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Penser avec Friedrich Wilhelm Nietzsche

Essai Scientifique 2009 64 Pages

Philosophie - Philosophie du XIXe siècle

Extrait

Inhalt

Préambule
1. Geste de défi ?
2. L'autoportrait versus l'idéologie.
3. Démystifier l'œuvre.
4. Comment lire Nietzsche ?

Introduction

1. «Penser avec» ?

2. L'auteur et les éditions.

2.1. Friedrich Wilhelm Nietzsche (1844-1900).

2.2. Les éditions.

3. Les lignes fortes du présent ouvrage : Europe et le surhomme.

3.1. Analyse et critique, peine et espoir : l'Europe.

3.2. Penser l'homme.

4. Organisation prévisionnelle de l'étude.

I. Vie et œuvre.

1. Présentation des sources et place systématique de ce chapitre dans l'ensemble de l'étude.

1.1. La question éditoriale du corpus nietzschéen.

1.1.1. Les écrits de jeunesse : la BAW .

1.1.2. Les textes principaux : la KSA .

1.2 Les textes préparés par Nietzsche lui-même pour la publication.

1.2.1. Die Geburt der Tragödie aus dem Geiste der Musik (La naissance de la tragédie sous l'inspiration de la musique).

1.2.2. Unzeitgemässe Betrachtungen I - IV (Meditations intempestives I - IV).

1.2.2.a) David Strauss, der Bekenner und Schriftsteller (David Strauss, le grand croyant et l'écrivain).

1.2.2.b) Vom Nutzen und Nachteil der Historie für das Leben (De l'utilité et du désavantage de l'historiographie pour la vie).

1.2.2.c) Schopenhauer als Erzieher (Schopenhauer éducateur).

1.2.2.d) Richard Wagner in Bayreuth (Richard Wagner à Bayreuth).

1.2.3. Textes publiés dans le cadre de son enseignement à Bâle 1870-1873.

1.2.3.a) Das griechische Musikdrama (Le drame musical dans l'antiquité grecque).

1.2.3.b) Sokrates und die Tragödie (Socrate et la tragédie).

1.2.3.c) Die dionysische Weltanschauung (La vision dionysiaque du monde).

1.2.3.d) Die Geburt des tragischen Gedankens (La naissance de l'idée du tragique).

1.2.3.e) Sokrates und die griechische Tragödie (Socrate et la tragédie grecque).

1.2.3.f) Über die Zukunft unserer Bildungsanstalten (A propos de l'avenir de nos établissements de l'enseignement).

1.2.3.g) Fünf Vorreden zu fünf ungeschriebenen Büchern (Cinq préfaces aux cinq livres qui ne sont pas écrits).

1.2.3.h) Ein Neujahrswort an den Herausgeber der Wochenschrift «Im neuen Reich» (Adresse de nouvel an pour l'éditeur de l'hebdomadaire «Dans le nouveau royaume»).

1.2.3.i) Die Philosophie im tragischen Zeitalter der Griechen (La philosophie aux temps tragiques des Grecs).

1.2.3.j) Mahnruf an die Deutschen ( Appel aux Allemands).

1.2.3.k) Über Wahrheit und Lüge im aussermoralischen Sinne (A propos de la vérité et du mensonge au sens extra moral).

1.2.4. Menschliches, Allzumenschliches (Choses humaines, trop humaines).

1.2.4.a). Lancement du projet.

1.2.4.b1). La deuxième livraison.

1.2.4.b2). Suppléments.

1.2.5. Morgenröthe. Gedanken über die moralischen Vorurteile (Aurore. Pensées à propos des préjugés moraux).

1.2.6. Idyllen aus Messina (Idylles de Messine).

1.2.7. Die fröhliche Wissenschaft (La science joyeuse).

1.2.8. Also sprach Zarathustra (Ainsi parlait Zarathoustra).

1.2.9. Jenseits von Gut und Böse (Au-delà bien et mal).

1.2.10. Zur Genealogie der Moral (A propos de la généalogie de la morale).

1.2.11 Der Fall Wagner. Ein Musikantenproblem. (Le cas Wagner. Problématique d'un musicien).

1.2.12. Götzen-Dämmerung oder wie man mit dem Hammer philosophiert (Crépuscule des idôles ou comment philosopher avec le marteau).

1.2.13. Der Antichrist. Fluch auf das Christentum (L'Antichrist. Malédiction de christianisme).

1.2.14. Ecce Homo.

1.2.15. Dionysos-Dithyramben (Dithyrambes de Dionysos).

1.2.16. Nietzsche contra Wagner.

1.3. Les principes éditoriales des fragments posthumes.

1.4. La correspondance : la KSB .

2. Nietzsche autoportraitiste.

2.1. La place des autoportraits dans l'œuvre nietzschéen.

2.2. Les esquisses à caractère autobiographique (portraitiste) de Nietzsche.

2.2.1. Les esquisses de 1858-1868.

2.2.1a). L'école de la vie ou comment s'instituer en tant que poète.

2.2.1b) Du poète au chercheur confirmé ou la déclaration de guerre contre la curiosité.

2.2.1c) De l'étudiant à la découverte de sa vocation : "apprendre à être enseignant".

2.2.1d) Le curriculum vitae pour l'administration publique d'éducation à Bâle.

2.3. Les fragments portant des «ego-messages».

2.3.1. Un fragment de la fin 1883.

2.3.2. Un fragment d'automne 1888.

3. Survivre dans ses enfants ? La construction du Zarathoustra .

3.1. Le bon philologue et la philosophie.

3.2. Le combat de sa vie : besoin impératif de l'amitié versus dépendance de soi.

II. Europe et le paradigme du surhomme.

1. Nietzsche l'Européen.

1.1. La notion de l'Europe.

1.2. La perlaboration de l'expérience des guerres européennes.

2. L'association de la pensée de l'Europe et de la pensée du surhomme chez Nietzsche.

2.1. La provenance du mot surhomme.

2.2. L'incertitude de la culture européenne et le rôle du peuple juif.

3. La construction de l'Europe une.

3.1 La volonté du mélange chez les peuples face au contre-courant nationaliste.

3.2. Une aperçu de l'Europe une.

3.2.1. Préliminaires.

3.2.2. L'analyse de l'âme européenne.

III. Penser avec Nietzsche : analyse polyphone de l'entreprise nietzschéenne.

1. Bilan intermédiaire.

1.1. Récapitulation.

1.2. Présentation.

2. L'agonie de la philosophie.

2.1. Le ressentiment comme substitut du travail philosophique.

2.1.1. Le monde savant : Analyse du § 204 de Par-delà Bien et Mal , 6e partie principale : «Nous, les érudits».

2.1.2. L'infiltration de la société tout entière.

2.2. Vue d'ensemble : le Frg. septembre 1888 19 [10].

3. Nietzsche philosophe.

3.1. Problématique sous-jacente de la pensée nietzschéenne.

3.2. Entre absorption par les forces cosmiques et éclatement de vie : le statut du sujet.

Préambule.

1. Geste de défi ? - Le nom de Nietzsche évoque bien souvent un véritable halo de crainte et d'admiration. Des phrases tirées de ses textes ont acquis le statut de proverbes - comme remède dans la détresse, on se lance, par exemple, - "ce qui ne me tue pas, me rend plus fort";[1] on s'en sert des fois pour légitimer le machisme - "Tu t'en va vers les femmes ? N'oublie pas le fouet !" ( ZA I, KSA 4 , 86), C'est aussi Nietzsche que l'on désigne comme le créateur du surhomme parti en guerre exterminatoire contre l'humanité réellement existante pour la remplacer par la race[2] des bêtes blanches et blondes.[3]

Peu sont ceux qui se lancent dans une investigation philosophique de cet œuvre foisonnant.[4] Supposition de première vue provocatrice face aux multiples publications. Gardons le calme et suivons le parcours que je propose par l'ouvrage présent. Pour cela, rentrons alors tout de suite dans le vif du sujet. Pour cela, comme tout au long du parcours proposé, je me réfère de prime abord aux éditions des textes nietzschéens. Ce procédé s'impose d'autant plus qu'il aide à détourner un piège signalé par Nietzsche lui-même. En effet, Nietzsche dénonce l'inlassable désir de vouloir reconnaître la valeur des choses et des actions. Ce désir ne s'arrête même pas quand il est confronté aux hommes et s'arroge aussi de les évaluer !

Nietzsche affinait ces réflexions dans le contexte du suffrage universel. Le suffrage universel, terme qu'il utilise d'ailleurs en français, a été une des thèmes majeurs dans ses réflexions sur l'Europe. Admettons déjà ici qu'il s'en doute sur le bien-fondé de cette institution. Ses observations de la réalité humaine le conduisent à la conclusion qu'il s'avère plus judicieux de confier le règne aux personnes compétentes de l'assurer. Il met alors le doigt sur une des contradictions internes d'une revendication de suffrage universel. Il l'intitule "«Faire le procès»."[5] Ce procès poursuit une affaire d'une ampleur certaine - il s'agit de s'occuper enfin du "royaume des plus grandes stupidités humaines". Et ce royaume est constitué par des jugements qui s'arrogent de s'exprimer "sur la valeur d'un homme." Pour Nietzsche, ces jugements doivent enfin s'arrêter. Il soutient que "tout le monde doit comprendre qu'il s'agit ici d'une saleté aussi grande comme le dévoilement des parties honteuses." Participer activement à la divulgation de ce constat fait partie de sa tâche. Que les hommes se délectent encore de se juger mutuellement est d'autant plus décevant qu'ils proclament en même temps d'être entrés dans l'ère "du suffrage universel" - revendication qui n'est sensé que s'ils jurent au préalable de douter, de ne se méfier que d'eux-mêmes, point. Nietzsche précise que ce doute et cette méfiance ne se dirigent pas forcément contre la bonté, la valeur, d'un homme. Il s'agit simplement d'admettre que personne n'a le "droit de dire «ceci est sa bonté, ceci est sa valeur!»" par rapport à un autre (cf. frg. printemps 1884 25 [469], KSA 11 , 138.) Ailleurs, il reprend la même idée avec plus de précision : "Mon jugement est mon jugement : un autre n'a pas facilement le droit de le partager. [...] Car j'aime la vérité, comme le font tous les philosophes : tous les philosophes ont aimé jusqu'à aujourd'hui leurs vérités - - ". (Frg. juin-juillet 1885 37 [2], KSA 11 , 575sq)

Avoir bien saisi la portée de ces paroles, je ne rentre alors pas dans le jeu d'évaluation des travaux de mes collègues.[6]

Comment approcher un personnage entouré d'une aura comme l'est F. Nietzsche ?[7] Je propose de procéder en deux étapes. D'où cette préambule qui précède l'introduction proprement dit, car elle nous permet de flâner d'abord un peu dans notre terrain avant de sonder plus systématiquement les différents lieux.

2. L'autoportrait versus l'idéologie. - Friedrich Wilhelm Nietzsche prend dès ses premières publications activement part à la guerre intellectuelle qui est une des caractéristiques de la culture européenne.[8]

Son acharnement s'amplifie tout au long de sa carrière, interrompue soudainement par son Zusammenbruch[9] du 3 janvier 1889 à Turin. Nietzsche ne se releva plus.[10] Sa sœur, Elisabeth Förster (1846-1935), avec le soutien de quelques amis, prend alors en main l'œuvre de son frère. Ils se sont donnés de la peine pour lancer une des plus impressionnantes entreprises de construction idéologique. En quelques années, ce groupuscule a réussi à répandre, à l'échelle mondiale, cette idéologie qu'il attribue pourtant à Friedrich W. Nietzsche.[11]

Du point de vue déontologique, la rédaction de l'ouvrage présent relève alors à la fois d'une nécessité et d'une irresponsabilité certaines. Car, d'autant qu'il est nécessaire de s'opposer régulièrement à cette idéologie - n'a-t-elle pas des appuis forts dans l'œuvre nietzschéen ? C'est une question inévitable. Si j’avais déjà trouvé qu'il faut répondre «oui», j'aurais refusé l'écriture de l'ouvrage présent. Accepter de me relancer dans la recherche nietzschéenne pourtant signifie de relever encore une fois ce défi. Peut-être saurions-nous plus au terme de notre parcours.[12]

Nous pouvons alors déjà supposer qu'il y a d'autres voix que celle du cercle autour d'E. Förster. Dans ce préambule, je me contente d'indiquer l'ouvrage prudent de la plume de trois universitaires sud-africains, de l'université de Kapstadt. Le professeur de psychologie H. A. Reyburn et ses collègues, le maître de conférence de la langue et de la littérature allemandes H. E. Hinderks et le maître de conférence de psychologie, J. G. Taylor ont écrit leur livre dans la perspective de prudence demandée à l'approche de l'œuvre nietzschéen.[13] En conséquence de ce que j'ai explicité concernant les jugements des travaux des autres, je ne prône alors pas que ce livre se distingue par sa valeur. Il a tout simplement joué un rôle important dans ma propre vie, car c'était un des livres de chevet de mon père et j'ai alors grandi dans cette atmosphère très spéciale d'un humanisme nietzschéen. Liberté et discipline ont été de mise à parties égales, ce qui ne peut qu'être accueilli favorablement par la chercheuse en sciences de l'éducation que je suis - entre autre - aujourd'hui. Pourtant, l'observation de mon père (1935-2009) m'a quand même averti de certains dangers indéniablement inhérents à la pensée de Nietzsche.[14]

De quoi relèvent ces dangers ? Pour répondre à cette question, il convient de regarder les textes dans lesquels Nietzsche s'est prononcé lui-même sur les desseins qu'il s'est proposé. Exploration gratifiante, car ces témoignages autoportraitistes sont abondants. Je les évoque au fur et à mesure de l'avancement de notre étude.

3. Démystifier l'œuvre. - Ceci nous amène à un autre point important pour s'approcher de la personnalité de Nietzsche. En fait, il a commencé très tôt à rédiger des esquisses autobiographiques. Il a été un très bon écolier. Jusqu'à son entrée à l'école de Pforta[15] en octobre 1858, il s'est débrouillé pourtant plutôt seul, sans instruction véritablement méthodique. C'est à Schulpforta où il a appris le B-A-BA du travail intellectuel. C'est aussi à Pforta où il a développé son goût pour la philologie classique. Au terme de sa scolarité, il va alors étudier la philologie.

Après deux semestres d'études à l'université de Bonn, où il rencontre le professeur de philologie Friedrich Ritschl (1806-1876), il suit Ritschl à l'université de Leipzig. Cet enseignant le prend alors en charge et le guide jusqu'à l'obtention d'une chaire à l'université de Bâle (1869).

Pour caractériser Nietzsche, nous constatons que nous sommes en présence d'un homme certes doué dans son travail - il obtient sa chaire sans avoir soutenu son habilitation, à l'âge de 25 ans -, mais qui n'est en rien le génie solitaire, image pourtant qu'il a voulu se donner lui-même. Ses années de formation montrent des alternances entre des périodes plus proches de l'autodidaxie et des périodes d'une très forte prise en charge par des maîtres.[16] Je souligne ces faits pour contrecarrer l'auréole évoquée au départ. Bien que l'accès à ses textes demandent des efforts intellectuels et surtout émotionnels considérables, nous avons en Nietzsche un auteur qui suit des logiques que nous arrivons à cerner sans initiation mystérieuse.

4. Comment lire Nietzsche ? - Aussi, déjà dans ce préambule, je renvoie à une des références nietzschéennes les plus troublantes. Il s'agit de sa mise en scène de la situation sociétale de l'Europe contemporaine, présentée au public sous l'intitulé A propos de la généalogie de la morale (KSA 5 , 245-413). Ce traité permet de suivre la pensée de Nietzsche pas à pas, et cela jusqu'aux moindres méandres.

C'est un texte exemplaire pour son attitude de ne reconnaître aucun tabou;[17] attitude qui contribue au chaos apparent et, donc, déroutant de ses textes.

Ces textes se composent de trois grands volets, car nous disposons, outre des livres qu'il a publiés, plusieurs de ses cahiers de note ainsi que d'une partie importante de sa correspondance. Tous ces textes partagent les mêmes caractéristiques. L'auteur émet des opinions, des hypothèses, des observations. Ces enfilades semblent de prime abord être dépourvu de lien. Seulement le lecteur entraîné arrive à percevoir à travers ce fatras les pensées propres de l'auteur dans les différentes étapes de leur élaboration.

Une première entrée peut s'effectuer par les quelques passages où Nietzsche cite effectivement ses sources. Mais un lecteur qui n'est pas habitué aux techniques d'écriture diariste n'arrive pas forcément à relier ces citations avec le reste. Il risque toujours de se perdre. D'où vient ce trait caractéristique du travail intellectuel de Nietzsche ? Plusieurs explications ont été avancées. Arrêtons-nous un instant à l'hypothèse évoquée qui concerne les techniques diaristes.[18] Le diariste note au jour le jour tout ce qui lui semble important. C'est de toute évidence le cas de Nietzsche. Ces collectes, qui dépendent en grande mesure des hasards quotidiens, ne relèvent pas de l'arbitraire. Bien au contraire - elles sont guidées par les désirs de connaissance du chercheur. Elles suivent donc le sens de la vie de l'auteur, ce qui nécessite, de sa part, une traduction en langage formalisé s'il envisage de rendre son travail public. Et justement - Nietzsche n'a de toute évidence pas effectué ce remaniement de ses matériaux, comme nous allons le voir dans l'avancée de notre étude.

J'ajoute, pour terminer ce préambule, une observation qui me tient à cœur. C'est que tous les témoignages que nous avons de Nietzsche, dès sa prime enfance, ne reflètent jamais le moindre trait infantile. Il semble qu'il a été depuis toujours cet observateur troublé de son époque, et pourtant tellement sûr de lui-même ![19]

Introduction.

1. «Penser avec» ? - Nous sommes alors arrivés au point de pressentir un peu la lourde responsabilité liée à l'entreprise d'entamer une étude qui se propose de penser avec Nietzsche. Il s'agit maintenant de me positionner en tant qu'auteur. Donc, pour construire le fil de l'argumentation, je reprends - comme déjà explicité - en première ligne ses textes et ensuite les commentaires philologiques et historiques des différents éditeurs. Je cite de temps en temps d'autres études pour illustrer mon propos. Ce positionnement me sollicite de me retirer pour donner la parole à mon client. Pour cette abnégation certaine, il m'a fallu un modèle que j'ai trouvé dans la figure de l'avocat. En effet, l'auteur n'occupe ici que le rôle d'un avocat qui est censé de défendre les intérêts de son client. Cette perspective permet de gérer en un geste l'expression et la restitution.

Maintenant - comment accepter de défendre justement ce client et cela dans les circonstances actuelles ? Et, plus généralement, n'est-ce pas la caractéristique la plus profonde qui discerne la pensée de la réflexion, que la pensée part de la singularité et de rien d'autre ? N'est-ce pas Nietzsche qui a rempli des pages et des pages contre les ruminations intellectuelles ? Comment alors penser avec et penser avec ce personnage qu'est Nietzsche ?

Conscient du risque de supplanter la pensée subrepticement par des processus réflexifs, nous pouvons alors évaluer le projet de «penser avec». En fait, je soutiens que personne n'a l'expérience d'un commencement absolu. D'un côté, il se dresse l'invitation de faire-comme, de l'autre côté se meut le désir de l'indépendance inconditionnelle. Cette promenade entre les abîmes nous accompagne tout au long de notre vie - nous savons exactement que nous sommes responsables pour nos actions et nous savons en même temps que nous ne sommes pas capables de connaître tous les paramétrages pour agir toujours de manière appropriée. De même, nous ne pouvons pas toujours éviter d'agir à l'encontre de nos propres points de vue si nous devons vivre en communauté.

Finalement, au lieu de nous «casser la tête», pour ainsi dire, nous acceptons bien souvent les paramétrages effectués par les autres. Nous faisons comme un tel reconnu comme maître, comme leader - ou, tout simplement, comme tout le monde.

C'est dans ce créneau que s'inscrit mon projet. D'un côté, pour arriver à l'activité qui nous est propre, il nous faut interrompre les ruminations sur les possibilités proposées par l'extérieur. De l'autre côté, il nous faut les continuer pour justement ne pas perdre ce fil unique qui nous lie à la réalité et qui est irremplaçable.

«Penser avec» consiste alors dans l'essai d'élucider ce lien unique qu'entretenait la figure présentée avec la réalité et de regarder en quoi cela nous permet de préciser nos propres lignes de conduit.

Dans cette introduction, je présente alors ma proposition de scruter un peu ce qui est à tirer dans ce sens des écrits de Nietzsche.

2. L'auteur et les éditions. - L'entrée se fait par la présentation de l'auteur et une récapitulation succincte des différentes éditions.

2.1. Friedrich Wilhem Nietzsche (1844-1900). - Dates facilement à retenir, l'histoire se complique néanmoins par le fait déjà mentionné que Nietzsche a perdu la maîtrise de soi en 1889. Il en résulte la tentation de réinterpréter ses travaux par cet événement. Les spécificités de l'œuvre nietzschéen se réduiraient alors aux productions d'un génie malade, dérouté, incapable de suivre la manière normale de la pensée humaine.

L'influence de sa maladie est indéniable. Cette influence, à en croire Nietzsche lui-même, s'exerce pourtant plutôt sur la forme de ses publications. Il présume s'il aurait disposé d'une santé plus stable, ses publications auraient eu un caractère plus cohérent.

Comme explicité, je m'appuie ici notamment sur les éditions des textes écrits par Nietzsche lui-même. Je m'expose alors consciemment aux dangers implicites de ces textes. Risque que je ne prendrais pas si je partagerais l'avis d'avoir devant moi les seules élucubrations d'un esprit malade.

Suivons alors l'avancée intellectuelle de Nietzsche. Pour cela, je propose de mettre le point sur quelques lignes fortes que je présente maintenant.

Mais retenons encore que je ne rédige pas la xième biographie de Nietzsche.[20] Le but de cette étude est et reste de cerner la pensée de Nietzsche. Par conséquent, dans la partie biographique, je retrace comment Nietzsche s'est pensé lui-même.

2.2. Les éditions. - La problématique esquissée dans le préambule m'amène à enlacer un petit historique des éditions les plus importantes. Je m'explique aussi en détail sur les éditions avec lesquelles je travaille de préférence.

3. Les lignes fortes du présent ouvrage : Europe et le surhomme. - J'ai souligné le fait que Nietzsche a traité de tout - il ne connaissait aucun tabou thématique, il s'est aventuré sur tous les chantiers sans respecter les délimitations entre les différentes sciences instituées - sans pour autant abandonner les méthodes acquises dans ses longues années de philologue professionnel. C'est ainsi que, en étudiant ses travaux de philologie au sens restreint, le lecteur peut se fabriquer des clés de lecture. Une fois une première entrée effectuée, il apprend petit à petit à décortiquer les contenus de différents morceaux, à entrevoir les relations qu'ils entretiennent. Il se voit enfin en présence d'un œuvre construit et orienté, résistant néanmoins en large mesure aux procédés herméneutiques.

C'est pourquoi je procède un peu en analogie avec le chimiste qui prépare ses échantillons en retirant les éléments qui le gène et en injectant, si nécessaire, d'autres ingrédients qui lui doivent permettre une analyse plus précise. J'envisage deux options :

- présenter de façon panoramique cet univers nietzschéen;

- préparer quelques lignes qui le traversent pour en suivre un développement éventuel, pour en suivre son dialogue avec les autres.

La première option codirige ces recherches, mais elle recule dans l'exposé pour laisser la place la plus importante à la deuxième option.

C'est cette deuxième option qui ouvre des perspectives didactiques. Elle permet de réellement penser avec ce chercheur infatigable autour de quelques uns de ses préoccupations. Le lecteur peut alors emboîter son pas, et cela dans un espace-temps raisonnable.

Retenir comme fil conducteur le motif de surhomme et les investigations nietzschéennes autour de l'Europe s'impose à plusieurs égards. Regardons cela de plus près.

3.1. - Analyse et critique, peine et espoir : l'Europe. - Les textes de Nietzsche qui portent sur l'Europe sont extrêmement nombreux. Il inscrit en effet toute son entreprise intellectuelle dans ce cadre.

Etonnement, ces réflexions ont trait au développement de l'Europe en tant qu'unité politique, entité qui n'existait pas encore !

Le thème de l'Europe traverse aussi bien sa correspondance que ses autres textes. Pour déployer son argumentation, Nietzsche procède par une structure de quatre pôles dont j'effectue ici une séparation aux fins didactiques.

Cette structuration comporte, premièrement, une analyse de la situation actuelle de l'Europe que Nietzsche soumet après à une critique. Ce deuxième moment de la critique cherche à cerner la valeur des éléments dégagés par l'analyse. L'expression de ses peines, de ses douleurs à l'égard de certains développements en Europe constitue la troisième caractéristique de ces réflexions. Et pourtant, le quatrième moment qu'est l'espoir n'est jamais totalement absent. Ainsi, Nietzsche entrevoit des possibilités extraordinaires liées à la maturation de l'homme et de la femme européens.

La tendance aujourd'hui va vers une oublie du simple fait historique que la communauté politique de l'Europe est le résultat d'un projet éminemment philosophique.[21] C'est ainsi que les débats actuels tournent autour de la sécurité, de la culture, de la gouvernance, de l'écologie, des parties - bref, des débats qui occultent que l'Europe n'est de prime abord qu'une idée - un nom attribué à une communauté des pays, situés apparemment sur un territoire assignable. Cependant, l'argument géographique n'est, de toute évidence, plus pertinente en tant que critère adapté à la délimitation de cette communauté européenne. Il nous faut alors, dans un premier temps, discerner le terme géographique de l'Europe qui se réfère au continent européen, des pays qui se veulent en résonance avec le projet philosophique dont la communauté européenne prend son essor. Les débats autour de l'élargissement de la communauté européenne vers des pays situés à l'extérieur du continent, les débats autour de l'unité culturelle, des racines religieuses et culturelles se révèlent factices à la lumière de la question que pose l'«Europe» dans cette perspective. Et c'est sur ce niveau que se situent les réflexions de Nietzsche.

Notre retour sur ses propos concernant l'Europe nous permettent aussi de percevoir plus précisément en quoi sa pensée est inconciliable avec l'entreprise du cercle raciste autour de sa sœur.

3.2. Penser l'homme. - Je renoue ici avec l'idée d'une maturation des hommes et des femmes déjà évoqué dans le cadre du développement de l'Europe. Effectivement, pour Nietzsche, l'humanité n'est pas encore arrivée à la présence d'elle-même. L'homme du présent est à surmonter. Le fameux surhomme par contre se présente au bout d'une lecture rapide de quelques volumes de textes nietzschéens de façon assez peu spectaculaire. C'est un citoyen d'Europe qui a élaboré une conscience libérée de l'égoïsme, de nationalisme, de l'esprit petit-ville, de l'inactivité, des idées inculquées, des sentiments supérieurs (et, donc, moraux). Il a élaboré une conscience dure qui lui permet de s'investir pour l'autre (de régner), il réfléchit en termes européens, il suit la logique des agriculteurs, il sait agir, il élabore ses propres réponses face aux défis de la réalité, il accepte le travail de ses sentiments.[22]

Son but est de fabriquer son monde, car l'homme ne peut comprendre que ce qu'il a lui-même fabriqué.[23]

4. Organisation prévisionnelle de l'étude. - Cette présentation a pour but principal de fournir des outils pour l'accès aux textes nietzschéens. Dans ce sens, je m'attache à expliciter de prime abord les spécificités de la vie et du travail de Nietzsche.

Aussi, puisque l'influence d'un penseur s'exerce à travers ses textes disponibles, il s'impose d'explorer la question éditoriale - je suis tenté de dire : l'univers éditorial ! - de ces textes.

Enfin, comme nous travaillons en France avec des textes qui ont subi, en plus du traitement éditorial non négligeable, des processus de traduction, j'enlace, par conséquent, de temps à autre des remarques sur certaines questions de traduction.

Et finalement, vu qu'une caractéristique indéniable de Nietzsche est son état de surimplication[24] une esquisse biographique s'impose également. Cette esquisse aboutit à l'essai de retracer la genèse du paradigme du surhomme[25] et des réflexions concernant l'Europe. Ces genèses se font lors des recherches historiques et philologiques entreprises par Nietzsche, qui ont été toujours accompagnées d'une auto-observation attentive. Nous pouvons donc déjà retenir que nous avons ici un cas exemplaire de recherche impliquée. Ainsi, élaborée surtout à partir des notations à caractère autobiographique de Nietzsche, cette esquisse est le centre de mon étude. C'est dans ses réflexions sur lui-même que Nietzsche se confronte à bras le cœur avec les problèmes des traditions philosophiques, avec les hommes qui l'entourent, avec l'actualité (particulièrement artistique), avec ses maladies, ses désirs, ses possibilités, et surtout avec ses limites. C'est ici que se montre au mieux le mode de pensée qui lui est spécifique et que s'ouvre le gouffre entre ses états d'esprit ambitieux (qui couvrent tout le champ de l'analytique jusqu'au prophétique) et l'admission de sa propre impuissance. Ce sont ces réflexions incessantes sur sa propre personne en tant qu'acteur sur la grande scène du monde qui lui permettent des identifications et des rencontres avec des personnages historiques et mythiques.

Mes lecteurs ont, bien évidemment, tous les droits de se méfier de ma présentation des choses.[26] Nietzsche lui-même exhorte à l'acceptation de la méfiance qui représente une valeur douteuse pour le sens commun, mais une vertu dans l'univers de la pensée nietzschéenne.

I. Vie et œuvre.

1. Présentation des sources et place systématique de ce chapitre dans l'ensemble de l'étude. - La première partie de ce chapitre discute l'importance de la question éditoriale du corpus nietzschéen. De la multiplicité des éditions des textes de Nietzsche, je m'arrête ici notamment sur les éditions avec lesquelles je travaille de préférence.

Ensuite, je présente brièvement les ouvrages que Nietzsche a préparés lui-même pour la publication et je résume les principes appliqués par Colli et Montinari pour la publication des cahiers et pochettes manuscrits de Nietzsche.

1.1. La question éditoriale du corpus nietzschéen. - En 1897, la sœur de Nietzsche s'installait avec lui et tout ce qu'elle avait en possession de ses travaux, à la Villa Silberblick à Weimar. C'était le lancement des «Archives de Nietzsche ( Weimarer Nietzsche-Archiv )».[27]

Ces archives de Weimar maintenaient les droits exclusifs de publication jusqu'à environ 1930.

1.1.1. Les écrits de jeunesse : la BAW . - Entre 1931 et 1945, un comité dont les membres changeaient très souvent, s'attachait à publier une édition historique et critique, à la fois pour rendre enfin accessible la totalité des textes nietzschéens et pour garantir la survie des archives. Ce comité menait à bien cinq volumes contenant des textes de 1858 à 1869. Publié par l'éditeur C. H. Beck, l'édition s'appelle alors Beck'sche Ausgabe Werke (BAW) .

Je partage l'avis de ce comité qui plaide pour la publication de l'œuvre intégral d'un auteur. Cela a d'autant plus de valeur pour un auteur populaire comme c'est le cas de Nietzsche - d'admirations jusqu'aux sarcasmes les plus amères, la littérature concernant son cas décline toute la gamme des appréciations. "Tout choix si prudent qu'il soit," expliquent les éditeurs de la BAW , "tombe sous le verdict de la subjectivité des éditeurs." Et ce n'est pas seulement cette intervention de la subjectivité des éditeurs, plus ou moins favorable, plus ou moins compréhensif à l'égard de l'auteur édité qui compte ici. C'est que "le monde intellectuel de Nietzsche est si riche et si multiforme que personne ne peut savoir aujourd'hui quels aspects seront au centre de la recherche dans 10, 20 ans." ( BAW 1 :VIII)[28]

Ces cinq volumes ont été reproduit par les éditons dtv en 1994. C'est une édition qui suit l'ordre chronologique. La lecture du texte bien présenté n'est pas non plus gênée par le commentaire très instructif, car il est placé en fin de volume.[29] Chaque volume est pourvu d'un index. Cette édition se distingue alors surtout par un texte assez fiable et des qualités pratiques.

1.1.2. Les textes principaux : la KSA . - Quand les philosophes italiens Giorgio Colli (1971-1979) et Mazzino Montinari (1928-1986) ont voulu établir une édition des œuvres nietzschéennes en italien, ils ont constaté qu'il n'y avait, à part ces cinq volumes et un essai de Karl Schlechta,[30] pas de textes véritablement fiables. Pour arriver à une base de traduction, ils sont allés travailler pendant plusieurs années dans les archives à Weimar - mais aucun éditeur allemand n'acceptait de financer le projet ! Finalement, les éditons Adelphi (Italie) et Gallimard (France) prenaient en charge à la fois l'établissement et la publication du travail de Colli et de Montinari.

Par l'intermédiaire du philosophe allemand Karl Löwith (1897-1973), les éditions Walther de Gruyter achetaient alors en 1967 les droits de publication des textes du penseur allemand chez les éditions italiennes et françaises ... . C'est alors chez cet éditeur prestigieux que, dès 1967, les œuvres complètes de Nietzsche pouvaient enfin paraître.[31]

En 1980, après un nouveau contrôle du texte, les éditions dtv reprenaient l'œuvre pour le rendre accessible au grand public. C'est, redistribuée sur 15 volumes, la Kritische Studienausgabe (KSA ).[32]

La question de la traduction posées par deux philosophes italiens a ainsi, pour les raisons évoquées, suscitée enfin une édition de travail du corpus nietzschéen. Environ 80 ans après la mort de l'auteur, cette édition critique des textes est devenue accessible au grand public.[33]

Mais Colli ne s'arrêtait pas à la seule édition des textes nietzschéens. Comme le montre Jean Pierre Faye, il entreprenait une enquête systématique pour pouvoir "entendre le personnage" ( 1997 :131). Se référant à une "lettre splendide d'un philosophe à un écrivain - de Walter Benjamin <1872-1940> à Hugo von Hofmansthal <1874-1929>" dont il est question de démagnétiser les concepts pour que "se livrent «les formes de la vie d'une langue", ( ibid. :135) cet auteur souligne que "toute vérité a «son palais ancestral de la langue»" ( ibid. ). Il applique par la suite cette métaphore aux recherches de Colli. "C'est ce palais ancestral qu'avait entreprise de nous restituer, après avoir pris soin de déchiffrer et de faire paraître enfin l'écriture authentique de Nietzsche dans les manuscrits de ses cahiers de travail, la philosophie italienne contemporaine par le labeur de Giorgio Colli. Dans la série inachevée de la Sapienza greca " ( ibid. ).

Terminons maintenant cet aperçu par des remarques sur les principes éditoriales. Colli et Montinari respectent dans la mesure du possible les deux critères revendiquées aussi par le comité des archives dans les années 1930, et qui me semblent essentielles :

- la suite chronologique;

- la publication quasi-exhaustive du matériel trouvé.[34]

Les 15 volumes reprennent d'abord les œuvres publiées par Nietzsche lui-même (volumes 1 à 6) et enchaînent avec les cahiers de 1869 à 1889 (volumes 7 à 13). Le volume 14 contient l'introduction, l'explication des abréviations et les commentaires. Dans le dernier volume, le lecteur trouve, outre des index, une esquisse biographique qui retrace la vie de Nietzsche depuis son arrivée à Bâle jusqu'à sa mort.[35]

1.2 Les textes préparés par Nietzsche lui-même pour la publication. - Des seize publications distinguées par Colli et Montinari, trois se distribuent sur plusieurs livraisons. Tous ces textes sont traduits en français. Parfois existent plusieurs traductions d'un même texte. N'ayant pas l'ambition de faire ici œuvre de l'historienne, je me borne de présenter les livres par leur titre allemand qui, par ailleurs, témoigne aussi le mieux de l'état d'esprit de l'auteur. Je propose ensuite une traduction qui couvre le plus largement possible le champ sémantique mis en œuvre par Nietzsche, suivi du sigle utilisé par l'édition française OPC .

1.2.1. Die Geburt der Tragödie aus dem Geiste der Musik (La naissance de la tragédie sous l'inspiration de la musique, NT ). - Préparé de long haleine, l'ouvrage paraît pour la première fois en 1872 chez l'éditeur Ernst Wilhelm Fritzsch à Leipzig. Repris par Nietzsche, il sera réimprimé en 1874, mais seulement disponible en 1878. Pour sa troisième édition en 1886 Nietzsche a supprimé la dédicace au compositeur Richard Wagner (1813-1883) et a rédigé un "essai d'autocritique".

Nietzsche présente de façon condensée les résultats de ses propres recherches sur le théâtre grec. Comme je l'ai déjà évoqué, ce traité suscitait des vives réactions. Retenons ici seulement que, dès cette première publication, est question de son Dieu, Dionysos.[36] Les expériences liées à cette figure mythique dont Nietzsche ressentait pour autant réellement la présence, est un des éléments-clés qui permettent une lecture intelligible de ses fragments dits posthumes.

1.2.2. Unzeitgemässe Betrachtungen I - IV (Meditations intempestives I - IV).

1.2.2.a) David Strauss, der Bekenner und Schriftsteller (David Strauss, le grand croyant et l'écrivain, DS ). - C'est dans le cadre de l'écriture de ce texte que nous retrouvons un indice aux maladies de Nietzsche. Celui-ci envisageait de faire cadeau à son ami Wagner pour son anniversaire le 22 mai (sc. 1873). Mais une faiblesse soudaine et douloureuse des yeux retardait la rédaction de quelques mois. L'opuscule sera enfin livré le 8 août de la même année, encore chez Fritzsch.

Cet écrit satirique avait des répercussions énormes. On accusait même Nietzsche que ce texte amer soit (co-)responsable du décès de Strauss (1808-1874).[37]

1.2.2.b) Vom Nutzen und Nachteil der Historie für das Leben (De l'utilité et du désavantage de l'historiographie pour la vie, UH ). - Nietzsche a préparé ce manuscrit avec l'aide de son ami, le philologue Erwin Rohde (1845-1898). Paru en février 1874 chez Fritzsch, Nietzsche l'a repris en 1886. Il a ajouté des remarques mais le texte n'arrivait pas à une deuxième publication.

Dans ce texte hyper polémique, Nietzsche se montre comme un maître de la langue et de la culture allemandes. Il a très bien assimilé le curriculum de la Bildung - si bien qu'il est parvenu à en faire la critique à partir de la vie quotidienne. Son perspectivisme n'existait pas encore en tant que concept, mais cet ouvrage utilise déjà cette stratégie.

1.2.2.c) Schopenhauer als Erzieher (Schopenhauer éducateur, SE) . - Nietzsche a rédigé ce texte apparemment dans la première moitié de l'année 1874. Il n'avançait pas sans peine. L'ouvrage paraît finalement en octobre, cette fois-ci chez l'éditeur Ernst Schmeitzner à Schlosschemnitz.

Ce texte est un bon témoignage de ce que j'appelle son surimplication. Eloge à première lecture, Nietzsche voulait dans l'après-coup déjà voir dans ce texte ses points de désaccord avec Schopenhauer.

1.2.2.d) Richard Wagner in Bayreuth (Richard Wagner à Bayreuth, WB .) - Nietzsche a commencé la rédaction de cette méditation apparemment en octobre 1874. Elle paraîtra début juillet 1876 chez Schmeitzner.[38]. Comme le laisse supposer ses lettres datant de ces mois, Nietzsche se trouvait dans une phase de bouleversement considérable.

Ce texte est étonnement vide, abstrait. L'affectivité nietzschéenne qui porte habituellement son écriture n'arrive pas à s'exprimer; le style domine. Tout comme pour son travail sur Schopenhauer, Nietzsche voulait dans l'après-coup voir dans ce texte ses critiques à Wagner, mais il est, à première vue, assez bienveillant à l'égard de l'entreprise wagnérienne.

Une lecture analytique qui veut cerner la cohérence de ces quatre méditations, constate que les thèmes du premier morceau reviennent ici sous un angle plus pratique.

1.2.3. Textes publiés dans le cadre de son enseignement à Bâle 1870-1873. - Nietzsche a publié ou recopié manuellement pour des amis, plusieurs conférences et articles lors de son professorat à Bâle à ses propres frais.

1.2.3.a) Das griechische Musikdrama (Le drame musical dans l'antiquité grecque, DMG ). - Cette conférence du 18 janvier 1870 a été publiée en 1926 par les soins de la société des amis des archives Nietzsche.

1.2.3.b) Sokrates und die Tragödie (Socrate et la tragédie, GT ). - Datant aussi de l'année 1870 (1 février), cette conférence a été publiée dans le même cadre que la précédente en 1927.

1.2.3.c) Die dionysische Weltanschauung (La vision dionysiaque du monde, VD ). - Nietzsche a rédigé ce texte que la société précitée a publié en 1928, en été 1870. C'est un texte quand même assez léger et poétique qui laisse subodorer l'attitude ambiguë de Nietzsche vis-à-vis de son Dieu Dionysos, auquel il a dû se rendre, finalement.

1.2.3.d) Die Geburt des tragischen Gedankens (La naissance de l'idée du tragique). - C'est pour Cosima (1837-1930), la femme de Richard Wagner, que Nietzsche a retravaillé son article sur la vision du monde dionysiaque . Il lui a offert cette variation de son texte pour la fête de Noël en 1870.

[...]


[1] "Ce qui ne nous tue pas - c'est nous qui allons le tuer, c'est ce qui nous rend plus fort." Et Nietzsche ajoute - à titre d'exemple ? - en français : "Il faut tuer le Wagnerisme." - Gnomes d'un hyperboréen , frg. printemps 1888 15 [118] ( KSA 13 , 177-480, cit. 478). - Je cite les textes de Nietzsche selon les éditions allemandes. J'effectue, notamment pour des raisons de cohérence stylistique, les traductions lors de la rédaction de mon texte. - Les textes publiés dans la KSA se retrouvent facilement dans l' OPC . La désignation des cahiers est identique dans les deux éditions (et dans l'édition italienne, cf. infra), et j'adopte les sigles de l' OPC pour les ouvrages publiés. - Cf. aussi infra, le chapitre sur l'édition des oeuvres nietzschéennes.

[2] Je signale que j'utilise ce mot avec hésitation. C'est exclusivement la définition accordée au mot «race» que dépend la formation et, ensuite, la vie dans le simulacre de sa réalité, du racisme.

[3] "Nous ne devons en aucun cas négliger que le nationalsocialisme s'est efforcé de s'assurer des aïeux culturels, d'annexer l'histoire littéraire allemande et de réclamer l'héritage de l'esprit allemande pour lui-même. Rien ne serait pire que de justifier cette >tentative< dans l'après-coup. Si, déjà, leur culte de Wagner s'avère problématique, il n'est même pas la peine de souligner que leur usurpation de Nietzsche est déjà une impudence." - Löwy, 1967 , 23.

[4] L'étude présente s'entend comme une introduction à l'univers nietzschéenne. Pour cela, elle s'appuie notamment sur les textes de Nietzsche même et, surtout dans la dernière partie, sur quelques ouvrages sélectionnés. - Je renvoie pour une présentation plus globale à Espagne, 1991 , Bazinek, 1998 , 381-404 et aussi à la préface de Trébitsch dans Lefebvre, 2003 , 5-25. - Le livre de Lefebvre, publié pour la première fois en 1939 pour être aussitôt retiré du marché et pilloné, est toujours à conseiller. Une introduction socio-historique est suivie d'une présentation de Nietzsche, l'écrivain et le philosophe. Lefebvre indique les premières études importantes et ajoute environ 70 pages de traduction des textes choisis. - Un autre ouvrage à conseiller pour débutants est de J.P. Faye, 1998 . Faye présente avec fulgurance un Nietzsche, penseur prospectif. Pour cela, J. P. Faye étire la révendication de philosopher au fil des entrailles (cf. infra) jusqu'aux conséquences les plus extrêmes.

[5] Bien que les éditeurs restituent les guillemets, ils n'ont apparemment pas réussi à trouver la source dont Nietzsche a emprunté cette citation.

[6] Bon mathématicien, Nietzsche savait que toute chose est caractérisé par une certaine nécessité. Selon Nietzsche, les réflexions portant sur le domaine de la nécessité dépassent la seule compréhension, car il s'agit ici de l'exigence de scruter les faits qui relèvent directement des lois de l'être, cf. p. ex. le frg. printemps 1884 25 [314], KSA 11 , 93). Par exemple est sollicité l'intervention de l'instinct de la création morale (cf. ibid. , p. ex. 25 [319]. - A part ces raisonnements intrinsèques à l'oeuvre nietzschéen, j'ai encore une raison historique de rester prudente avec l'expression de mes sentiments lors de la lecture de certaines de ces traductions. C'est que l'édition des oeuvres complètes de Nietzsche par Colli et Montinari (retracé par Montinari dans le volume KSA 14 , 7-17) s'est désigné dès le départ comme entreprise européenne. Les éditeurs italiens Einaudi et français Gallimard ont, en effet, financé le travail de recherche dans les archives de Weimar effectué par Colli et Montinari. L'éditeur allemand Walter de Gruyter a acheté les droits de publication pour l'édition allemande chez ces deux éditeurs. - Pour que, enfin, un éditeur allemand accepte de se lancer dans cette publication, il a fallu la médiation du philosophe Karl Löwith (1897-1973), cf. infra.

[7] Nous ne saurons pas exagérer l'influence de Nietzsche, comme je le redécouvre en me lançant à nouveau dans une traversée de son univers. Par exemple, dans une série de fragments de l'automne 1887 (W II 1., KSA 12 , 338-451), Nietzsche s'attache à ébaucher une histoire du nihilisme. C'est un des thèmes-clè avec lesquels il renoue l'Europe en tant que zone géographique au monde par le biais d'une critique sans merci des conceptions morales. Aussi bien le christianisme que le bouddhisme que d'autres systèmes sont visés. S'appuyant notamment sur ces textes, Cohen-Halimi constate que "Nietzsche invente une clarté nouvelle dans l'analyse en dissociant trois formes de nihilisme" (Faye/Cohen-Halimi, 2008 , 125). - J'invite les lecteurs intéressés à regarder aussi de plus près le volume de Marcus, 1998 . Marcus retrace les nihilismes plus particulièrement dans l'après-1945, mais n'oublie pas de rattacher ces manifestations aux siècles précédents. - Je tiens à souligner que tous les textes écrits par Nietzsche n'ont pas trouvé son assentiment. Son écriture est concentrée sur l'(auto-)apprentissage. Comment discerner les niveaux de l'implication ? C'est justement ici que j'essaie d'avancer. Mon étude s'entend alors comme une sorte de montgolfière qui permet de circuler dans ces airs qu'il voulait libres, cf. A , § 575 ( KSA 3 , 331); cf. aussi infra.

[8] Cf. les lettres aux collègues et amis dès 1868/69 ( KSB 2 sqq) et Cohen-Halimi, 1995 .

[9] Effondrement. - Nietzsche se serait jeté au cou d'un cheval que l'on était en train de mener à l'abattoir. - Colli et Montinari pourtant écrivent de façon lapidaire : "3 janvier <sc. 1889> : effondrement." ( KSA 15 , 210).

[10] Recupéré par son ami Franz Overbeck (1837-1905) et ramené à Bâle quelques jours plus tard, Nietzsche séjourne d'abord dans les hopitaux psychiatriques de Bâle et de Iena. - En 1890, sa mère le prend chez elle à Naumburg. - En 1894 sa soeur fonde les Archives de Nietzsche, d'abord à Naumburg même. En 1897, elle déménage son frère malade avec les Archives à Weimar; la même année survient la mort de la mère. - Weimar serait alors son dernier domicile; Nietzsche s'éteint le 25 août 1900.

[11] Rappelons seulement l'élement-clé de cette construction : le surhomme masculin, jeune et blanc de race arienne pure. - Par voie de concentration logique, on est entretemps arrivé au seul surhomme pur. Redéfini selon les besoins actuelles, les opérations génocidaires en son nom ont entretemps fait le tour du globe. - Cf. pour une présentation succincte de cette aventure éditoriale J. P. Faye, 1998 , 191sq.

[12] En fait, il n'est plus possible de maîtriser l'abondance de la documentation autour de Nietzsche. Un mot alors concernant ma méthodologie - je rédige ce texte tout en continuant les recherches. - Je dispose pourtant déjà de plusieurs dossiers sur Nietzsche établis au fil des années qui me servent à organiser les matériaux lors de l'écriture des différentes parties. L'avancement de l'écriture me fait, ensuite, bien évidemment aussi avancer dans la recherche. - Je développe les critères aussi bien pour les aspects abordés que pour les citations données surtout avec une méthode d'«entonnoir». C'est que pendant les lectures, je rédige des synthèses, des plans, des esquisses et j'en arrive ainsi aux cristallisations des problèmes; et je retiens ensuite les citations les plus concises par rapport à ce cadre. C'est une méthodologie qui arrive à affirmer ses propos sans pour autant exclure d'autres possibilités de lecture.

[13] Paru en traduction allemand en 1947.

[14] Que l'attribution de l'idéologie raciste à Nietzsche n'avait aucun fondement nous a apparu évident, mais à l'époque, nous étions dépourvu de moyens pour le montrer en détail. - Pour voir plus clair, j'ai alors entamé une recherche portant sur un des textes que Nietzsche a peaufiné jusqu'aux moindres détails, la Morgenröthe (Aurore) , publié pour la première fois en 1881 et avec une préface très instructive pour la deuxième fois en 1887. - Ce travail dont sont issu un mémoire de DEA (cf. Bazinek, 1993 ) et une thèse (cf. Bazinek, 1998 ), m'a servi de défricher ce terrain. - J'en reviens, retenons dans cette préambule seulement un point important pour la réussite de cette entreprise idéologique. C'est que ces éditeurs (qui, d'ailleurs, ne se génaient bien évidemment pas d'intervenir avec leurs propres plumes) ont amalgamé les textes préparés par Nietzsche pour la publication et ses journaux de recherche. De l'acceptation de l'amalgame ainsi effectuée dépend en grande partie son efficacité.

[15] Etablissement protestant d'une haute préstige préparant à une carrière de savant.

[16] Par ailleurs, Nietzsche s'est souvent interrogé sur ce phénomène. - Il admet, par exemple, l'acceptation des maîtres, à un moment donné, dans la jeunesse. Accéder ensuite à la Loslösung , à la résolution, fait alors partie du développement de l'esprit libre, cf. pour cela les témoignages poignants du cahier W I 7a d'août-septembre 1885 ( KSA 11 , 629-668).

[17] Cette attitude se reflète déjà au début de sa carrière universitaire dans ses lettres, cf. l'appareil critique de la BAW 5 (427-492). - Notons en passant que même une personnalité forte comme Lou Salomé (1861-1937) n'a pas supporté trop longtemps cet effort, comme le souligne J.P. Faye dans son essai stimulant, cf. 2000 .

[18] Nietzsche a été considérablement influencé par deux auteurs qui ont utilisé cette technique, Georg Christoph Lichtenberg (1742-1799) et Jean Paul (pseudonyme de Johannes Paul Richter, 1763-1825).

[19] Cf. : "De combien de choses ramenées par le hasard ai-je pu devenir le maître ! Quelle mauvaise air m'a-t-elle soufflé quand j'ai été enfant ! En quel moment les Allemands ont-ils été plus abroutis, plus craintifs, plus soumis, plus flagorneur, que dans les années cinquante, pendant lesquelles j'ai été enfant !" (Frg. été- automne 1884 26 [230] ( KSA 11 , 209).

[20] Par ailleurs, ce n'est pas à l'ordre du jour. Je conseille, pour commencer (sic !), le travail toujours pertinent de Janz.

[21] Pour les lecteurs pressés, je renvoie à l'essai de T. Masaryk, cf. 2002 ainsi qu'à l'anthologie éditée par J. P. Faye, cf. 1992 .

[22] Pour que le lecteur ne se laisse pas enchanter précocement, je rappelle que, dans cette section, j'adopte la posture de l'avocat. Je reprends tout cela en détail sous un autre angle d'attaque, cf. infra.

[23] Cf. par exemple le frg. printemps 1884 25 [394] ( KSA 11 , 115).

[24] Cette notion a été développé par René Lourau (1933-2000). - Lourau préconise qu'un champ de recherche ne se construit pas forcément par un découpage arbitraire effectué par le chercheur. Il se peut que "l'arbitraire tend à se réduire ", et cela dès que "la tâche du chercheur, luttant contre l'indétermination de la situation de recherche, consiste à s'interroger sur ce qu'il est en train de construire." Il en résulte une conscience aïgue de ce que tout ce qu'il observe n'échappe "pas aux interférences, à la transduction à partir d'un centre - la situation de l'observateur, de chercheur [...]." Lourau en tire une "courbure du concept d'implication", allant de la simple appartenance qui peut tout à fait rester dans la désimplication, à travers la participation vers l'engagement, l'investissement avec le risque de surimplication. - Désimplication et surimplication se situent en dehors de l'analysable. Une attitude de désimplication désigne "le degré zéro [...] de l'objectivité, de l'identité pure, plus pure que celle du cadavre qui connaît malgré tout le devenir de la décomposition". A l'autre côté du seuil de la participation, "le dégré extrême de la «participation» affective caractérise la sur-implication de la subjectivité." ( 1997 , 33-36). - Nietzsche a développé ces idées dans ses notes intitulé aesthetica (cf. surtout KSA 12 ). - Je renvoie aussi au chapitre L'aéronaute de l'esprit de Cohen-Halimi dans: J. P. Faye/Cohen-Halimi, 2008, 115-139 qui développe les notions nietzschéennes d'affinité et de voix du sang; cf. pour une analyse aussi infra.

[25] Il s'agit bel et bien plus d'un paradigme que d'un concept. - En fait, le mot même, Übermensch , est fort rare dans les esquisses nietzschéennes, tandis que l'idée, l'impulsion de devoir travailler en vue de surmonter l'humain, est quasi omniprésent. - Donc, nous sommes confrontés à une épaisseur, aux enjeux, qui dépassent la fonction d'un concept qui désigne simplement la valeur opérationnelle d'un mot. - La plupart de ces lecteurs qui ont pris conscience de ce problème, virent pourtant trop rapidement vers une compréhension de ce Übermensch comme (anti-)idéal. Ce malentendu est à la base d'un bon nombre de controverses autour de Nietzsche. - Toujours est-il qu'une lecture tranquille des textes permet d'en dégager une conception de l'homme englobant ses caractéristiques créatrices et sociétales. Par conséquent, je propose une analyse du point de vue épistémologique de ce fameux mot. - Néanmoins, il m'importe de souligner que Nietzsche a réellement souffert d'une attitude ambiguë de tout ce qui est humain. Toute lecture nietzschéenne qui fait l'économie de cette déchirure mène dans une voie sans issu.

[26] Cf. la notice explicative supra, dans la Préambule.

[27] Elles ont été transféré dans les années 1950 vers les archives de Goethe et Schiller dans la même ville. - La Villa Silberblick existe toujours comme lieu de mémoire.

[28] Philippe Ducat, le traducteur du texte de jeunesse Sur Démocrite , n'est pas de cet avis. Bien qu'il précise que les "savants voulaient livrer à la publication tous les écrits du philosophe", et cela "dans l'ordre chronologique de leur rédaction", enrichie par "un apparat critique sans lacune (1990:7), il soutient que cette attitude est dépassée aujourd'hui. Il se permet alors d'intervenir de façon rédactionnelle dans le texte de Nietzsche.

[29] Rüdiger Schmidt, qui a préfacé cette ré-édition, émet quelques réserves à la fiabilité de ces appareils critiques. Néanmoins, il ajoute qu'ils "restent une aide importante pour cerner les textes du jeune Nietzsche" (BAW 1 :IV). Il conclut sa préface en expliquant que la ré-édition de la BAW s'imposait par le fait qu'elle "offre à la science et au public intéressé la possibilité de faire la connaisance du jeune Nietzsche avant la Naissance de la tragédie , de retracer son cheminement intellectuel - bref, de mieux le comprendre" ( ibid. :V).

[30] Friedrich Nietzsche, Werke in drei Bänden , Munich/Darmstadt 1954sqq. - Cependant, Schlechta a repris le «bricole» de Förster et de Gast appellé Der Wille zur Macht (La volonté de puissance) , comme le regrettent Colli et Montinari (cf. KSA 14 : 8). Leur édition, suivant l'ordre chronologique retraçable et sans remaniéments, s'attache "à montrer que et comment Nietzsche a changé ses plans littéraires au fil des années. Finalement, fin août 1888, il renonçait complètement à la publication d'un ouvrrage sous le titre Der Wille zur Macht." (Ibid.)

[31] Kritische Gesamtausgabe der Werke , citée en général par le sigle KGW .

[32] Edition critique d'étude.

[33] Emettons quand même une réserve. - Mon père a découvert cette édition lors de mes recherches doctorales. Apprenti commerciale à 14 ans, il a continu sa formation en autodidaxie. Il s'est orienté notamment vers les sciences de la vie - mon père a été le seul spécialiste de champignons dans notre région - et les beaux arts. Il a toujours refusé d'apprendre les langues étrangères pour ne pas dissocier sa pensée. - Il a été alors très déçu de découvrir que, dans cette édition d'une mise en page extraordinairement claire et lisible, ne sont pas systématiquement traduites les morceaux en langue étrangère. - En effet, qui veut vraiment profiter de la KSA , fait bien d'acquérir des solides bases en français, en grec, en latin, en anglais, en italien !

[34] Le matériel non publié - notes personnelles, liste de prix, ébauches de lettres, descriptions des itineraires etc. - est pris en compte dans le commentaire.

[35] L' OPC se présente différement. Par exemple, les éditeurs mettent les fragments du temps de la publication d'un livre avec le texte même. - Comme j'ai expliqué dans la préambule (cf. supra), j'essaie de retenir mes jugements. - Une remarque encore concernant les anciennes éditions. Quand Henri Lefebvre (1901-1991) a lu, à partir de 1914, Nietzsche (cf. Hess, 1988 , 21sq), il avait probablement les textes préparés dans les archives sous l'égide d'Elisabeth ( Nietzsches Werke , 19 Bände in drei Abteilungen und ein Registerband, Leipzig 1894sqq). Et Hans Blumenberg (1920-1996) a utilisé surtout l'éditon dit Musarion ( Friedrich Nietzsche, Gesammelte Werke , éd. Friedrich Würzbach, 23 vols, Munich 1920-1929). Ces deux philosophes sont seulement deux eminentes exemples de beaucoup de lecteurs de Nietzsche qui ne se sont pas laissés envoûtés par l'entreprise fâcheuse autour d'Elisabeth.

[36] Nietzsche a apporté un sacrifice à ce dieu qui lui apparaît des années plus tard et lui confie son plan de transformation des humains, cf. le frg. août-septembre 1885 41 [9] ( KSA 11 , 683-686). Ce texte, qui fait partie des nombreux ébauches à caractère autobiographique, a été écrit en vue d'une ré-édition de HTH . Pourtant, les explicitations autour de Dionysos n'ont pas été repris pour la nouvelle préface (cf. KSA 2 , 13-22).

[37] Nietzsche réflechit beaucoup sur cette reproche en 1885, lorsqu'il s'attache à conçevoir les wohlgeratenen Europäer (les Européens bien faits), cf. p. ex. le frg. août-septembre 1885 41 [15] ( KSA 11 , 689).

[38] Ce texte a été presque immédiatement traduit en français par Marie Baumgartner (1831-1897). Sa traduction apparait en 1877 aussi chez Schmeitzner.

Résumé des informations

Pages
64
Année
2009
ISBN (ebook)
9783640717057
ISBN (Livre)
9783640717101
Taille d'un fichier
824 KB
Langue
Français
N° de catalogue
v158184
Note
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Nietzsche (1844-1900) journal de recherche antisémitisme europe

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Titre: Penser avec  Friedrich Wilhelm Nietzsche