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Le procès de Gustave Flaubert sur sa "Madame Bovary"

Essai Scientifique 2006 7 Pages

Didactique - Français - Litérature, Œuvres

Extrait

Dans la tâche présente, il est question d’une réflexion de la théorie littéraire. Alors, il ne s’agit pas d’une analyse de l’œuvre de Flaubert, qui est d’une manière ou d’une autre faite par l’accusation et la plaidoirie.

En effet, on se confronte ici avec les conceptions littéraires et les conséquences pour l’analyse résultant du discours des contemporains de l’écrivain. Donc, nous ne pouvons que souligner notre point de vue différent de ceux qui ont lu et analysé Madame Bovary en présence de l’Auteur. Après sa mort, la biographie d’un écrivain est aussi seulement un texte, et laquelle ne peut guère fonctionner comme source d’interprétation, vu qu’il existe, par exemple dans le cas de Baudelaire, une énième quantité de textes qui se contredit. Laquelle veut-on croire ? Cela conduit au cœur de la discussion sur la propriété et ainsi la responsabilité d’un texte, fruit d’un changement judiciaire qui invente dans le Code de la propriété intellectuelle le droit d’Auteur (1777/1793).

Tout d’abord, il est frappant que les deux analyses produites arrivent à juger le même texte d’une façon complètement opposée.

Tandis que l’accusation voit dans le roman une offense à la morale publique et à la religion, la plaidoirie estime le texte comme l’affirmation de la juste voie sociale.[1] A cette occasion, les deux interprétations s’appuient non seulement sur l’intention de l’Auteur, mais aussi sur les extraits identiques du texte. Cependant, le réquisitoire se maintient à des citations de fragments, lesquelles prouvent l’immoralité de l’ouvrage en déployant ainsi les raisons pour lesquelles l’œuvre doit être interdite.

Ces extraits sont ultérieurement intégrés dans son plus grand contexte par la défense. De cette manière, le texte trouve une ‘correction’ modifiante, et ainsi sa ‘véritable’ déclaration. Sous réserve, il est néanmoins à noter qu’il est, selon Derrida, impossible de définir totalement le contexte marquant, puisque rien n’est définissable sans aucun doute, car il persiste toujours un reste qu’il faut prendre en compte. En conséquence, Derrida comprend les expressions et significations comme traces, lesquelles indiquent quelque chose qui n´est pas statiquement présent, et lesquelles continuent à renvoyer dans une structure indéterminée et illimitée de renvoi.[2]

Cette idée génère après la conception saussurienne, qui caractérise la langue comme un système différentiel. Vu qu’il n´existe aucun signifié transcendantal qui puisse renvoyer à tous les autres, le sens d’un signe n’est jamais présent dans le signe même, mais tout ce qui est, est seulement quelque chose du fait qu’il se réfère à quelque chose d’autre.[3] En ce sens, il est constatable que l’intégration des fragments dans ‘son’ contexte sert dans les deux cas à soutenir le propre propos. Elle n’est guère son contexte authentique, mais en premier lieu le contexte propre aux discours des deux ailes.

Par l’itinéraire des deux interprétations contrariées du procès, Madame Bovary montre la polysémie de ses signes. Alors, en ce qui concerne sa lecture, il devient évident que la connotation pourra parcourir envers une diversité d´interprétations, de sorte que le processus de lecture est le moment où l’œuvre trouve sa production (multipliée) : « Le lecteur n´est non plus un consommateur, mais un producteur »[4]

De ce fait, un lecteur devient une pluralité de lecteurs, ce qui est souligné dans les œuvres (qui se pluralisent également) qui suivent le marquage de l´écriture flaubertienne :

« Mais, à l’instar de ces pierres précieuses dont l’aspect, dit-on, se modifie selon les heures ou les saisons, le texte avait changé. […] Il ne provoquait plus ce sentiment de rejet qui me frappait si fort quelques instants auparavant. Au contraire, ce qui dominait maintenant, c’était l’intérêt. »[5]

En outre, cela est aussi valable pour l’instance de l’Auteur, car « [...], on n’écrit pas toujours les livres que l’on veut, ni même ceux que l’on croit écrire […]. »[6]

Or, le débat sur les fragments et leur contexte significatif, donc le détail et l’œuvre entièrement, problématise le cercle herméneutique. Pour générer les textes bibliques, cette méthode devenue philologique voit son objectif tenu lorsque l’analyse saisie dans le détail le tout et dans l’intégraux le part.

Nonobstant et de la même façon que l’explication de texte lansonienne, l’Auteur est le garant de l’unité du texte, de la totalité de l’ouvrage et de son sens final. Ainsi, il se proclame primordialement à évoquer que la défense se réclame de la profonde connaissance personnelle de l’Auteur pour garantir l’authenticité de son interprétation de Madame Bovary. Celle-là est considérée par les deux ailes comme la pensée de Gustave Flaubert, ce qui se déclare contradictoirement aux divergentes interprétations. Cette opinion d’une trouvable genèse adéquate du texte en se recouvrant avec l’intention de l’Auteur se nourrit d’une large configuration discursive. Etant la main d’œuvre artisanale de la voix de Dieu dans le moyen âge, l’Auteur change en éducateur dans le mode raisonnable des lumières pour enfin devenir le génie auctoriale romantique. Dès lors, le texte est le terrain de la subjectivité de son écrivain, lequel incarne l’individualité par excellence. De cette manière, l’Auteur comme source et origine du texte naît, lequel, à partir de là, démontre son originalité et autonomie relatifs à la forme choisie. L’identification entre l’ouvrage et l’Auteur comme créateur et maître de son texte coïncide avec l’apparition du sujet bourgeois du 18ème siècle et la loi de la propriété de soi (Locke, Kant).

Néanmoins, tandis que les idées appartiennent à la communauté, la composition exprime dès lors la singularité de l’Auteur et de son œuvre.

[...]


[1] Le mouvement de ces deux dispositions, demeurant dans les conceptions dichotomiques (thèse et antithèse), est typique pour la pensée occidentale. Cela est révisé par la voie archéologique d’une manière archétypique, car soigneusement, par Michel Foucault dans l’œuvre L’Histoire de la folie à l’âge classique (1972). Par ailleurs, Les mots et les choses (1966) prouvent que l’invention est le caractère constitutif pour la pensée d’une nature humaine fugitive, où ni l’homme, ni la pensée ne sont plus dans une dimension absolue et autonome. Foucault démontre dans le texte évoqué d’abord la relation entre les termes folie et raison, oppositionnels et séparés. Foucault amalgame ainsi « […] ce qu’il y a de plus séparé. » (Maurice Blanchot : L’Écriture du désastre. Paris : Gallimard 1980. p. 61.) Pour cela, il faut faire remarquer que concernant leurs rhétoriques, les deux propos du procès se ressemblent, car « celui qui critique ou repousse le jeu, est déjà entré dans le jeu. » (Ibid. p. 21.) Ainsi, il est constatable que la thèse et également l’antithèse formulées par les deux ailes devient au même.

[2] Voir : Derrida, Jacques : » Signature événement contexte « In : Ders. : Marges de la philosophie. Paris : Les Éditions de Minuits 1971, S. 365-393.

[3] Voir : Derrida, Jacques : De la grammatologie. Paris : Les Éditions de Minuit 1967. p. : 11 - 31.

[4] Barthes, Roland : S/Z. Paris : Éditions du Seuil 1970. p. 10.

[5] Bénabou, Marcel : Jette ce livre avant qu’il soit trop tard. Paris : Éditions de Seghers 1992. p. 76.

[6] Ibid. p. 215.

Résumé des informations

Pages
7
Année
2006
ISBN (ebook)
9783640837229
Taille d'un fichier
387 KB
Langue
Français
N° de catalogue
v167235
Institution / Université
University of Rennes 2 – Lettres modernes
Note
17/20
mots-clé
gustave flaubert madame bovary

Auteur

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