heureuse et Cocteau portera longtemps une blessure profonde de cette disparition. A quinze ans il est élève au lycée Condorcet mais il ne montre pas d'intérêt pour les études et rate le baccalauréat deux fois. Il s'essaie au dessin et à la poésie et se laisse influencer par les styles de cette époque-là comme le symbolisme dont il admire les représentants Catulle Mendès, Laurent Tailhade et Anna Noailles.[20]

A l'âge de 19 ans il publie son premier poème dans la revue Je sais tout. Des nombreuses publications suivent, pas seulement des poèmes mais aussi quelques dessins. Comme cela Cocteau devient peu à peu connu dans les cercles artistiques bohémiens et fait déjà très tôt la connaissance de plusieurs personnalités célèbres de son temps comme François Mauriac, Marcel Proust, Lucien Daudet, Alain-Fournier et Charles Péguy. Il devient aussi un familier d'Anna de Noailles une poétesse alliée aux plus vielles familles de l'aristocratie française et roumaine.

[...]


[1] Claude Arnaud, Jean Cocteau, Paris, Gallimard, 2003, p. 230.

[2] Gérard de Cortanze, Le Monde du surréalisme, Bruxelles, Complexe, 2005, p. 9.

[3] Ibid., p. 132.

[4] Ibid, p. 135.

[5] Akademiai Kiado, Les avant-gardes littéraires au XXe siècle, Budapest, 1984, p. 680.

[6] Gérard de Cortanze, p. 132.

[7] Ibid., p. 134.

[8] André Breton, Les manifestes du surréalisme, Paris, Sagittaire, 1946, p. 45.

[9] Gérard de Cortanze, p. 10.

[10] Ibid., p. 156.

[11] André Breton, p. 46.

[12] Gérard de Cortanze, p. 11.

[13] Ibid., p.11.

[14] Ibid, p.276.

[15] André Breton, p. 67.

[16] Pierre Artemenko, L’étonnement chez l'enfant, Paris, J.Vin, 1977, p. 2.

[17] Mark Polizzotti, André Breton, Paris, Gallimard, 1999, p. 69.

[18] Luis Buñuel, Mon dernier soupir, Paris, Laffont, 1982, p. 129.

[19] Mark Polizzotti, p. 69.

[20] Charles Delattre, La Machine infernale, Paris, Bréal, 1998, p. 12.

Résumé des informations

Pages
21
Année
2011
ISBN (ebook)
9783656015833
ISBN (Livre)
9783656016137
Taille d'un fichier
906 KB
Langue
Français
N° de catalogue
v179173
Institution / Université
University of Freiburg
Note
1,7
mots-clé
jean cocteau avec machine infernale analyse surréalisme Surrealismus Höllenmaschine drama theater drame Oedipe Ödipus

Auteur

Partager

Précédent

Titre: Jean Cocteau et le surréalisme